Politique, Analyse

France - Municipales : Macron et La République en marche...à l'arrêt (Analyse)

Slah Grichi   | 02.07.2020
France - Municipales : Macron et La République en marche...à l'arrêt (Analyse) ( Francois Pauletto - Anadolu Agency )

Tunisia
A peine un an après sa création par Emmanuel Macron, la République en marche (LREM) connaissait une ascension foudroyante et raflait, haut la main et coup sûr coup, la magistrature suprême et la majorité parlementaire. Sa chute serait-elle aussi foudroyante? 
Les municipales viennent de mettre cette probabilité sur l'échiquier politique. 

AA / Tunis / Slah Grichi (*)

A peine 9%. Tel est le piètre résultat obtenu par le parti d'Emmanuel Macron aux municipales 2020; son premier test après avoir conquis le pouvoir. Pourtant, pour la grande frange des Français, lassée de la séculaire alternance droite-gauche, il incarnait la rupture avec un système corrompu et l'avènement d'un centre mené par Emmanuel Macron, un jeune leader porteur d'un projet frais, enthousiaste, propre et humaniste.

Tout lui réussissait, de son allure à ses discours à la langue châtiée, en passant par son apparente confiance en soi. Même sa relation adultère avec "Madame", sa maîtresse d'école, devenue sa femme, n'a pas joué contre lui, malgré le quart de siècle qui les sépare. Bien au contraire... L'opinion publique, encline au romantisme, a trouvé en cette idylle une évolution opposée au tragique suicide de Danièle la professeure (Annie Girardot), séparée par la justice de son étudiant et amant (Bruno Pradal, alias Gérard) dans le film à succès d'André Cayatte "Mourir d'aimer". En plus, un puceau est toujours attendrissant. Il n'est jamais jugé coupable

Des Gilets jaunes à la Covid-19

Entouré de jeunes dynamiques et soutenu par des dinosaures comme François Hollande qui ne voulait surtout pas que son ex premier ministre, le magouilleur Emmanuel Valls, lui succédât, Macron s'est retrouvé sur un nuage qui l'a mené jusqu'à l'Elysée, à moins de 40 ans.

Au pouvoir, il fera vite de révéler ses penchants de banquier privilégiant le productivisme au social. Il le fera avec une arrogance mêlée à un soupçon de mépris que les Français abhorrent; celle du chef qui détient la vérité et qui s'obstine dans ses choix, fussent-ils rejetés par la majorité. Son projet de réforme des retraites et d'introduction de nouveaux impôts, entraînera le mouvement des gilets jaunes. Une vague de protestations s'étirant de semaines en mois et s'apparentant à un vrai soulèvement, a paralysé le pays, le poussant à se rétracter et même à faire volte-face. Mais ses concessions en augmentations des salaires et des allocations, ainsi que ses subites "largesses" auxquelles il a été contraint, ne faisaient qu'alimenter la colère, au lieu de l gurU'apaiser. C'était, désormais, sa tête qu'on demandait. A l'évidence, sa récente popularité lui est montée à la tête, au point de lui faire oublier que l'opinion publique est souvent versatile et qu'il est inopportun de réveiller un animal qui dort, à moins d'être sûr de le maîtriser. Sa chute dans les sondages le lui rappellera.

Et comme à quelque chose, malheur "peut être bon", l'avènement de la Covid-19 mettra fin au mouvement. Une aubaine dont il ne saura pas tirer profit pour gagner le terrain perdu. Tergiversations, hésitations, réactions tardives...qui ont fait sortir le corps médical de ses gonds, tant il était dépassé et assistait, impuissant, à l'agonie de gens sans avoir reçu les soins qui auraient pu les sauver.

Des députés et des citoyens ont même intenté des procès contre Macron et son équipe, qui pour non assistance à personne en danger, qui pour homicide, il parce qu'ils ont été en-deça de la célérité et du bon sens qu'exigeait la situation. Sinon, comment expliquer qu'on ait tardé à fermer les frontières, qu'on permît à de grands rassemblements de se tenir, à commencer par le premier tour des municipales, alors que le Coronavirus était là et sévissait déjà? Nouvelle dégringolade de la popularité du "jeune premier".

Le dilemme de Macron

Cela a été confirmé par les résultats du deuxième tour des municipales de ce dimanche, avec la raclée reçue par les candidats de La République en marche. En face, il y a eu le ras-de-marée du parti Europe écologie les verts (EELV) qui, non seulement a enlevé de grandes villes comme Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Besançon, Grenoble...et enlèvera probablement Marseille, a été derrière la victoire négociée de plusieurs de ses alliés de gauche, dont celle de Anne Hidalgo (Parti socialiste), confirmée maire de la combien convoitée Paris. Le parti de Macron accordait tellement d'importance à l'Hôtel de ville de la capitale qu'il avait débauché la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, pour qu'elle allât se mesurer à la Hidalgo et à Rachida Dati. Loin troisième, elle n'obtiendra même pas la consolation d'un siège de conseillère. Un revers et quel revers!

Face à cette déconfiture, Macron s'est empressé dès lundi (hier), d'annoncer, devant la Convention citoyenne pour le climat, sa décision de consacrer 15 milliards d'Euros (un peu plus de 26 milliards de dollars) pour la conversion écologique, en minimisant l'effet "stimulant" des résultats des municipales. "L'ambition climatique ne doit pas être en réaction à un cycle électoral. C'est un devoir moral et une partie de notre souveraineté", dira-t-il. Décidément, du Macron en Vert!

Seulement, jusqu'où ira-t-il sur cette nouvelle voie qui semble avoir la préférence des Français, du moins les 40% des votants qui ont été aux urnes? Et comment cela s'exprimera-t-il dans le remaniement ministériel qui est attendu dans les jours à venir et qui s'annonce des plus délicats? En effet, il lui sera difficile de se défaire de son Premier ministre qui, lui, a nettement gagné au Havre, sous peine d'être traité de déloyal et il ne pourra pas compter, d'un autre côté, sur l'entrée de poids lourds d'EELV ou de leurs alliés qui ont déjà fait savoir qu'ils refusent d'être une "béquille" sur laquelle il voudra s'appuyer. En fait, ils ambitionnent de le relever, lui et son parti

La République en marche est assurément dans un marasme. Avec la stagnation du Rassemblement (ex Front) national et les scandales qui éclabousser la Droite, les Verts seraient-ils l'alternative, lors de la présidentielle et des législatives de 2022?

Pour cela, il leur faut d'abord réussir pendant les deux années à venir, l'exercice du pouvoir local. En seront-ils capables?


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