AA/ Istanbul
Le gouvernement libyen d’unité nationale a prêté serment, lundi, au siège du Parlement, étape importante et fondamentale dans le cadre de la mise en place d’une stabilité politique et sécuritaire en Libye.
Après des années de division et de situation conflictuelle, le chef du gouvernement d’unité nationale, Abdelhamid Dbaiba, a pris ses fonctions, mardi, au siège du Conseil des ministres à Tripoli. Il s’agit de la première fois, depuis 2014, où un gouvernement libyen disposerait d’une autorité sur l’intégralité du territoire du pays.
La transition s’est ainsi faite avec Fayez al-Sarraj, le chef du gouvernement libyen d’entente nationale alors que le gouvernement du général putschiste Khalifa Haftar, non reconnu par la communauté internationale et contrôlant la partie est du territoire libyen, est appelé à céder les institutions du pouvoir sous son autorité au profil du gouvernement d’unité nationale.
L’élection par le « Forum du dialogue politique », d’un nouveau Conseil présidentiel et d’un chef du gouvernement, le 05 février 2021, a constitué la première étape sur la voie de l’unification des institutions du pays, après trois mois d'impasse.
La deuxième étape était historique, les 133 députés des deux branches du Parlement libyen, celle de Tripoli et celle de Tobrouk, s'étant réunis, pour la première fois depuis 2016, pour se prononcer en faveur du gouvernement d’unité nationale, présidé par Abdelhamid Dbaiba, avec une majorité écrasante de 132 députés.
Le Parlement Libyen est, ainsi, parvenu, une deuxième fois à se rassembler, à Tobrouk, pour la cérémonie de prestation de serment du gouvernement Dbaiba. Un signal fort de la part du Parlement libyen, témoignant de la fin des divisions en Libye et instaurant un climat qui lui permettra de se pencher sur des dossiers importants dont ceux relatifs à l’élaboration d’une loi électorale et à l’approbation d’une première version de la Constitution qui sera soumise, par la suite, au référendum.
Stabilité précaire
Il est difficile aujourd’hui de parler d’une phase de stabilité durable en Libye en raison des divisions handicapant le fonctionnement de l’institution militaire. En effet, les milices et les mercenaires étrangers sont encore très actifs sur une partie non négligeable du territoire libyen, le dossier des prisonniers est encore en suspens et le blocage des accès de plusieurs régions et districts du pays envenime davantage la situation. La ville de Benghazi, est en effet, sous le contrôle des milices de Khalifa Haftar, ce qui a poussé le Parlement libyen, fraichement unifié, à tenir la session relative à la prestation de serment du gouvernement dans la ville de Tobrouk.
Un communiqué des chefs et dirigeants de la région de Barqa a appelé, en ce sens, à enquêter sur les assassinats, les enlèvements et toutes sortes de violations dans la ville de Benghazi où la députée libyenne, Siham Sergewa, a récemment été kidnappée. Ces enquêtes concerneraient, également, les centres de détention secrets à Barqa et l’évacuation de toutes les formations militaires déployées dans la région.
La situation dans la ville de Benghazi est certes problématique, mais elle contraste, clairement, avec l’instauration, lente mais certaine, d’un climat de stabilité sécuritaire et politique. Une stabilité catalysée par l’équilibre militaire constaté sur le terrain et qui a incité les deux parties du conflit à mettre fin aux hostilités. Cette situation du « ni guerre ni paix » a été renforcée par un accord historique sur un cessez-le-feu, le 23 octobre 2020 qui a résisté aux tentatives de déstabilisation menées par les milices de Haftar. L’élection d’un nouveau Conseil présidentiel avec à sa tête, Mohamed el-Menfi, reconnu par les parties au conflit, a, ainsi, constitué un pas de géant sur la voie de l’instauration de la paix et de la stabilité.
Un dirigeant à la tête de l'institution militaire
L’institution militaire libyenne est en phase de mettre de côté ses divisions et de s’unifier autour du président du tout nouveau Conseil présidentiel et du ministre de la Défense qui se trouve être également le chef du gouvernement d’unité nationale. L’unification de cette institution est, certes, symbolique pour le moment, mais la reconnaissance de Khalifa Haftar de la légitimité du Conseil présidentiel constitue une étape de plus dans l’instauration d’un climat de paix et d’unité.
En effet, Khalifa Haftar, a refusé en 2016 de se soumettre à une autorité civile ce qui a éternisé les scissions. Ce rejet de Haftar a été accentué par son offensive militaire contre Tripoli qui visait à mettre fin à l’action du Conseil présidentiel de Fayez el-Sarraj.
Le chef du gouvernement d’unité nationale, Abdelhamid Dbaiba a, ainsi, fait preuve d’ingéniosité. Il s’est attribué, momentanément, les prérogatives du ministre de la Défense pour rester à égale distance des différentes parties du conflit et maintenir l’institution militaire en dehors du cadre conflictuel. Les discussions et les négociations sur la personnalité capable d’assurer cette fonction se poursuivent. C’est la Commission militaire commune 5+5 qui a, actuellement, le rôle le plus important dans l’unification de l’Armée libyenne. Plusieurs questions doivent être résolues en ce sens, dont, le déminage des zones de conflit, l’ouverture des accès à ces zones, l’échange de prisonniers et l’évacuation des mercenaires.
Noyau de réconciliation
Sur le dossier de la réconciliation, le président du nouveau Conseil présidentiel a reconnu lors de la cérémonie de prestation de serment du gouvernement qu’il n’est pas possible « d’aboutir à une réconciliation intégrale avant la fin de l’année en cours ».
Il a néanmoins annoncé « la formation d’un noyau de réconciliation ». L’objectif est, ainsi, de pouvoir céder, le 24 décembre prochain, le pouvoir à ceux qui seront désignés par le peuple libyen. Evoquer, en ce sens, une réconciliation finale en Libye serait prématuré, cette réconciliation devrait, en premier lieu, s’instaurer dans les rangs du peuple libyen d’autant qu’actuellement, le climat politique national et international est propice à une telle évolution de la situation.
Aguila Salah, président du Parlement de Tobrouk s’est, ainsi, exprimé en affirmant qu’ « il était temps de se réconcilier et de se serrer la main ». Il a, dans ce contexte, appelé à « la réconciliation, à la création d’opportunités sans discrimination et à l’instauration de la justice et de la sécurité au service de la stabilité ».
Il s’agit, ainsi, d’un climat serein de réconciliation propice à l’action de la part du nouveau gouvernement dans les trois régions libyennes. L’idée et d'unifier les institutions souveraines de l’Etat libyen, dont le Parlement, la Banque Centrale et les entreprises pétrolières. L’objectif est également de mettre fin aux divisions au sein des institutions sécuritaires et militaires et l’évacuation des mercenaires étrangers. Ces institutions pourront, ainsi, se focaliser sur la lutte contre la criminalité, sous la tutelle de la justice libyenne, participant, de ce fait, à asseoir la souveraineté du Droit et à établir une paix durable en Libye.
*Traduit de l'arabe par Mohamed Maher Ben Romdhane