Nadia Chahed
24 Novembre 2018•Mise à jour: 25 Novembre 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Le prince héritier d’Arabie Saoudite, Mohamed Bin Salmane, effectuera mardi prochain une visite officielle en Tunisie, dans le cadre d’une tournée qu’il entreprend dans plusieurs pays, a déclaré samedi à Anadolu la porte-parole de la présidence tunisienne Saïda Garrach.
Selon la même source, l’homme fort de Riyad aura une rencontre avec le président Béji Caïd Essebsi qui portera sur le renforcement des relations bilatérales et les problèmes régionaux d’actualité, sans plus de précisions.
Cette visite intervient en pleines turbulences autour du meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, assassiné le 2 octobre dernier dans le consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, et dont les péripéties n’ont pas encore été totalement éclaircies, s’agissant notamment du ou des commanditaire (s) de l’opération et du sort de la dépouille de la victime non élucidé jusque là.
La présidence tunisienne a rappelé la position de Tunis à ce sujet, notant que “la Tunisie a, dès le début, dénoncé cet assassinat et appelé à dévoiler toute la vérité sur le meurtre du journaliste, tout en s’opposant à ce que cette affaire soit instrumentalisé pour déstabiliser le Royaume et la région”.
En attendant, des voix se sont élevées en Tunisie pour dénoncer cette visite. Un collectif de 50 avocats, a annoncé par la voix de son coordinateur Nizar Boujallel, qu’il déposera lundi une plainte en urgence auprès du tribunal de première instance de Tunis pour annuler la visite du prince héritier saoudien considéré comme suspect dans le meurtre de Khashoggi".
S'exprimant dans une déclaration à Anadolu, Boujallel a indiqué que le collectif n’exclut pas d’autres formes de protestation dont une manifestation à l’aéroport de Tunis-Carthage à l’arrivée du prince.
D’autres activistes tunisiens ont appelé à manifester contre la visite prévue du prince héritier saoudien en Tunisie.
"Nous manifesterons contre la visite d'un haut responsable [Bin Salmane] qui mène une guerre brutale contre le peuple yéménite et qui est impliqué dans le meurtre barbare d'un citoyen saoudien [Khashoggi]", a déclaré à Anadolu l'ancien président de l’Institut tunisien des études stratégiques (ITES) Tareq Kahlaoui.
"Cet individu devrait faire l'objet d'une enquête et de poursuites vu ce qui a été révélé concernant son implication dans l'affaire de l’assassinat de Khashoggi", a-t-il déclaré.
Et de poursuivre : La Tunisie "respecte les droits de l'homme et ne peut donc accepter une visite de cet individu".
De son côté, le syndicat des journalistes tunisiens a ainsi adressé une lettre ouverte au président Caïd Essebsi dans laquelle il dit “s’opposer catégoriquement” à la venue du prince saoudien.
Selon un communiqué du syndicat, “la visite en Tunisie de l’héritier du trône d’Arabie Saoudite est “une provocation et une atteinte flagrante aux principes de notre révolution”.
Le communiqué estime que le prince Bin Salmane représente “une menace pour la sécurité et la paix dans la région et dans le monde et un véritable ennemi de la liberté d’expression”, faisant valoir que le but du périple qu’il effectue dans plusieurs pays est de “blanchir son dossier sanguinaire”, en référence aux “crimes horribles commis par le régime saoudien contre les droits de l’homme dont le dernier en date est le meurtre de l’écrivain et journaliste Jamal Khashoggi”.