AA/ Antananarivo(Madagascar)/ Alain Iloiniaina
Un bras de fer politique est en train de naître à Madagascar. Un groupe de partis autour de l'ancien président de la Transition Andry Rajoelina, composé d'anciens candidats à la présidentielle de 2014, refuse la nomination du nouveau Premier ministre, le général Jean Ravelonarivo.
"Nous nous levons pour contester et pour ne pas accepter le Premier ministre", a asséné Andry Rajoelina, dans une déclaration à la presse jeudi soir. "Ce n'est pas la personne qui nous pose problème, mais l'application de la Constitution (...) Il faut respecter celle-ci", a-t-il poursuivi.
L'ancien président de la Transition refuse de dévoiler ses intentions pour faire respecter la position de son camp. "Nous procédons par étape. Nous lançons d'abord un appel à tous pour s'exprimer sur ce qui ne marche pas dans le pays", se contente-t-il d'avancer. "Mais nous ne voulons pas de trouble", tempère-t-il.
Il s'agit d'une réaction à la nomination par le président Hery Rajaonarimampianina du général Jean Ravelonarivo à la tête du gouvernement mercredi soir. Ce dernier a été proposé par la Plateforme pour la majorité présidentielle (PMP), regroupant des formations politiques issues de différents partis. Ces formations politiques veulent afficher un soutien de 118 députés sur les 151 que compte l'Assemblée nationale, soit une majorité absolue, pour légitimer le choix.
Mais Andry Rajoelina et ses alliés ne sont pas du même avis que les partisans du chef de l'Etat. Ils font valoir la primauté du droit du parti ou du groupe de partis, sur celui des députés qui le composent, dans la proposition du nom du chef de gouvernement. L'alliance politique autour de l'ancien président de la Transition fait valoir la notion de "parti ou de groupe de partis" et les 80 députés issus des cinq partis qui la composent à la chambre basse.
Le clan du Président de la République "ne souhaite pas commenter" la démarche, selon Jaobarison Randrianarivony, conseiller spécial du chef de l'Etat, à Anadolu. "Nous n'allons pas revenir sur le sujet. Il ne faut plus détourner l'opinion dans ce débat. Elle s'impatiente pour aller de l'avant et il faut aller de l'avant", réplique-t-il après avoir évoqué la formation du gouvernement "dans les prochains jours".
Le même problème d'interprétation de la loi dans la nomination du Premier ministre avait déjà défrayé les chroniques lors de la désignation de l'ancien chef du gouvernement Roger Kolo en avril 2014. Il a fallu presque trois mois d'instabilité et d'incertitudes pour que Hery Rajaonarimampiana impose son Premier ministre, au détriment du camp de Andry Rajoelina, son ancien compagnon de route durant la transition.
Jaobarison Randrianarivony explique au passage les raisons motivant la nomination du général Jean Ravelonarivo. "Le choix ( de la nomination) appartient au Président de la République. Mais il faut un homme d'action qui a du charisme et de la personnalité", argumente-t-il.
Le manque de discipline au sein des partis représentés à la chambre basse débouche sur une Assemblée nationale à géométrie variable, compliquant le débat sur la notion de majorité censée présenter le Premier ministre. Christine Razanamahasoa, bras droit de Andry Rajoelina, avait déjà menacé de déchéance ses collègues députés qui basculent dans le camp présidentiel, à la presse mercredi.
Mais la marge de manœuvre autour de la procédure de déchéance des députés est étroite. "Cette déchéance ne peut être prononcée que par la Haute Cour Constitutionnelle, qui semble malheureusement à présent être acquise à la cause de la Présidence", analyse Sahondra Rabenarivo, juriste au sein d'un cabinet juridique, dans une tribune à la presse.