Nadia Chahed
24 Novembre 2018•Mise à jour: 25 Novembre 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Le chef du gouvernement tunisien, Youssef Chahed a qualifié, samedi, de "mascarade" les accusations selon lesquelles il serait en train de fomenter "un coup d'Etat".
Vendredi, le secrétaire général du mouvement "Nidaa Tounes", au pouvoir, Slim Riahi, a annoncé avoir porté plainte auprès du tribunal militaire contre le chef du gouvernement qu'il accuse de planifier un coup d'Etat.
"Je suis à la disposition de la justice en tant que plaignant et témoin. Je fournirai toutes les données nécessaires au sujet du coup d’État. Il s’agit d’une affaire d’une extrême gravité", a déclaré à l’agence officielle TAP cet homme d'affaires controversé qui avait fait fortune en Libye sous l'ancien régime de Mouammar Kadhafi.
Slim Riahi a récemment fait alliance avec le directeur exécutif de Nidaa Tounes, Hafedh Caïd Essebsi, fils de l'actuel chef de l'Etat, en conflit ouvert avec le chef du gouvernement.
S'adressant au parlement, samedi, pour présenter le projet de budget et la loi de finance pour l'année 2019, Youssef Chahed a, sur un ton ironique, balayé ces accusations.
"Comment un chef de gouvernement auquel la Constitution accorde les plus importantes attributions, songerait-il à de tels desseins", s'est-il interrogé.
Il a affirmé que "le gouvernement continuera à travailler avec assurance et ne sera nullement ébranlé par ces accusations".
"Ceux qui nous accusent de coup d’Etat considèrent chaque pas de lutte contre la corruption comme un coup d’Etat. D’ailleurs, nous avons mentionné dans ce projet de loi de finances, 11 mesures de lutte contre la corruption. Notre gouvernement ne fait et ne fera jamais de coup d’Etat. Ce gouvernement est étroitement attaché à la légitimé démocratique et ces accusations ne sont qu’une mascarade", a-t-il lancé.
Il a ajouté que "la crise politique a été résolue constitutionnellement" après le dernier remaniement ministériel approuvé à une large majorité par le parlement, "sauf que certaines parties, préfèrent, selon ses dires continuer à semer la zizanie dans la scène politique en profitant des mobilisations populaires.
Chahed faisait allusion à la manifestation organisée jeudi dernier à l'occasion de la grève générale déclenchée à la suite de l'échec des négociations entre le gouvernement et la centrale syndicale, l'UGTT, sur les augmentations salariales de la fonction publique.
"Je salue l’UGTT qui a assuré le bon déroulement des contestations sans que le mouvement bascule dans la violence", s'est-il félicité.
Le chef du gouvernement a, dans ce contexte, mis l'accent sur l’importance de la paix sociale en cette période difficile que traverse le pays, énumérant un train de mesures sociales prévues dans le projet de loi de finance en faveur de la classe moyenne et des catégories et régions démunies afin d'atténuer le déséquilibre régional.
"Nous avons de grands défis et de grandes priorités à régler. La volonté politique existe, mais les ressources sont vraiment limitées", a-t-il plaidé notant que le gouvernement est conscient de la détérioration du pouvoir d’achat, de l'acuité du problème chronique du chômage et d’autres maux sociaux sont les conséquences de problèmes qui se sont accumulés depuis huit ans.
"Nous nous sommes attelés à trouver des solutions à ces problèmes à travers ce projet de loi de finances grâce à des mesures de relance de l'économie", a-t-il assuré appelant à la nécessité de consommer les produits tunisiens pour réduire le déficit de la balance commerciale et encourager les entreprises nationales.