Pascal Mulegwa
30 Janvier 2025•Mise à jour: 31 Janvier 2025
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Le ministre français de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot, arrivé jeudi matin à Kinshasa, a été reçu par le président congolais Félix Tshisekedi, a appris l’agence Anadolu.
Barrot était accompagné, dans sa mission, de l’envoyé spécial aux Grands lacs du gouvernement français, Emmanuel Cohet.
D’après une note de la présidence congolaise, au cours de cet échange de plus d’une heure, le président Tshisekedi a expliqué la situation actuelle que vit le pays, marquée par un pillage des ressources naturelles et par des massacres et autres violations massives des droits de l’homme.
Le chef de l’État congolais a réitéré ses “regrets à la suite des incidents malheureux survenus à l’ambassade de France”, au cours de la manifestation pacifique organisée le 28 janvier courant à Kinshasa.
À l’issue de cette entrevue avec le président de la République et ses hôtes n’ont pas fait de déclaration à la presse.
Cette première visite du patron de la diplomatie française à Kinshasa, d’après la même source, faisait suite à une série de communications téléphoniques entre les présidents Félix Tshisekedi et Emmanuel Macron.
Le ministre français est arrivé à Kinshasa deux jours après que les rebelles du M23 ont pris le contrôle de Goma, la principale ville de l’Est de la RDC.
Le président congolais Félix Tshisekedi a assuré mercredi qu'une "riposte vigoureuse" de l'armée était en cours dans la région.
Il a également condamné la passivité de la communauté internationale.
Le sommet de la Communauté d'Afrique de l'Est (EAC), boudé par Kinshasa, a invité le gouvernement de la RDC à "dialoguer directement" notamment avec la rébellion M23, ce que le gouvernement congolais considère comme une "ligne rouge".
Pour rappel, après plusieurs semaines de combat entre les Forces armées de la RDC (Fardc) et les rebelles du M23, ces derniers ont pris le contrôle de la ville de Goma, suscitant la colère des Congolais qui sont descendus dans la rue pour exprimer leur soutien à leur armée et déplorer la position passive des puissances internationales à l'égard de cette agression.
Le Mouvement du 23 Mars (M23) avait été créé en 2012 par des militaires dissidents de l’armée congolaise. Après une brève montée en puissance, il a été défait en 2013 par les Fardc, appuyées par les Casques bleus de la Monusco. Cependant, le M23 a repris les armes en 2022, s’emparant de plusieurs localités dans la province du Nord-Kivu, située à la frontière du Rwanda et de l’Ouganda.
Kinshasa accuse le Rwanda de soutenir activement le M23 pour accéder aux richesses minières de la région. Ces accusations sont étayées par des rapports d’agences onusiennes, qui pointent un appui militaire rwandais au mouvement rebelle. Pour la RDC, le M23 est un groupe "terroriste" et toute forme de négociation est catégoriquement rejetée.
Le Rwanda réfute ces allégations, affirmant que le M23 est un mouvement congolais dirigé par des Congolais, bien que ses membres parlent le kinyarwanda, la langue rwandaise. Kigali rejette également les conclusions des rapports onusiens et rappelle avoir désarmé les rebelles du M23 qui s’étaient réfugiés sur son sol en 2012-2013, avant de remettre leur arsenal aux autorités congolaises.
Pour le Rwanda, le M23 représente une menace pour sa sécurité intérieure. Kigali accuse la RDC de collaborer avec des groupes armés, notamment les miliciens Wazalendo et les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), considérés comme responsables du génocide rwandais. Ces alliances, selon Kigali, s’inscriraient dans une stratégie visant à renverser le gouvernement rwandais.