Mohamed Hedi Abdellaoui
03 Décembre 2015•Mise à jour: 04 Décembre 2015
AA/ Ouagadougou/ Olympia de Maismont
Le nouveau président burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, élu au premier tour avec 53,49% devrait se pencher sur bien des priorités, pour son premier quinquennat.
La vérité sur l’assassinat de l’ancien président Thomas Sankara, la relance économique après une période de récession provoquée par l’instabilité politique qu’a vécue le pays et l’amélioration des prestations de santé, n’en sont que quelques grandes lignes.
D’ailleurs, à l’annonce des résultats provisoires par le président de la Commission Electorale nationale Indépendante « Ceni », Roch s’est adressé à ses concitoyens : « je vous invite à vous mettre très rapidement au travail ».
Ceci étant, après plus de 27 ans sous le régime de Blaise Compaoré et une période transitoire de douze mois, marquée par un putsch militaire manqué en septembre dernier, des réformes politiques, économique et sociétales concrètes sont attendues.
Tout au long de sa campagne, le candidat du Mouvement du Progrès pour le Peuple « MPP », insistait sur le fait que le Burkina Faso a besoin d’un «vrai changement » et affirmait en être « la réponse ». Ce changement passera par une nouvelle Constitution à concevoir au cours du premier trimestre de 2016.
Seulement, il faut rappeler que Roch Marc Christian Kaboré fut l’un des piliers du régime déchu. Entre 1989 et 2012 il a occupé des postes clés, notamment ministre des Transports et de la Communication, ministre d’Etat, ministre des Finances puis Premier ministre et enfin président de l’assemblée nationale pendant 10 ans. S’il est indéniable qu’il a acquis de l’expérience, son défi politique sera d’incarner effectivement l’alternance, et de marquer un changement dans la manière de gouverner.
Ce changement devra aussi porter sur la justice, les Burkinabè s’attendent à plus de transparence notamment sur le meurtre du capitaine Thomas Sankara, assassiné lors du coup d’Etat de 1987 qui a installé Blaise Compaoré à la tête du pays ainsi que sur l’assassinat en 1993 du journaliste Norbert Zongo.
Sur le plan économique, les Burkinabé sont plutôt gourmands. La question de l’emploi, prime, après une année de transition qui a paralysé le pays. D’ailleurs, alors que la majorité de la population a moins de 20 ans, les jeunes quêtent vainement un emploi. En 2012, un sondage publié par l’Observatoire National pour l’Emploi et la Formation professionnelle « Onef » indiquait que le chômage des jeunes entre 15 et 29 ans atteignait 51%.
L’investissement national et international, lui, tournait au ralenti, du fait d’une instabilité politique qui a embrouillé les repères. Tout autant que la consommation et les commerçants peinent toujours à « boucler leur fin de mois ».
Volet social et sociétal, l’accès à la Santé est l’autre défi qui s’impose au futur gouvernement. En effet, en 2015, le taux de mortalité infantile dépasse les 75%, d'après des statistiques officielles.
Le Fonds des Nations unies pour l’enfance « Unicef » indique qu' une grande partie de ces enfants meurent de « maladies respiratoires, paludisme, maladies diarrhéiques, etc. ». Ces décès sont en grandes majorités liés au manque de moyens des ménages et à la limite de l’accès aux soins en milieu rural, où vit 70% de la population totale du pays (18,3 millions selon les statistiques officielles de 2014).
Le président aura également du travail à accomplir dans le secteur de l’éducation. En 2004, 57% des enfants entre 5 et 14 ans travaillaient au lieu d’être sur les bancs de l’école, selon "statistiques mondiales". Aujourd’hui encore, le taux d’alphabétisation chez les plus de 15ans se situe en dessous de 30%, d'après l'Unicef.