Lassaad Ben Ahmed
25 Janvier 2021•Mise à jour: 25 Janvier 2021
AA / Kané Illa
Les propos du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, estimant que "le Sahel est la frontière sud de l'Hexagone", ont suscité des réactions de la part de nombreux analystes géostratégiques et spécialistes des questions de sécurité.
S'exprimant sur les ondes d'une radio françaises, Dimanche, Le Drian avait considéré, en effet, que "le Sahel est la frontière sud de l'Hexagone". Il a également expliqué qu'en maintenant ses troupes au Sahel, la France aide non seulement les pays de cette zone à lutter contre le terrorisme, mais assure aussi sa propre sécurité.
Pour l'analyste géostratégique nigérien Ibrahim Hamidou, la déclaration de Jean-Yves Le Drian prouve à suffisance que la France est présente au Sahel pour ses propres intérêts.
"L'intervention de la France en Libye, puis au Mali, soi-disant pour protéger les peuples de ces pays contre la dictature et le terrorisme, n'est en réalité qu'une des entreprises de reconquête coloniale", a-t-il expliqué dans une déclaration à l'Agence Anadolu.
"Mais la France va échouer, non seulement du fait de la lutte que mènent les citoyens des pays du Sahel contre sa présence, mais aussi parce que la France n'arrive pas à obtenir un réel soutien de l'Europe à sa politique", soutient l'analyste.
Pour Ibrahim Hamidou, en plus des mouvements de protestation, la présence française au Sahel est contrariée par "la présence d'autres puissances au Sahel qui proposent d'autres types de partenariat que les relations iniques, néocoloniales sur lesquelles s'appuient la France".
Moussa Aksar, expert nigérien sur les questions de sécurité, craint que la déclaration de Jean-Yves Le Drian ne fasse monter le sentiment anti-francais dans les pays du Sahel.
"La déclaration du ministre français des Affaires étrangères est d'autant plus surprenante qu'elle intervient au lendemain d'une manifestation organisée par des organisations de la société civile maliennes contre la présence militaire française au Mali", a-t-il indiqué dans une déclaration à Anadolu.
"Le risque est grand que la déclaration que Jean-Yves Le Drian fasse monter le sentiment anti-francais qu'on constate dans la plupart des pays du Sahel, notamment au Mali, au Niger ou au Tchad", prévient l'analyste.
Pour Moussa Aksar, "c'est toute sa politique que la France doit revoir vis-à-vis de ses anciennes colonies, afin de redorer son image aux yeux des citoyens de ces pays", faisant observer que les forces militaires d'autres pays occidentaux ne sont pas pourtant mal vues que le sont les soldats français au Sahel.
Depuis quelques années, on assiste à des mouvements de protestation contre la présence militaire française dans beaucoup des pays du Sahel.
Le 20 janvier courant, la police malienne a dispersé une marche interdite contre la présence militaire française au Mali à Bamako.
La manifestation a vu la participation de représentants des "gilets jaunes" français, ainsi que de l'activiste et franco-africain Kemi Seba, leader du mouvement anti-franc CFA.
La France est présente au Sahel dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, à travers sa force Barkhane lancée depuis le 1er août 2014.
Cette force intervient notamment au Mali, au Niger et au Burkina Faso. Tout comme au Mali, dans les autres pays aussi, la présence militaire française est régulièrement dénoncée par une partie de l'opinion qui l'assimile à une perpétuation de l'impérialisme français sur ses anciennes colonies.
La France est présente aux pays du Sahel depuis 2013 dans le cadre de l'opération Serval, ensuite par l'opération Barkhane qui a pris le relais depuis août 2014.
Mais la question sécuritaire n'a jamais été résolue dans la région.