AA/ Kinshasa/ Bujumbura/ Niamey/ Bamako/ Pascal Mulegwa- Yvan Rukundo- Kané illa-Moussa Bolly
Que ce soit en RDC où la situation politique est des plus incertaines, au Cameroun où la menace de Boko Haram continue à planer sur la partie Nord, au Burundi, secoué depuis près de deux ans par une profonde crise politico-sécuritaire ou encore au Mali où le nord est toujours embrasé, les Africains gardent le moral et se préparent à accueillir 2017 dans la joie, en espérant des lendemains meilleurs.
Anadolu a fait le tour et suivi les préparatifs engagés pour accueillir la nouvelle année dans plusieurs pays du continent.
* Célébrer, quitte à s'endetter
A Kinshasa, la capitale de la RDC qui vient de connaître, il y a juste dix jours, un nouvel épisode sanglant, après l'arrivée à échéance du dernier mandat de Joseph Kabila, des décorations gaies ornent, depuis quelques jours, les vitrines des commerces et les devantures des cafés et restaurants, a rapporté le correspondant d'Anadolu. " A Kinshasa, la fête du nouvel an est sacrée", dit-on.
Ainsi et en dépit de l'incertitude politique et de la morosité générale, notamment économique, commerces et marchés sont pris d'assaut par des Kinois, venus nombreux, dénicher un beau cadeau ou un beau vêtement à porter le 31 décembre.
Jean, jeune père de famille, reconnaît que depuis quelques mois les prix de différents produits ont flambé, mais pour célébrer le 31 décembre "comme il se doit" il a contracté un crédit auprès de sa banque.
"Je pense que je ne suis pas le seul à avoir fait ça", dit-il à Anadolu, ajoutant : "on doit bien célébrer l'arrivée de la nouvelle année pour qu'elle nous apporte tout le bien qu'on souhaite".
* Les malheurs, mis entre parenthèses
Au Burundi, pays secoué depuis près de deux ans, par une grave crise politique et sécuritaire qui s'est grandement répercutée sur la situation économique, on se prépare pourtant activement à la fête de fin d'année, mettant tous les malheurs entre parenthèses.
Les marchés et commerces pleins aussi bien de vêtements que de cadeaux ne désemplissent pas malgré la cherté des prix, a rapporté le correspondant d'Anadolu.
"Les fêtes de fin d'année offrent l'occasion de se retrouver avec la grande famille, de se faire plaisir et de s'offrir des cadeaux", raconte Sixte Gahungu, un père de famille de Bujumbura, originaire de Mugamba (Sud). C'est aussi une occasion de se tourner vers l'avenir et de se souhaiter un nouvel an chanceux, plein de succès, renchérit-il.
* Vivre la fête devant le petit écran
A Niamey, la capitale nigérienne, les Musulmans s'associent au Chrétiens, notamment dans les centres urbains où le Réveillon du 31 décembre est célébré à travers plusieurs activités.
C’est ainsi que les amis s’invitent, soit dans les restaurants, soit en famille pour fêter la nouvelle année. Lorsque c’est en famille, des plats spéciaux sont préparés pour être servis à minuit, inaugurant ainsi en fanfare l’entrée dans la nouvelle année. Les invités viennent généralement avec des cadeaux pour les enfants de leurs hôtes. " C'est un grand jour qu'il faut célébrer dans la joie. Nous formulons tous nos souhaits et implorons Dieu pour que la nouvelle année soit porteuse de bonheur et de succès", témoigne Hamsou Diallo, la cinquantaine.
Les fêtes de fin d’année, principalement à Niamey, sont marquées par les nouvelles décorations des maisons de vente d’articles-cadeaux, ainsi que par les coups de pétards auxquels se livrent les jeunes citadins, depuis le début des congés de Noël. Mais l’événement le plus marquant de ces fêtes au Niger reste, sans nul doute la grande soirée culturelle qu’organise, le 31 décembre, l’Office de Radiodiffusion et Télévision du Niger (ORTN), appartenant à l’Etat. Cette soirée, à laquelle sont invités des artistes nationaux (musiciens, humoristes…) est diffusée en direct par la radio et la télévision nationales.
Diallo affirme attendre "impatiemment" ce grand spectacle.
* L'optimisme l'importe sur la morosité
Au Mali, la fête de la Saint-Sylvestre s’annonce dans une ambiance morose pour les hôteliers. «Conjoncture oblige», souligne Seydou, un maître d’hôtel inquiet pour sa traditionnelle «Nuit du Nouvel an». «Nous avons cassé les prix en passant de 100 000 F Cfa (152 euros) pour le couple à 75 000 F Cfa (114 euros). Malgré tout, nous n'avons eu que très peu de réservations», explique-t-il.
Fait qu'explique encore Mohaled, un responsable dans un hôtel de Bamako, par la crise économique d'une part et le facteur sécurité d'autre part. De ce point de vue, il fait observer que depuis l'attentat contre l'hôtel " Radisson Blu" de Bamako (qui avait fait 22 morts le 20 novembre 2015, ndlr), les gens évitent les rassemblements et autres lieux publics, cibles privilégiées d'éventuels terroristes.
Pour le citoyen lambda, la fête tient néanmoins lieu de rite "irrévocable". Ousmane Keita n'y va pas par quatre chemins : " Je vais fêter bien comme il faut l'arrivée de la nouvelle année, malgré les difficultés financières. Je veux être optimiste et accueillir la nouvelle année dans la joie en compagnie de ma belle famille", dit-il.
Généralement, les Maliens célèbrent la nouvelle année en famille ou en "Grins" (groupes formés selon l'âge ou les affinités), rapporte le correspondant d'Anadolu. De leur côté, les jeunes préfèrent généralement l'ambiance festive des boîtes de nuit. Pour satisfaire la demande, les grands hôtels de la capitale malienne veillent chaque année à organiser des dîners de Gala animés par des stars de la musique aussi bien nationales qu'étrangères. Pour cette année, ils ont un peu moins investi, mais ils veulent, par delà, que l'optimisme l'emporte sur le pessimisme.
"Oeuvrons tous pour que l'avenir soit meilleur", a conclu Seydou.