Slim Jerbia
07 Juin 2017•Mise à jour: 07 Juin 2017
AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
La République Démocratique du Congo a accepté de collaborer avec les Nations unies pour une enquête conjointe sur les violences qui secouent la région du Kasaï, dans le centre du pays, a indiqué à Anadolu, la ministre congolaise des Droits humains, Marie-Ange Mushobekwa.
L'engagement de Kinshasa est une réponse à l'ultimatum lancé mardi par le Haut-commissaire de l’ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein.
Al Hussein avait affirmé attendre, dans les 48 heures, des engagements de la RDC au sujet des enquêtes relatives aux violences qui secouent la région du Kasaï.
« À moins que je ne reçoive des réponses appropriées du gouvernement concernant une enquête conjointe avant le 8 juin, j'insisterais sur la création d'un mécanisme d'une enquête internationale pour les Kasaï », avait-il ainsi déclaré à l’ouverture du trente-cinquième conseil des droits de l’Homme à Genève.
Face à cet ultimatum, la ministre congolaise a assuré que la RDC « restait ouverte à tout appui logistique et technique ».
«Nous n’avons rien à cacher et s’ils (ONU) veulent dépêcher des experts, nous ne nous y opposons pas », a-t-elle dit, précisant toutefois que la RDC « veut garder la direction de l’enquête ».
Selon la ministre congolaise, les enquêteurs onusiens ne pourront venir qu’ «en appui» à la justice militaire congolaise qui a déjà ouvert un procès sur les meurtres de deux experts de l’ONU tués en mars dernier, et sur les violences dans la région du Kasaï.
Déplorant « les difficultés » d'accès aux zones où des violations et des abus « se produisent », Al Hussein avait déclaré mardi qu’il enverra «une équipe dans la région, la semaine prochaine pour rencontrer des personnes fuyant les attaques ».
Le Haut Commissaire avait également déclaré que la situation était « grave » dans les provinces du Kasaï et qu’elle continuait « à se détériorer », se propageant dans d'autres provinces et à travers la frontière avec l'Angola.
Lundi, l'ambassadrice américaine aux nations unies, Nikky Haley, avait quant à elle demandé au Conseil de sécurité de l’ONU d’initier une enquête spéciale sur le meurtre de deux experts onusiens- une suédoise et un américain- en mars dernier.
Depuis le mois d’Aout dernier, les provinces du Kasaï-central, Kasaï, Kasaï-Oriental et Lomami dans le centre de la RDC font les frais des violences meurtrières déclenchées à la suite de l’assassinat par les Forces congolaises, le 12 août dernier du chef traditionnel influent, Kamwina Nsapu, qui réclamait son droit de règne sur une localité dans le Kasaï-central.
Ces violences qui se poursuivent, on fait entre 500 et 1000 personnes morts enterrées dans des fosses communes depuis le déclenchement de ces violences qui ont également forcé quelques 1.3 millions de personnes au déplacement interne, selon des estimations des enquêteurs onusiens.
Un bilan présenté en mai dernier par un député national élu de la région du Kasaï faisait, néanmoins, état de 3 307 personnes tuées dans les violences.