Togo: l’opposition refuse les réformes constitutionnelles
Elles constituent une preuve que l’Assemblée nationale togolaise est à la solde du régime, selon la coalition des partis de l’opposition
Togo
AA / Lomé / Alphonse Logo
La coalition de l’opposition togolaise a dénoncé, jeudi, les réformes constitutionnelles et institutionnelles qui ont été votées tard dans la nuit de mercredi par les députés à l’Assemblée nationale togolaise, soutenant qu’elles ne répondent pas à l’aspiration des Togolais.
« La loi de réforme constitutionnelle qui vient d’être adoptée n’a qu’une seule ambition, faire du Togo une propriété privée de Faure Gnassingbé », a déclaré dans une intervention liminaire, Pascal Adoko, secrétaire général adjoint d’un parti membre de la coalition.
Cette déclaration fait le constat qu’avec ces réformes opérées, « le chef de l’Etat sera au- dessus de la loi, car il sera sous le couvert d’une immunité ad vitam aeternam ».
« L’Assemblée nationale vient ainsi de délivrer à Faure Gnassingbé un blanc-seing pour les crimes même de sang contre le peuple », a soutenu Pascal Adoko expliquant qu’en définitive, le Togo est en présence d’une Assemblée Nationale « au service du régime » qui a décidé de « transformer les citoyens togolais en sujets de sa majesté Gnassingbé ».
La réforme votée à l’unanimité des députés présents, a éludé la formule « en aucun cas » telle que prévue dans la constitution togolaise originelle de 1992, dont l’opposition lors des récentes manifestations, a réclamé le retour et reprise par l’expert constitutionnaliste désigné par la Communauté économique des états de l’Afrique de l’ouest.
Elle a aussi exclu les mandats passés et en cours du décompte des mandats.
Réagissant à cet effet, la coalition regrette et dénonce « la remise à zéro du compteur de la durée du règne de Faure Gnassingbé à la tête du pays à partir de 2020, alors qu’il aura bouclé 15 ans de pouvoir ».
« Nous allons le combattre jusqu’à l’alternance en 2020. Nous n’accepterons jamais une privatisation de la nation togolaise », a réagi Brigitte Adjamagbo Johnson, la coordinatrice de la coalition de l’opposition extraparlementaire, se disant « choquée par un tel vote des députés de la République ».
La coalition qui a combattu le pouvoir de Faure Gnassingbé dans les rues plusieurs mois durant entre août 2017 et fin 2018 en réclamant un retour à la constitution de 1992, annoncera bientôt de nouveaux mots d’ordre.
Pour l’heure, elle demande à tous ses militants d’aller se faire enregistrer sur les listes électorales à l’occasion de la révision des listes annoncées hier par le gouvernement pour la période du 16 au 18 mai prochain.
« Hier nous avons appelé au boycott du processus législatif. Aujourd’hui, nous vous disons, allez-vous faire enregistrer massivement. Envahissez les lieux et ne quittez pas, tant que vous ne serez pas enregistrés sur la liste », a indiqué Adjamagbo-Johnson en appelant « le peuple à se mobiliser pour l’alternance au plus tard en 2020 qui, seule permettra d’élire à l’Assemblée Nationale de vrais représentants qui réaliseront les réformes attendues ».
Pour conclure, elle a lancé un appel pressant « aux partis politiques, organisations de la société civile, syndicats, forces de défense et de sécurité, corps constitués, commerçants, paysans, travailleurs de toute catégorie, étudiants, élèves, intellectuels, ordres civils, religieux à se retrouver dans une union sacrée pour mettre fin à l’imposture ».
Pour rappel, l’Assemblée nationale avait adopté, mercredi de nouvelles réformes de la constitution, permettant à Faure Gnassingbé de se porter candidat à la présidentielle de 2020 et 2025, alors qu’il est au pouvoir depuis 14 ans.
Les nouvelles réformes immunisent également les « anciens Présidents » de toute poursuite après l’expiration de leurs mandats.
