AA/ Bujumbura/ Rénovat Ndabashinze
Les mines d’or burundaises, sont devenues de véritables caveaux pour les orpailleurs qui, sans ignorer les risques pour eux de périr sous les éboulements, continuent de chercher avec ardeur la poussière d’or, bien souvent, sans matériel de protection adéquat.
Cibitoke, une des provinces situées dans le nord-ouest du Burundi, regorge de plusieurs minerais, dont l’or si convoité, principalement dans les communes Mabayi, Murwi et Bukinanyana, situées aux alentours. Anadolu est allé à la rencontre des chercheurs et investisseurs d’or du site Kirekura, colline Kavumu commune Murwi.
Jonathan Habimana, est investisseur et acheteur d’or. Il reconnait, sans mal, que les tragédies sont courantes dans le coin.
«Généralement, cinq orpailleurs se glissent dans un même trou. Il n’est pas rare que par exemple, trois d’entre eux puissent se retrouver bloqués par une pierre alors qu’ils sont déjà à 20 ou 30 mètres de profondeur. Dans ce cas, nous essayons de creuser pour les retrouver et il arrive, que par miracle, on retrouve un survivant», relate-t-il.
«Mais dans la plupart de cas, en cas d’éboulement il est rare de trouver des survivants», avoue-t-il, poursuivant qu'en moyenne «on enregistre trois morts sur chaque chantier et par an». D'ailleurs la commune de Murwi compte à elle seule, plus de cent chantiers. "Ce qui signifie que près de 300 morts sont enregistrés chaque année pour cette simple commune", indique-t-il.
Dans cette même localité, un vieil homme garde en mémoire la mort simultanée de ses quatre petits-fils. «Nous n’avons même pas retrouvé les cadavres», raconte l’octogénaire «maudissant la pierre précieuse devenue malédiction».
D’autres orpailleurs reconnaissent que ces accidents sont «fréquents mais peu rapportés par les médias du fait que les sites sont dans des lieux enclavés.»
Oscar Kabura, un orpailleur, se souvient qu’au mois de février 2013, sur le site de Gafumbegete, à Cibitoke, sept personnes ont péri et que plus récemment, en juillet, quatre personnes ont également été retrouvées mortes, étouffées, dans un trou, dans le site Nyarusebeyi, de la même commune tandis que neuf orpailleurs ont été blessés. »
Du côté de l’administration locale, «on est véritablement inquiet». Joint par téléphone, Jean Marie Hakizimana, administrateur de la commune Mabayi, une des communes aurifères, affirme que des écroulements sont fréquents surtout durant la saison pluvieuse et que des centaines d'orpailleurs sont engloutis.
«Nous demandons souvent aux orpailleurs d’être vigilants mais la meilleure solution serait de moderniser ce domaine», propose-t-il, espérant «que d’ici peu, après la mise en place du code minier en 2013, l’Etat poursuivra véritablement le processus de modernisation dudit domaine.»
Pour Zabulon Bakumukunzi, investisseur dans l’extraction de l’or, pour éviter ces pertes, «il devrait y avoir des études de prospection et les ouvriers devaient être bien mieux équipés.» Les techniques rudimentaires utilisées, le manque de moyens de prospection, etc sont de véritables défis à relever, reconnait-il.
«Malheureusement, regrette-t-il, les orpailleurs n’ont que des perches, une torche, des marteaux et de la batée pour le triage à l’aide de l’eau.» Pas de chaussures, de gants, de casques ou de lunettes, énumère-t-il encore.
Les sites d’orpaillages sont également pris d’assaut par des écoliers qui, faisant fi du danger, espèrent trouver la «manne» qui leur permettra de se procurer un cahier ou un stylo pour la prochaine rentrée scolaire.
«Quand, grâce à Dieu, je récupère une poussière d’or, je la vends sur place et l’argent est remis à maman afin qu’elle puisse m’acheter une chemise ou un stylo», explique Audace Rukundo, un écolier de la 3ème année, tenant dans sa main, une perche.
Pour les investisseurs, les enfants constituent une main d’œuvre indéniablement moins chère même si le risque les concerne aussi. «Au moment où les adultes sont payés au moins huit dollars par jour, les enfants demandent à peine deux dollars», souligne un habitant de Kirekura.
Malgré les risques et difficultés, les orpailleurs burundais, se jettent dans le sous-sol, torche au front, dans l’espoir d’y trouver le précieux or.
Chez eux, la peur n’a plus de place. «Je viens de faire plus de 50 mètres là et je n’ai pas peur de passer même toute une journée dans le sous-sol. Nous n’avons même pas peur des animaux comme les serpents que nous pouvons rencontrer», lâche un jeune homme, la trentaine, fier, à la sortie d’un trou, torche au front et le visage suant.
Et Thaddée Savyimana, son collègue et chef d’équipe de se réjouir : « depuis huit ans, je n’ai exercé aucun autre métier. Je m’introduis dans ce trou chaque matin pour sortir après au moins cinq heures ». Cet orpailleur, père de trois enfants affirme qu’il encaisse au moins l'équivalent de12 dollars par jour et qu’il s’est déjà construit une maison en tôles grâce à ce métier.
Le prix d’1 kg d’or tourne autour de 53 milles dollars américains informe l’investisseur Jonathan Habimana. Et sur les chantiers, poursuit-il, comme c’est acheté au gramme et qu’il est rare voire impossible de totaliser un kg, c’est le marchandage au quotidien.
«Si quelqu’un a un vif besoin d’argent, il vend la moindre quantité trouvée par jour. Et dans ce cas, on marchande», souligne-t-il, reconnaissant que les vrais bénéficiaires sont les grands investisseurs.
Malgré les dangers liés aux activités dans les mines, les orpailleurs ne semblent pas prêt à abandonner perche et torche. C'est donc au gouvernement de s'investir d'avantage pour réguler l'activité qui fait vivre des milliers de familles burundaises.