AA/Ouagadougou/ Boukary Ouédraogo
Mal voyants, sourds, mal entendant et bien d’autres personnes porteuses de handicaps ont désormais droit à l’éducation, au Burkina Faso. Le rêve est devenu une réalité et le pays des hommes intègres semble être sur le point de garantir leur intégration après l’exclusion autrefois pratiquée par une partie de la société.
Au Burkina Faso, naître handicapé était longtemps perçu comme une malédiction. Les personnes porteuses de handicaps étaient souvent stigmatisées. L’accès à l’éducation, un droit pourtant reconnu par la Constitution, leur était interdit. Pire, certains parents cautionnaient cette exclusion.
Aujourd’hui, il semble que la donne a changé. Grâce au courage et au militantisme de bien d’activistes, d’organisations de la société civile et de l’Etat, ces humains accèdent aux bancs du savoir, et parviennent à décrocher un emploi.
Mme. Benaja Thérèse Kafando est parmi ceux qui ont significativement contribué à véhiculer une nouvelle image de cette frange sociale. La directrice exécutive du Centre d’Education et de formation intégrée des sourds et des entendants «Cefise» se montre très satisfaite par la condition de ceux pour qui elle a milité. Pour, elle le fait que les enfants handicapés fréquentent les mêmes écoles et reçoivent les mêmes enseignements que le reste des bien-portants. Cela reste, néanmoins, un combat de longue haleine, nuance-t-elle.
«Au départ, c’était très difficile, compte tenu du regard et du préjugé d’autrui. Mais, avec le temps et grâce à un bon travail des Organisations non gouvernementales (ONG) comme Handicap international et Light for the world qui ont œuvré à montrer aux yeux du monde, que ces enfants méritent une bien meilleure destinée, on a réussi à leur garantir le minimum requis », se félicite-t-elle.
L’éducation inclusive, un acquis valeureuse
Estelle Koudougou, Chef du projet Education Inclusive à Handicap International (Organisation internationale non gouvernementale) reconnaît que ledit projet destiné à région ouest-africaine a été lancé, la première fois, au Burkina en 2004.
Ce projet qui vise à à faire respecter les droits fondamentaux (être soigné, travailler, aller à l’école) des enfants handicapés a été lancé en collaboration avec le ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation « Mena », souligne-t-elle.
Ce projet a dès le départ eu un écho favorable au niveau des premiers responsables de l’éducation, qui ont créé par la suite une direction y afférente.
Mais, malgré ces acquis, des difficultés demeurent, fait remarquer Mme. Koudougou. «Rien qu’en 2013, des interprètes du Cefise ont été refoulés des salles d’examens pendant le déroulement des épreuves », témoigne Thérèse P. Kafando.
Pour elle, les instructions données lors des examens pourraient ne pas être saisies par les personnes sourdes. Ce qui les expose par la suite à des sanctions injustes. D’où, l’impératif de penser à pallier ce genre de problèmes.
L’intégration sociale, l’autre bataille
Les enfants handicapées ont prouvé au monde qu’elles pouvaient réussir à l’école comme, tout comme les bien-portants. Cependant, une autre bataille reste à mener. Il s’agit de l’égalité des chances en matière d’intégration socioprofessionnelle. Car ces êtres humains de sort funeste, sont toujours tenus à la marge.
Une lueur d’espoir n’est toutefois pas à ignorer, selon la responsable : un quota réservé aux personnes handicapées s’agissant d’accès à la fonction publique a été fixé au Burkina Faso et près de 4000 enfants fréquentent ainsi le Centre d'éducation et de formation intégré des sourds et des mal entendants, selon le chargé de communication Emile Gandema.
Un acquis qui reste selon Mme Kafando à renforcer par d’autres mesures et décisions avant-gardistes, car toute personne handicapée devrait-être perçue, insiste-t-elle, en tant qu’un « potentiel qui peut du jour au lendemain faire des miracles». Il suffit de « vivre en pensant un petit peu à l’autre selon elle, pour rendre ce bas-monde supportable et beau à vivre », extrapole la dame.