Hend Abdessamad
07 Février 2021•Mise à jour: 07 Février 2021
AA/ Tunis/ Alaa Hammoudi
Des centaines de Tunisiens ont participé, samedi, à une marche dans le centre de la capitale, pour demander la libération des détenus lors des récentes manifestations, avec la participation des dirigeants des partis politiques de gauche et des députés indépendants.
Le rassemblement a coïncidé avec le 8e anniversaire de l'assassinat du politicien de l'opposition, Chokri Belaid, le 6 février 2013.
Selon le correspondant de l'Agence Anadolu, les forces de sécurité ont fermé des cafés, des restaurants et des magasins ouverts situés dans l’Avenue Habib Bourguiba dans le centre de la capitale, et ont imposé un cordon sur les routes menant au centre de Tunis, avec des renforts intenses de sécurité.
La marche a connu des affrontements entre la sécurité et un certain nombre de manifestants, selon la même source.
Des dizaines d'Organisations de défense des droits de l’homme et des partis politiques ont appelé à cette manifestation qui a rassemblé près de mille personnes, selon des sources sécuritaires.
L’Union générale tunisienne du travail UGTT (la plus grande organisation syndicale), la Ligue tunisienne de défense des droits de l'homme, l'Association tunisienne des femmes démocrates et le Forum tunisien des droits sociaux et économiques (organisations indépendantes) ont appelé à cette marche pour exiger la libération des personnes arrêtées lors des dernières manifestations.
Les manifestants ont également appelé à faire la lumière sur l'assassinat de Chokri Belaid, secrétaire général du parti unifié des patriotes démocrates (extrême gauche) le 6 février 2013, ce qui a conduit à la démission du gouvernement, à l’époque, suite à plusieurs protestations.
Les protestataires ont brandi des pancartes avec des slogans appelant à l'emploi, à la liberté et à la dignité, et à la dissolution du gouvernement et du parlement, rejetant toute pratique sécuritaire réprimant les libertés et ouvrant la porte au retour de l '« État policier ». Parmi les slogans que les manifestants ont scandé « ni peur, ni terreur le pouvoir appartient au peuple ».
Un grand nombre de jeunes, de dirigeants de partis politiques de gauche et de députés indépendants ont participé à la manifestation.
Sami Taheri, porte-parole officiel de l’UGTT, a déclaré à l’Agence Anadolu : « bloquer les accès menant à l’Avenue Habib Bourguiba est une pratique étrange... les manifestants sont venus appeler à faire la lumière sur l'assassinat de Chokri Belaid, perpétré il y a 8 ans ».
Et le porte-parole de l’UGTT d’ajouter : « la fermeture des accès à l’Avenue principale de la capitale et le renforcement de la présence sécuritaire peuvent se traduire par l’appréhension que les dirigeants au pouvoir et la coalition au pouvoir en général sont en train de vivre. Ils doivent libérer les détenus qui ont réclamé leurs droits sans causer des dommages matériels ».
Par ailleurs, Hama Hammami (secrétaire général du Parti des travailleurs) a déclaré dans une interview accordée à l'Agence Anadolu « nous connaissons celui qui ralentit la révélation de la vérité concernant l’affaire Chokri Belaid, ainsi que ses alliés et nous ne nous tairons qu’une fois la vérité révélée ».
« Le régime a réprimé des manifestations populaires dans diverses régions de Tunisie, par la violence et en procédant à l’arrestation de centaines ... ceux qui sont au pouvoir doivent libérer les détenus », a-t-il ajouté.
Suite aux manifestations ayant appelé, le mois dernier, à l'amélioration des conditions économiques et sociales, le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Khaled Hayouni, a annoncé l'arrestation d'au moins 630 manifestants, à travers le pays.
L’avocat, homme politique et militant de gauche, Chokri Belaïd, a été assassiné le 06 février 2013, près de son immeuble à El Menzah VI du gouvernorat de l'Ariana, plongeant le pays dans une crise politique aiguë ayant conduit à la démission du gouvernement de l'époque.
*Traduit de l’arabe par Hend Abdessamad