, AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
De la non application de l'accord politique du 31 décembre dernier à la nomination de l'un des ses dissidents au poste de premier ministre en passant par la signature, tout récemment d'un arrangement particulier qu'elle a boycotté, l'opposition congolaise ne cesse d'accuser les coups, multipliant, au passage, les menaces sans qu'aucune action concrète ne soit réellement engagée.
Une situation qui pousse les observateurs à s'interroger sur le solidité et la cohésion d'une opposition qu'on soupçonne de s'effriter depuis que son leader historique, Etienne Tshisekedi, est décédé le 1er février dernier à Bruxelles.
Prévu apocalyptique et violent, le mois d’avril s'est achevé sans "incidents majeurs". Les menaces martelées par l'opposition d'engager, notamment, une série de contestations à partir du 10 avril, pour ramener Joseph Kabila à respecter l'accord politique du 31 décembre, sont restées sans lendemain.
Muée en journée ville morte dans la bouillonnante capitale congolaise, mégapole de près de 12 millions d’habitants, cette journée s'est suivie par une période de silence au sein de l’opposition, pourtant troublée depuis le 7 Avril par la nomination de Bruno Tshibala, l'un de ses dissidents, au poste de Premier ministre.
Ce silence et l'absence quasi totale de toute forme de contestations suscitent des interrogations aussi bien du côté de la classe politique, que de la population. L'opposition livrée à elle même après le décès de Tshisekedi serait-elle en train de perdre pied?
Interrogé par Anadolu au sujet de ce silence, Augustin Kabuya , porte-parole de l'Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS),principal parti d'opposition en RDC, a évoqué un choix visant à protéger la population et à lui épargner d'éventuelles violences.
"Nous ne voulions pas exposer notre population à des répressions sanglantes et à des tueries opérées par le régime en place", a-t-il indiqué. Un avis partagé par plusieurs autres militants du parti et de la plateforme de l'opposition, le Rassemblement des forces acquises au changement, qui n'hésitent pas à pointer du doigt "l'usage excessif de la force par la police congolaise".
Fait que même l'ONU a relevé, rappellent certains, citant des rapports onusiens reprochant à la police congolaise un "usage disproportionné de la force" lors des manifestations organisées au lendemain de l'arrivée à terme du mandat constitutionnel de Joseph Kabila, le 19 décembre dernier ainsi que contre les rebelles dans le centre du pays.
"Manifester dans la rue, pour se faire tuer? aujourd'hui il faut trouver un autre moyen de manifester", déclare à Anadolu Nadine Nguema , militante d’un mouvement citoyen hostile aux autorités en place.
Sympathisant Tshisekediste et connu dans son quartier pour avoir participé à plusieurs marches de l’opposition, Bernard Kabongo dit, pour sa part, préférer désormais "rester terré chez lui plutôt que de manifester dans la rue et courir le risque d'être tué ou grièvement blessé sans atteindre l’objectif visé par les leaders de l’opposition".
Approché par Anadolu , Martin Fayulu un haut cadre du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement a noté que la plateforme avait opté dés le 10 Avril à des « marches parcellaires » pour « éviter que les gens ne se fassent tuer dans les rues ».
Si l'opposition et ses sympathisants parlent d'une démarche qui ne vise qu'à protéger le population, d'autres observateurs parlent plutôt d'une "incapacité à mobiliser" et d'un affaiblissement de cette opposition depuis la mort de son leader Etienne Tshisekedi.
De son vivant, ce dernier était réputé pour être redouté par le régime en place, il était également réputé pour son charme et son charisme qui lui permettaient de rassembler des milliers de personnes dans les rues, note Joseph, un jeune militant de l'UDPS.
Interrogé par Anadolu, Ntanda Nkinda Nkiere, professeur en sciences politiques à l’université de Kinshasa (UNIKIN), a souligné que "l’incapacité de l’opposition à mobiliser dans les rues s’est motivé par son acceptation de dialoguer avec le régime en place depuis 2016, fait qui a consacré le maintien du président Kabila au pouvoir au delà de son mandat en pleines négociations politiques".
"Le dialogue a stratégiquement servi à déstabiliser l’opposition, à la scinder, et à monter ses membres les uns contre les autres au profit du pouvoir en place", a-t-il ajouté, notant qu'il a également provoqué une sorte coupure entre les leaders de l’opposition et la masse.
Le spécialiste relève, en outre que le "Rassemblement de l’opposition qui était connu pour l’union de ses leaders s'est affaibli depuis la mort de Tshisekedi", précisant que des dissensions au sein de la plateforme ont éclaté dès le lendemain de la mort de ce leader, alimentées par une course au pouvoir et aux postes politiques dont la primature.
Ces divisions internes et ces visions politiques " personnelles" ont déçu les sympathisants de l’opposition, qui refusent, du coup, de descendre dans les rues et de contester, note-t-il enfin.
Stanys Bujakera, journaliste politique congolais, explique, de son côté,"cet échec de mobilisation" par "le manque de constance des leaders de l’opposition et leur mode opératoire qui est trop diplomatique et peu pragmatique".
Aujourd'hui le Rassemblement de l’opposition a perdu sa capacité à mobiliser à cause de la dissidence interne qui le secoue, note-t-il, dans une déclaration à Anadolu.
D'ailleurs, poursuit-il, le dernier appel à manifester lancé par l'opposition n’a pas eu l'écho espéré auprès de la population parce qu'il défendait l'intérêt d'un seul individu, à savoir Félix Tshiseked, proposé par l'opposition au poste de premier ministre.
Outre cet aspect, Bujakera note que "contrairement aux années passées où l’on assistait à des manifestations de grande envergure , les actuels responsables du Rassemblement ne sont plus dynamiques sur le terrain , ils sont peureux , ils craignent la répression sanglante".
Le président congolais, Joseph Kabila a nommé le 17 Avril dernier, Bruno Tshibala Nzenze ,un dissident de l'UDPS, au poste de Premier ministre.
Une nomination décriée aussi bien par l'UDPS et le Rassemblement qui ont dénoncé une entorse à la lettre et à l'esprit de l'accord de la Saint-Sylvestre, que part des puissances internationales telles l'Union Européenne.