Lassaad Ben Ahmed
02 Décembre 2020•Mise à jour: 02 Décembre 2020
AA / Ouagadougou / Dramane Taoré
Cinquante-cinq organisations de producteurs de lait local de six pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre, engagés dans une campagne sur le thème "Mon Lait est Local", ont tenu mercredi, une "marche virtuelle" pour appeler les dirigeants africains à prendre des mesures allant dans le sens de la protection du lait local contre la "concurrence déloyale".
Cette marche qui devrait se tenir en présentiel dans les pays concernés s’est déroulée en ligne en raison de la maladie à coronavirus, a déclaré, Papi Sidi Fall un des coordinateurs de la manifestation sur la plateforme Zoom ainsi que sur Facebook live.
"Les producteurs laitiers de cinq pays de l’Afrique l’Ouest et du Tchad sont déterminés à promouvoir le lait local et réclament des politiques laitières durables. L’objectif de cette manifestation est de faire pression sur les chefs d’Etat de la CEDEAO pour qu’ils puissent sauver le lait local de l’Afrique de l’ouest", a déclaré Fall.
"Aujourd’hui, l’heure n’est plus à se lamenter, l’heure est à l’action", a-t-il ajouté, avant de remercier les participants à cette campagne.
Pour, Mme Indatou Amadou, responsable du plaidoyer et du genre de l’Association pour la promotion de l’élevage dans le sahel, et coordinatrice régionale de la campagne, les pays africains "font face à une concurrence déloyale ».
Amadou a souligné que cette campagne est portée au niveau régional, avec des partenaires notamment Oxfam et des centres de développement et de recherche.
"Nous sommes une coalition très forte. La campagne a fait deux ans. Nous avons pu inscrire nos propositions dans les documents stratégiques et à mobiliser les autorités politiques", a-t-elle dit.
Elle a noté des progrès comme la suppression des taxes sur la production locale du lait au Sénégal et l’introduction du lait local dans les cantines scolaires au Burkina Faso.
Selon les promoteurs de la filière lait locale du Burkina Faso, du Mali, de Mauritanie, du Niger, du Sénégal et du Tchad, des pertes financières importantes et de cheptel, sont enregistrées en raison des importations.
Ce lait importé bénéficie d’un tarif douanier avantageux de 5%, permettant de le vendre 30 à 50% moins cher que le lait local.
Ce dumping fait perdre des emplois aux productrices et aux producteurs de lait, tout en privant les consommateurs des éléments nutritifs qu’on retrouve dans le vrai lait, a indiqué Indatou Amadou.
Depuis 2019, le collectif d’éleveurs, producteurs de lait et diverses organisations a initié, une pétition demandant aux chefs d’Etat et responsables d’institutions régionales, de protéger et de promouvoir la filière lait, un secteur vital de l’économie de la région, avec l’objectif de rassembler 55.000 signatures.
Pour Bagoré Batchily, vétérinaire, responsable d’entreprise agroalimentaire, il y a une absence de valorisation du lait local et cette campagne est touchante, car elle a permis de comprendre le problème et de sensibiliser les acteurs.
"On ne peut pas avoir des éleveurs traditionnels qui se battent contre les multinationales, sans barrières douanières. La filière lait est devenue une filière prioritaire dans le sahel", a-t-il dit recommandant, entre autres, des politiques économiques en faveur du lait local.
Mme Garico Haridiatou, membre de l’Union des transformatrice du lait local au Burkina Faso, a expliqué qu’il s’agit ici de valoriser la femme africaine, car depuis plus de 100 ans, ce sont les femmes qui travaillent dans la filière lait en Afrique.
"J’ai commencé avec une vache, mais aujourd’hui, j’ai deux fermes", a-t-elle témoigné.
"Le lait local, c’est une activité très importante qui produit des richesses mais qui n’est pas prise en compte par les politiques", a-t-elle regretté appelant les autorités à protéger cette filière contre les multinationales.
"La CEDEAO doit savoir que cette filière doit être protégée. Nous ne pouvons pas exporter nos produits à l’extérieur. Ce sont nos Etats qui doivent avoir des politiques protectionnistes", a-t-elle conclu.