AA/Tunis/Esma Ben Said avec la contribution de Henri Demarie (Kigali)
Le continent africain vit une aventure démographique incroyable: d'ici 2050, sa population totale aura doublé pour dépasser les 2 milliards d'habitants, dont 1.34 milliards vivront en milieu urbain, selon des perspectives récentes.
Une bonne gestion des villes sera donc une priorité cruciale pour les gouvernements africains pour les prochaines décennies.
Pour les experts de l'urbanisme, répondre au défi urbain du continent noir passera par le concept des "smart cities" qui constituent la solution idoine pour assurer une transition rapide des villes.
Il est devenu nécessaire, voire indispensable, de transformer les villes africaines en "villes intelligentes", connectées, bien gérées et sécurisées, en utilisant les technologies de l'information et de la communication (TIC) et les infrastructures d'énergie (durable de préférence) pour «améliorer» la qualité des services urbains afin d’assurer le bien-être de ses populations, ont révélé, en ce sens, les participants au panel sur le thème:«Villes intelligentes africaines : villes du futur», organisé, mardi, à Kigali dans le cadre de la 2ème édition du sommet Transform Africa 2015.
Aujourd’hui, 250 villes dans le monde (dont Barcelone, New-York, Londres, Singapour) testent d'ailleurs de nombreux projets innovants qui optimisent leurs services urbains et s'avère bénéfiques pour tous, selon l'étude «Global Smart city – 2015».
L'Afrique, elle, est encore à la traîne même si Nairobi, la capitale du Kenya est parvenue, grâce à son investissement dans l’innovation, l’éducation et la technologie, à se hisser dans le classement 2015 (et 2014) des 21 villes les plus intelligentes du monde aux côtés de villes australiennes, américaines ou asiatiques, selon une étude menée par «Intelligent Community Forum», un think tank qui étudie le développement économique et social des communautés du XXIe siècle.
Mais, il s'agit, pour le moment, du seul pays d’Afrique qui figure dans ce classement, et ce, parce que la gestion des grandes villes restent très complexe et que la plupart des pays préfèrent encore se concentrer sur les défis ruraux.
Au Rwanda par exemple, le concept de «smart city» est, certes, intégré dans l’esprit des autorités, mais n’est pas une priorité sur l’ensemble du territoire.
"Ici, on mise surtout sur les villages intelligents, c'est ce qu'il y a de plus inclusif. Les autorités ambitionnent par exemple de rendre la présence de l'internet 4 ème génération (fonctionnel depuis novembre 2014), accessible d'ici deux ans dans tout le pays pour les populations rurales. Notre objectif premier est de vulgariser les TIC au niveau du plus grand nombre de nos compatriotes", renseigne Rose Mary Mbabazi, secrétaire permanente du ministère des TIC et de la jeunesse, rencontré par Anadolu.
Cependant, il est vrai que les grandes villes, comme Kigali, assimile déjà le principe de villes intelligentes, reconnait-il, surtout que la pénétration massive des nouvelles technologies (internet, smartphones, ordinateurs,...), dans notre quotidien (avec 600 millions d’abonnés mobiles prévus en 2016, et un taux de pénétration supérieur à 40%, le continent africain est celui qui affiche la plus forte dynamique mondiale) conduisent les autorités publiques à repenser l’ensemble de leurs services aux citoyens.
Le Rwanda a ainsi expérimenté l’utilisation de la carte numérisée dans des transports publics à Kigali pour rendre plus aisé le déplacement des usagers à travers la ville. Une innovation technologique qui sera bientôt expérimentée en Côte d’Ivoire, a indiqué lors du sommet Transform Africa 2015, le représentant de la société de téléphonie Airtel Rwanda, Patrick N'Buchana.
Le maire de Kigali, qui s'exprimait à la même occasion, a fait savoir pour sa part, que le Rwanda, «disposant de 500 kms de fibres optiques, a connecté chaque coin de rue de la capitale et imposé à tout entrepreneur d’un immeuble pouvant abriter plus de 199 personnes de se raccorder au réseau d’Internet ».
A Kinshasa, capitale de la République populaire du Congo (RDC), qui abrite pas moins de 9 millions d'habitants, une équipe locale de femmes ingénieurs a décidé d'employer les nouvelles technologies pour faciliter la vie des citoyens. Cinq robots en aluminium ont été conçus et réalisés en ce sens, afin de réguler la circulation. Dotés de feux de signalisation et de caméras pour attraper ceux qui commettent des infractions, ces robots qui ont été placés aux principales intersections, participent à la modernisation de la ville et au bien-être de la population.
Au Maghreb, le Maroc,travaille actuellement sur plusieurs réformes majeures en matière d’urbanisme, d’énergies propres, de sécurité de l’eau, de développement agricole et de moyens de transports pour améliorer les villes, a rapporté la presse locale.
En avril dernier, Casablanca s'est ainsi dotée d’un cluster pour devenir une "ville intelligente". Baptisé "E-madina Casablanca Smart City", le cluster (qui existait depuis deux ans sous forme de think thank) ambitionne d’accompagner des projets innovants répondant aux problématiques de la ville, entre autres la mobilité et les problèmes quotidiens comme la gestion des déchets, par le biais de sites web, d'applications mobiles et de plateformes de communication digitale, selon la même source.
L'Egypte, quant à elle, "veut désengorger le Caire". Un écrin d’espaces verts et de plans d’eau, de gratte-ciel d’acier et de verre, des kilomètres carrés de boutiques et de fermes solaires vont ainsi être construits d’ici cinq ans dans la capitale, sur 700 km2, par un groupe émirati, qui investira près de 43 milliards d’euros pour la première phase de construction de la nouvelle métropole administrative déjà nommé «cité idéale du XXIe siècle », selon des médias locaux.
Plusieurs autres pays du continent, à l'image de la Namibie, de l'Afrique du Sud, de la Tanzanie, du Togo etc. commencent, elles aussi, à investir dans "les villes intelligentes", pour répondre aux évolutions démographiques de leurs territoires.
Une ambition réalisable et qui peut être une réponse efficiente, surtout que les consommateurs africains veulent, aujourd'hui, avoir accès aux mêmes services que le reste des consommateurs relevant du monde développé,( logement, divertissement, connectivité etc) et qu'une vraie classe moyenne est entrain d'emerger.