Nadia Chahed
03 Octobre 2017•Mise à jour: 03 Octobre 2017
AA/N'djamena/Mahamat Ramadane
Après avoir récolté plus 20 milliards de dollars auprès des donateurs à la table ronde de Paris le 8 septembre dernier, le Tchad n’a plus de prétexte de repousser, pour des raisons financières, le calendrier électoral des législatives. Une observation qui lui a été faite par la France, qui estime que le président Idriss Deby doit fixer très prochainement une date pour l’organisation de ce scrutin, repoussé par N’Djamena, en février dernier, pour "manque de moyens financiers".
«Les élections législatives sont un moment important dans la vie démocratique. Nous espérons, à cet égard, que les autorités tchadiennes, dont c’est la responsabilité exclusive, seront en mesure d’annoncer prochainement un calendrier», a déclaré le 12 septembre, Agnès Romatet-Espagne, porte-parole du ministère français des Affaires étrangères à la presse.
Selon le politologue tchadien Dobian Assingar, s’adressant à Anadolu, par cette observation légitime, l’Elysée accentue la pression sur les autorités tchadiennes pour l’organisation des élections législatives qui, pour l’heure, n’est pas très favorable à la majorité présidentielle au Tchad. Le Tchad a besoin seulement d’un budget estimé entre 90 millions et 100 millions de dollars pour organiser les élections législatives dans des délais raisonnables.
«Après le succès de la table ronde pour la mobilisation des ressources au profit du programme de développement du Tchad à Paris, la France a raison d’estimer que les prétextes évoquées par le gouvernement tchadien pour repousser le calendrier du scrutin ne sont plus valables. Il fallait renouveler l’Assemblée nationale conformément au délai constitutionnel. Mais il est clair qu’organiser les élections législatives en cette période de crise économique et des tensions sociales qui ont suscité beaucoup de mécontentements auprès de la population, n’est pas favorable au pouvoir en place.» souligne-t-il.
Pour le politologue, les autorités tchadiennes, repoussent les élections, non pas par manque des moyens financiers, mais essayent de gagner du temps pour espérer juguler la crise économique et apaiser les tensions sociales, afin de s'assurer d’avoir la majorité à l’Assemblée nationale, à l’issu des élections législatives.
Financement du développement
Pour le gouvernement, la situation actuelle de la trésorerie du pays ne peut pas supporter les dépenses de l’organisation du scrutin dans un délai proche. Selon la porte-parole du gouvernement tchadien, Madeleine Alingué, les 20 milliards de dollars récoltés à Paris ne sont pas un budget additionnel destiné à renforcer le trésor public, mais ce sont des financements des projets de développement aux objectifs bien définis.
«Le pays est en crise financière. Le plus urgent pour le gouvernement est de mettre en place des mécanismes pouvant accompagner les financements des projets, conformément aux objectifs du programme national de développement. On ne peut pas prétendre dévier l’argent récolté à la table ronde, destinés aux projets, pour financer les élections législatives. Ce sera trahir nos engagements pris avec les bailleurs des fonds à Paris.» a indiqué à Anadolu, Madeleine Alingué.
La porte-parole du gouvernement explique que le Tchad est conscient de ses engagements constitutionnels, mais, le report des élections législatives est dicté par la crise économique et financière que traverse le pays et que l’apport de la communauté internationale est de moins en moins généreux. Le gouvernement veut bien organiser les élections, mais n’a plus les ressources financières nécessaires pour le faire.
«Malgré la crise économique tendue que nous traversons, avec ses corollaires de la chute du prix des barils de pétrole et les dépenses militaires pour la lutte contre le terrorisme, nous avons débloqué plus 150 millions de dollars pour organiser la présidentielle en 2016, sans l’aide de la communauté internationale. Ce qui a mis notre pays au bord de gouffre économique et le trésor n’est plus en état de supporter les dépenses pour des législatives en 2017.»
L’opposition et la société civile, estiment que, seule l’organisation des élections législatives dans les délais pourrait mettre un terme aux tensions sociopolitiques que traverse le pays depuis "la réélection contestée" du président Deby pour un cinquième mandat, en avril 2016.
«Pour éviter que notre Assemblée nationale actuelle ne continue de vaguer dans l’illégitimité, il est urgent pour le pouvoir d’organiser les élections législatives. Il est plus que nécessaire de fixer un calendrier pour les scrutins. La Commission électorale nationale indépendante dispose déjà du fichier électoral nécessaire, qui est l’élément le plus important de l’élection, le reste c’est la volonté politique du gouvernement.», a indiqué à Anadolu, Saleh Kebzabo, chef de file de l’opposition tchadienne.
Pour rappel, les législatives avaient été repoussées, sine die, en février dernier par le président Idriss Déby Itno qui a déclaré à la presse tchadienne que : «Quand je dis que nous ne pouvons pas faire des législatives, c’est par manque de moyens. En période de vaches maigres, on ne peut rien faire. Quand nous aurons des ressources, on pourra organiser des élections législatives peut-être en 2019.»