AA / Jérusalem / Abderraouf Arnaout
Trois jours après son investiture, l'ancien président américain Donald Trump avait effectué son premier entretien téléphonique avec le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou. Cependant, ce dernier piaffe d’impatience, depuis trois semaines, date de l'investiture de Joe Biden, pour recevoir l'appel du nouveau locataire de la Maison Blanche.
L'Administration de Biden n'a pas encore fixé de date à l'appel qu’effectuera le nouveau président avec Netanyahou.
Au cours d'une interview accordée au réseau d'information américain CNN, le nouveau Secrétaire d'Etat, Antony Blinken, a souligné, à ce propos : « Je suis sûr qu'ils auront l'opportunité de se parler, dans un avenir proche ».
Au début, des responsables proches de Netanyahou ont tenté d'interpréter le retard de l'appel par le fait que l'ordre des contacts du président Biden reflète ces priorités, en termes de politique étrangère.
Cependant, le retard de l'accord de l'entretien se reflète désormais, négativement, sur Netanyahou, qui s'apprête à s'engager dans des élections décisives, en date du 23 mars prochain.
L'analyste des Affaires israéliennes, Yoni Ben Menachem, a estimé probable que le retard de l'appel indiquerait l'existence d'une crise entre les deux hommes.
Dans un entretien accordé à l’Agence Anadolu, Ben Menachem a dit : « Je pense que l'appel aura lieu avant les élections israéliennes, mais le retard constaté révèle l'existence d'une crise entre eux ».
« Biden a encore dans son esprit plusieurs points et problèmes, notamment, l'annonce par Netanyahou d'un appel d'offres pour la construction de logements dans la colonie de Ramat Shlomo à Jérusalem-est, en 2010, au cours de la visite du vice-président américain de l'époque en Israël », a-t-il ajouté.
Cet épisode est encore présent dans les esprits et avait provoqué une crise entre l'Administration américaine de l'époque et Netanyahou, d'autant plus que Biden était venu pour transmettre un message appelant Israël à geler la colonisation, a rappelé l'analyste.
Ben Menachem a, également, évoqué l'e discours prononcé par Netanyahou au Congrès américain, au début de l'année 2015, en affichant son hostilité à l'accord que l'Administration de l'ancien président Barack Obama s'apprêtait à conclure avec l'Iran.
« A l'époque, Biden était vice-président et le discours de Netanyahu a été considéré comme étant un défi lancé à l'Administration américaine et comme une incitation contre elle dans son propre fief », a-t-il dit.
Il est également clair que Netanyahou espérait la victoire de l'ancien président Donald Trump, chose qui n'a pas eu lieu.
Ben Menachem a ajouté : « Je pense qu'il existe un problème personnel entre Netanyahou et Biden et le retard de l'appel téléphonique et un mauvais message adressé à Israël ».
Certes, Biden n'a pas encore pris contact avec le président palestinien Mahmoud Abbas, mais qui sait. Peut-être que Biden a retardé encore cet appel pour ne pas être contraint à prendre attache avec Netanyahou, l'objectif étant de maintenir une sorte d'équilibre.
Le secrétaire d'Etat américain Blinken s'était entretenu, à deux reprises jusqu’à présent avec son homologue israélien Gabi Ashkenazi.
Ben Menachem a fait observer que l'Administration américaine n'a pas approuvé jusqu’à maintenant la visite du directeur du Mossad, Yossi Cohen, à Washington pour discuter du dossier iranien.
« Une annonce a été faite en Israël depuis une certaine période d'une visite imminente de Cohen à Washington, pour discuter du dossier iranien, mais ce déplacement n'a pas encore eu lieu jusqu’à maintenant et n'a pas été approuvé », a-t-il ajouté.
« Il se pourrait que le dossier palestino-israélien ne constitue pas une priorité pour la nouvelle Administration américaine, mais qu'en est-il du dossier iranien. Un haut responsable américain a été désigné pour être chargé de ce dossier et partant, il est inscrit à l'ordre du jour de l'Administration démocrate », a-t-il fait remarquer.
