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"Ce que coûte la crise du Covid-19 à Macron " (Analyse)

La côte de popularité du jeune président tombe à 38% et 7 français sur 10 pensent que le gouvernement ne leur dit pas tout sur la crise. L'après-coronavirus va être brûlant...

Slah Grichi   | 29.04.2020
"Ce que coûte la crise du Covid-19 à Macron " (Analyse)

France

AA / Slah Grichi

En France, comme pratiquement partout ailleurs de par le monde, le coronavirus -désormais baptisé Covid-19- continue de se propager, mais sa fureur et sa folle fulgurance meurtrière sont, depuis quelque temps, en nette baisse.

En effet, les courbes qui marquaient en nombre de victimes, jusqu'à il y a deux semaines, des pics vertigineux dans beaucoup de pays notamment en Europe et aux États Unis, sont aujourd'hui clairement descendantes.

A titre indicatif et justement aux States, de loin les plus touchés par la pandémie, on a enregistré pour la journée d'avant-hier, lundi, 1303 décès contre 2500 deux jours plus tôt. Dans l'Hexagone, bien que moins spectaculaire, la chute n'en est pas moins significative puisque pour les mêmes journées, elle se situe, en pourcentage, autour de 35%.

Et si l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui continue à mettre en garde contre la ténacité de ce virus, ou d'autres pays dont l'Allemagne qui se prépare, en se prémunissant sérieusement, à une probable et virulente deuxième vague, ne se fient pas tout à fait à cette relative mais palpable accalmie, elle aura quand même apporté un certain soulagement et, quelque part, un regain -si ce n'est un surcroît- de confiance en les décideurs qui gèrent la crise. Il est étonnant de voir l'opposé se produire en France...

Les Français se secouent ?

On remarque souvent qu'en temps de crises exogènes, les Français ont généralement tendance à soutenir leurs présidents et à s'aligner derrière eux. Aussi la côte de popularité de ces derniers monte-t-elle, sans que cela ne soit nécessairement justifié.

Cela s'est produit, par exemple, avec Jacques Chirac et François Hollande lors des chocs financiers, respectivement de 2001 et 2015. Cela vient encore une fois de se vérifier avec Emmanuel Macron qui, fin mars dernier, connaissait une ascension dans les sondages que ne pouvaient motiver les tergiversations, les erreurs d'appréciation et l'absence d'anticipation qu'on lui reprochait à lui personnellement, ainsi qu'à son gouvernement.

Certes, on pourra expliquer cette montée par les centaines de milliards d'Euros qu'il a mis sur la table pour venir en aide aux entreprises et aux foyers les plus touchés par le Covid-19. Mais comment comprendre alors que la fin de la semaine dernière et d'après des sondages crédibles et concordants, effectués pour le compte d'organes de presse réputés, le jeune président n'ait plus la confiance de près des deux tiers (62%) de ses concitoyens, alors même que la pandémie tuait beaucoup moins et que les établissements hospitaliers commençaient à respirer, après avoir été à deux doigts de la paralysie totale?

Ce revirement est-il dû au confinement, synonyme de recul et d'opportunité d'analyse réfléchie sur la manière dont il a géré la crise? Ou bien est-ce l'effet des voix "réfractaires" qui ont, enfin, trouvé écoute et qui n'ont eu de cesse de dénoncer le laisser-venir de l'Etat et sa responsabilité dans l'ampleur de la propagation du virus et le nombre de décès qu'ils a causés? "Négligence", "incompétence", "déconnection de la réalité"... C'est là un échantillon des griefs retenus contre Macron et son gouvernement. De là à l'accuser de non-assistance à personnes en danger, il y a un seuil que beaucoup ont allègrement franchi.

Polémiques et contradictions

Nicolas Dupont-Aignan, le député de Debout la France, frappe fort en s'appuyant sur une information parue récemment sur le satirique "Canard enchaîné", selon laquelle une circulaire aurait été adressée aux établissements hospitaliers, les invitant à limiter au maximum l'admission en réanimation des personnes fragiles. Au micro de RTL, Olivier Véran, ministre de la Santé, déclarait : "...Je ne peux pas vous dire, les yeux dans les yeux, que cette situation ne peut pas arriver...". Si ce n'est pas là, un aveu...

Est également évoqué le cas Agnès Buzyn, prédécesseure de Véran qui aurait déclaré, en quittant son bureau le 17 février en pleurs : "Je savais que le Tsunami était là". Elle aurait même confié plus tard, avoir alerté le président de la gravité de la pandémie dès le 11 janvier, puis le Premier ministre le 30 du même mois, allant jusqu'à lui conseiller de reporter les municipales, prévues le 15 mars.

