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L’Afrique de l’ouest a annoncé la guerre aux sacs en plastique, en vue de préserver son environnement. Ministres et acteurs associatifs réalisent qu’il y a péril en la demeure, passant ainsi à l’action.
Les chiffres sont alarmants. Lomé et sa banlieue qui a récemment accueilli un forum international à ce propos, génèrent environ 78 tonnes de déchets plastiques par jour, soit une production annuelle d’environ 28 500 tonnes par an.
A Kara (500 km de Lomé) les premières études menées en 2013 ont montré qu’un habitant rejette en moyenne 10 grammes de déchets plastiques par jour soit une production annuelle de plus 930 tonnes.
Au Mali, 46 tonnes de sachets plastiques sont produits et utilisés quotidiennement contre un recyclage de 3,5 tonnes seulement. Au Niger, 200 tonnes de déchets plastiques sont stockés chaque jour, selon des études scientifiques.
Ces chiffres ont été communiqués par les différents intervenants au Forum, issus des pays concernés.
Les conséquences du phénomène sont néfastes. En effet, « 30% du décès du cheptel dans l’espace Uemoa sont causées par les sachets plastiques non biodégradables », a déclaré le ministre togolais de l’Environnement, de la Salubrité urbaine et du Développement durable, Ada Chaïfou.
La non-biodégradabilité des déchets plastiques qui circulent dans les rues africaines a un autre lot de malheurs : l’imperméabilité des sols, la baisse de la productivité agricole et l’insuffisance de la recharge de la nappe phréatique, l’obstruction des caniveaux, les maladies cardiovasculaires liées à l’émission des polluants organiques persistants qui sont toxiques pour la santé humaine, la pollution visuelle et olfactive, etc.
Les forces vivantes de l’Afrique de l’ouest se montrent désormais en alerte. « Il faut produire impérativement oxo-biodégradable et sauver l’environnement, sauver nos terres, l’agriculture et nos bétails », plaide M. Salif Ouédraogo, ancien ministre de l’Environnement du Burkina Faso et invité d’honneur dudit Forum.
Selon lui également, la non-biodégradabilité des sachets et emballages en plastique entraîne une perte de 405 milliards de Fcfa (soit 90 millions de dollars) à l’économie Burkinabé.
« Les pays membres de l’Uemoa (union économique et monétaire ouest-africaine) ont tous, à l’exception de la Guinée Bissau, pris soit des lois ou des décrets interdisant la production, l’importation et la commercialisation des sachets et emballages plastiques non-biodégradables », note, Meba Pagnibam Joachim, juriste environnementaliste auprès du ministère de l’Environnement et des Ressources forestières.
Il souligne en outre que les solutions et les mesures à prendre ne doivent pas être très coercitives, en vue de préserver certains postes d’emplois.
« En interdisant la production, des entreprises seront obligées de fermer et des compatriotes perdront leur emploi. Mais, dès lors que ces déchets sont collectés et traités dans le cadre d’autres entreprises, cela générera des emplois pour les jeunes et renforcera l’économie de nos pays », fait-il observer.
Soulignant que l'interdiction des sachets et emballages plastiques n’est pas la bonne solution, Philippe Michon du Groupe International au service de l'intérêt général et du développement économique des organisations, propose de « trouver des alternatives pour que les Africains ne jettent pas ces déchets dans l’environnement et les faire disparaître de manière étudiée.
Mme Sonia Gnassingbé, présidente de l’ONG Togo Environnement Propre, organisatrice de ce forum, appelle quant à elle les gouvernants de l’Uemoa à prendre des dispositions pour «un véritable changement du comportement citoyen» en matière de gestion des déchets plastiques, dans tout l’espace Uemoa.
Parmi ces dispositions, la dotation des pays concernés d'un cadre juridique spécifique approprié à la prise en charge efficace des problèmes liés aux sachets plastiques, l’encourager des produits biologiques et le développement socioéconomique durable des Etats membres de l'Uemoa.
L’Union économique monétaire de l’Afrique de l’ouest regroupe le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, la Guinée Bissau, le Mali, le Niger et le Sénégal.