AA/Bamako/ Moussa Bolly
Agés de 10 à 16 ans, filles et garçons, font côte à côte du porte-à-porte dans certains quartiers de Bamako pendant le Ramadan. Coiffés d’assiettes chargées de divers produits, ces élèves aident leurs familles démunies financièrement et développent bien des facultés mentales, à la fois.
Poudres pour jus en sachets, condiments et légumes (tomate, échalote, carotte, concombre…), fruits (orange, banane, pomme, tamarin, citron…), dattes, allumettes, savon, pâte, dentifrice, brosses à dents, cure-dents constituent les lots de leurs écuelles bien garnies.
«Je sors de la maison entre 15h et 15h30 et je retourne pour la rupture du jeûne (19h locale et GMT). Mon père tient à ce que nous soyons à la maison avant la tombée de la nuit», témoigne Aminata Diallo, 14 ans. Sous les projecteurs pendant près de 4 heures, elle arpente les rues de la commune IV de Bamako, proposant sa marchandise à plusieurs ménages. Ce jour-ci, elle vend des sachets de jus et du Kinquéliba, une plante infusée et bue à chaud comme du café. C’est la boisson préférée des Maliens à la rupture du jeûne.
« Tantôt, je vends du Kinquéliba et des jus de fruits, tantôt des fruits et de l’arachide. Il arrive aussi que des clients me fassent des commandes spéciales. J’informe ma mère qui les achète au Grand marché. Je gagne entre 10 à 25 Fcfa (0,02 à 0,05 usd) de bénéfices par produit», souligne Aminata. Mais, son chiffre de la journée peut souvent atteindre «1 000, voire, 2 000 Fcfa (2,08-4,16 usd) ».
«Aminata m’apporte une aide précieuse. Les bénéfices qu’elle réalise me permettent de payer des habits pour elle et ses frères et sœurs pour la fête de l’Aïd (fête de la fin du mois Saint, ndlr). Cela me permet également de préparer la rentrée des classes», se félicite sa mère, vendeuse, elle, au grand marché.
Les services que rendent ces petits commerçants ambulants sont par ailleurs salués par les ménages. «Ils nous facilitent la vie. Il arrive souvent que nous oublions certains achats au marché. Mais, assurées de les voir tous les après-midis, nous n’y retournons pas», souligne Diawara Aïcha Nimaga, une cliente fidèle de la petite Aminata.
Le travail des enfants pendant le mois Saint a néanmoins aussi bien des partisans que des opposants. «Aujourd’hui, cela fait partie des rites ramadanesques à Bamako. Ce petit commerce permet à des familles démunies de se faire des revenus, d'avoir de quoi assouvir leurs besoins, tout au long du mois», souligne Aïssata Bah, journaliste économique.
Moussa Gadiaga, conseiller juridique du Réseau malien contre le trafic et le travail des enfants (Rejocote) développe : «tant que ce commerce n’empêche pas les enfants d’aller à l’école et tant qu’on ne leur impose pas des charges lourdes pour leur âge, je pense qu’il peut être positif pour leur éducation et leur socialisation».
« Ces enfants sont généralement très doués dans le calcul mental. Ils s’y trompent rarement et ceux qui essayent d’abuser de leur jeune âge et de leur innocence, l’apprennent à leurs dépens», ajoute-t-il.
Emettant des craintes par rapport au travail de ces enfants, quoique de manière saisonnière, une conseillère à la Direction régionale de l’Action sociale de Bamako a indiqué : « cela peut engendrer des conséquences graves comme l’abandon scolaire, les grossesses précoces et non désirées». Elle a toutefois souligné que ce petit commerce "pourrait être un moyen de socialisation de l'enfant dès lors qu’un minutieux suivi parental est assuré ".