Ahurissantes ces "fuites", venant d'une responsable qui n'a quitté le gouvernement que pour briguer le très prisé poste de maire de Paris et qui n'a cédé sa toge de ministre que pour partir en campagne dans le cadre de ces mêmes municipales qu'elle dit avoir voulu voir décalées, parce que propices à des contagions en masse.

Ces confessions sont-elles crédibles, venant d'une (ex) ministre qui déclarait, fin janvier, que "le risque d'importation du virus depuis Wuhan est quasiment nul et sa propagation parmi la population très faible" ? Ou est-ce qu'elles émanent d'une dame qui, dépitée d'avoir perdu et sa course à l'Hôtel de ville de la Capitale des lumières et son poste de ministre, a lâché ses "patrons" d'hier pour se démarquer de leurs bévues et, peut-être, jeter de la poudre aux yeux, afin de détourner l'attention et protéger son mari, soupçonné par certaines sphères médicales d'être impliqué dans une vaste affaire de conflit d'intérêt, avec pour toile de fond le protocole à base de chloroquine, défendu par un bon nombre de praticiens, dont le désormais célèbre Pr. Didier Raoult ?

A propos de chloroquine, qui divise tant les praticiens et les chercheurs, il est affolant de voir le Conseil scientifique qui assiste Macron sur le dossier du Covid-19, s'acharner à la déconseiller, au moment même où le ministère des Armées (de la Défense, sous d'autres cieux) en commande des tonnes! De quoi faire perdre à la France sa fière allure hexagonale...

En tout cas, les fouineurs pensent qu'il y a anguille sous roche qui, une fois levée, dégagera sûrement une forte odeur de gros sous des mastodontes pharmaceutiques.

Bonjour les scandales et les procès qui, à coup sûr, seront intentés de toute part.

Erreurs fatales et scandales d'Etat


Ces procès auront une toute autre résonance que l'action en justice que compte déjà mener le "C 19", un collectif de médecins, contre Édouard Philippe et Agnès Buzyn. Adnane Bakry, un urologue à la tête d'une entreprise de santé numérique à Reims, qui chapeaute ce collectif, n'hésite pas à qualifier leur négligence "scandale d'État" dont ils doivent répondre. "Nous portons plainte devant la Cour de justice de la République contre eux parce qu'ils étaient alertés de la future pandémie et qu'ils n'ont rien fait. Ils sont responsables du marasme et de ses conséquences sur la perte de vies qu'on connaît", décrète-t-il.

Sa colère est partagée par le Pr. Eric Maury, président de la Société française de réanimation qui, tout en mettant à l'index la paupérisation du secteur public de la santé, trouve révoltant qu'en pleine folie du covid-19, le corps médical manquât encore de matériel de protection, que la pénurie de produits de désinfection frappât toujours les hôpitaux et les centres d'accueil, pourtant vite arrivés à saturation par des afflux massifs de malades auxquels ils n'étaient pas préparés.

Maury rapporte, entre autres, le témoignage désespéré du patron de la réanimation dans un hôpital de Mulhouse qui dit avoir dû, avec son équipe, recourir à d'inefficaces et vulgaires ventilateurs à la place de respirateurs artificiels manquants et voir, impuissant et la mort de l'âme, des gens s'éteindre, sans avoir été pris en charge.

Emmanuel Macron a eu beau faire son mea culpa et celui de son gouvernement, reconnaître des erreurs d'appréciation, un manque d'expérience face à un fléau nouveau, promettant que "plus rien ne sera comme avant", dans une promesse quasi explicite de privilégier, désormais, le social...l'humain.

Mais il aura du mal, une fois venu le temps de faire le bilan et de rendre des comptes, à justifier des erreurs fatales comme d'avoir permis que se tiennent au cœur de la pandémie et de sa propagation, le Salon de l'agriculture (22février-1er mars) avec son millier d'exposants venus de toute part et ses centaines de milliers de visiteurs, le match de l'Europa League (26 février) entre l'Olympique de Lyon et la Juventus, en présence de 3000 Turinois, le rassemblement (11 mars) de 4000 supporters parisiens entassés devant le Parc des Princes pour suivre sur écran géant le match PSG-Dortmund et, cerise sur le gâteau, les municipales du 15 mars. Tout cela au moment même où le pays connaissait une pénurie de masques, de produits hydro-alcooliques...

Avec la suspension tardive du trafic aérien et la fermeture des espaces publics qui n'est intervenue que le 14 mars, il n'y a pas à chercher loin le record de décès enregistré par la France, proportionnellement au nombre de la population et des contaminés. Il est dès lors compréhensible que la majorité des Français (70%) pensent que leurs gouvernants ne leur disent pas tout sur la crise, que plus de 60% n'ont pas confiance en leur capacité à la gérer et que 38% aient lâché Macron.

L'après Covid-19 risque fort d'être houleux pour le jeune président.


*Les opinions exprimées dans cette analyse ne reflètent pas forcément la ligne éditoriale d’Anadolu.

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