Et Ben Menachem de poursuivre : « Aussi, la réaction de Netanyahou à la déclaration de Blinken au sujet du Plateau du Golan et son obstination à dire que ce territoire restera sous la souveraineté israélienne est encore un mauvais indicateur qui impactera la relation entre l'Administration américaine et l'actuel gouvernement israélien ».
Netanyahou avait rendu public, mercredi, un communiqué dans lequel il a affirmé que le Plateau du Golan syrien occupé demeurera sous la souveraineté israélienne « à jamais ».
Netanyahou réagissait ainsi au fait que Blinken s'était interdit de répondre à une question dans une interview télévisée au sujet de l'appui ou pas apporté par son Administration à la reconnaissance faite par la précédente Administration américaine à l'annexion d'Israël du Plateau.
L'ancien ambassadeur israélien aux Nations unies et dirigeant de premier plan du parti du Likoud, Danny Danon, a critiqué sans ambages le retard accusé par Biden à appeler Netanyahou.
Il a écrit dans un tweet, mercredi soir : « Au président Joe Biden, tu t'es entretenu avec des dirigeants mondiaux, du Canada, du Mexique, du Royaume-Uni, de l'Inde, de la France, de l'Allemagne, du Japon, de l'Australie, de la Corée du Sud, de la Russie ».
« Le temps n'est-il pas venu pour contacter le chef d'Israël, le plus proche allié des Etats-Unis d'Amérique », s'est-il interrogé, avant de publier le numéro de téléphone de Netanyahou.
Il n'a pas été confirmé si Danon a posté ce tweet après la consultation ou pas de Netanyahou.
De son côté, le Premier ministre israélien a déclaré aux journalistes, lundi, au sujet du retard de l'appel que Biden effectue des entretiens et des contacts avec nombre de dirigeants mondiaux, conformément à l'ordre qu'il estime adéquat, ajoutant « qu’il n'est pas encore arrivé à la région du Moyen-Orient ».
Netanyahou a ajouté que « l'alliance israélo-américaine est solide, de même que pour notre amitié (personnelle) qui dure depuis près de 40 ans et malgré cela il se pourrait que l'on ne soit pas d'accord sur tout ».
Néanmoins Aaron Miller, ancien responsable au sein de l'Administration du président Barack Obama, a réagi au post de Danon par une publication dans laquelle il a écrit : « Une note à toutes les parties concernées. L'appel viendra mais un message clair est en cours d'être envoyé. Netanyahou fut le troisième dirigeant à recevoir l’appel de Trump, mais nous nous sommes plus au Kansas maintenant ».
Miller faisait allusion au traitement privilégié dont bénéficiait Netanyahou durant les quatre ans du mandat de Trump, indiquant que ce traitement a pris fin.
De son côté, le quotidien « The Jerusalem Post » a lié, jeudi, entre le retard de l'appel et les imminentes élections israéliennes. Le journal israélien a titré « Il s'agit d'élections idiot ».
Le média a ajouté : « Pourquoi Biden n’a-t-il pas encore pris attache avec Netanyahou. Probablement parce qu'il ne veut pas accorder à Netanyahou aucune faveur à exploiter sur sa page Facebook ou pour l'instrumentaliser durant la campagne électorale ».
Le journal a écrit : « Au cours des 15 jours qui ont précédé les élections d'avril 2019, la première d'une série de scrutins successifs, Netanyahou a obtenu un triplé saisissant, des réunions avec le président américain Donald Trump à Washington, avec le président brésilien Jair Bolsonaro en Israël et avec le président russe Vladimir Poutine à Moscou ».
Le message adressé par Trump, Bolsonaro et Poutine au cours de ces réunions était clair : « Nous voulons Netanyahou, nous aimons Netanyahou ».
Et « The Jerusalem Post » de conclure : « Cette fois-ci, Biden ne joue pas le jeu. Le nouveau président américain ne fera rien maintenant qui pourrait être interprété comme étant une intervention dans les élections ou qui pourrait être instrumentalisé par Netanyahou pour promouvoir sa campagne ».
*Traduit de l’Arabe par Hatem Kattou
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