AA/ N'Djamena/ Dakar/ Mahamat Ramadane/ Arona Basse
L'investiture, mercredi, du Président centrafricain fraîchement élu, Faustin Touadéra, en présence de personnalités africaines et internationales, rappelle que les défis d'une Centrafrique meurtrie par des années de crise politique et communautaire, ne sauront être pleinement levés sans leviers internationaux, selon des experts approchés par Anadolu.
Parmi les principaux dossiers qu'aura à traiter le Président Touadéra, figurent le désarmement des milices, la réhabilitation de l'armée, le redressement de l'économie et le retour des réfugiés et la réconciliation nationale.
#1 Le désarmement des milices
Déclenchée par le coup d'Etat contre le Président François Bozizé en mars 2013, la crise centrafricaine avait atteint son paroxysme en décembre de la même année, avec la confrontation des Seleka, auteurs du coup d'Etat, avec les Anti-Balaka, une milice d'auto-défense.
Dans une déclaration à Anadolu, Arona Ndiaye, enseignant de droit public à l'Université de Dakar a souligné que le processus, d'inspiration onusienne, du Désarmement, Démobilisation, Réinsertion (DDR) à l'endroit de ces milices doit être "appliqué à la lettre".
Inscrit dans les recommandations du Forum de Bangui, l'été dernier, la DDR prévoyait que les miliciens soient cantonnés, avant les élections, dans des sites où ils seront également désarmés et pris en charge. Ils pourront ensuite prétendre à une intégration dans les corps en uniforme de l'Etat. Ce programme n'a toutefois pas encore été appliqué, faute de financement.
"La Centrafrique devra ainsi épaulé techniquement, dans cette démarche, par la Mission onusienne, MINUSCA. Des fonds étrangers, principalement, européens, pourraient faire démarrer le coche", estime pour sa part le politologue et enseignant à l'Université de N'Djamena Ahmat Yacoub Dabio, dans une déclaration à Anadolu.
#2 La réhabilitation de l'armée
Officiellement cantonnées depuis 2013 dans des camps militaires, les Forces armées centrafricaines (FACA-près de 8.000 hommes) devraient "le plus rapidement possible" prendre en main la sécurisation du pays, estimait, récemment, dans une déclaration à Anadolu Timoléon Mbaikoua, universitaire centrafricain et candidat malheureux à la présidentielle du 30 décembre dernier.
"Le soutien des Nations unies est impératif parce que l'armée repart à zéro. Il est vrai que le Tchad commence à former quelques soldats centrafricains pour aider à sécuriser ses frontières mais cela reste insuffisant au regard des défis sécuritaires qui attendent Touadéra", a souligné Ahmat Yacoub Dabio.
"On peut voir la Mission française Sangaris progressivement réduire son effectif [900 hommes] pour se muer en force d'encadrement des FACA. Un peu comme le travail fait au Mali par l'UTM [Mission de formation de l'Union européenne au Mali]", a rajouté pour sa part Ndiaye.
En outre, "Il faut que le [futur] Président Touadéra s'active internationalement pour faire annuler ou, au pire, ne pas proroger l'embargo onusien sur les armes imposé à la Centrafrique depuis le début de la crise et qui court jusqu'au 31 janvier 2017", a estimé pour sa part Arona Ndiaye.
#3 Redresser l'économie, en résorbant le chômage
Avec un PIB/habitant de 338.7 USD, la Centrafrique est, après le Burundi, le pays le plus pauvre du monde, selon le dernier rapport du Fonds Monétaire International (FMI).
"La RCA pourra compter, probablement, sur le soutien des pays africains dont la situation économique est stable. Mais également sur les organismes internationaux comme le Programme des Nations Unis pour le Développement (PNUD)", a déclaré Ahmat Yacoub Dabio.
Le politologue tchadien invoque, ainsi, "une obligation découlant des principes de solidarité internationale".
"Un pays comme la Guinée Equatoriale avait financé une partie des dernières élections et a soutenu la transition depuis bien longtemps. Mais la RCA a besoin encore de son soutien", a-t-il préconisé.
#4 Le retour des réfugiés
C'est l'autre "grand défi sensible", selon Narcisse Waragoua, professeur universitaire en sciences et gestion de l'environnement dans les pays en développement, à l'Université de Bangui. "Beaucoup de maisons et de biens des centrafricains ont été détruits. Il faut s'arranger pour faire rentrer ces gens chez eux et les aider à se réinstaller", recommande-t-il, dans un récent entretien avec Anadolu.
"C'est peut-être l'un des défis les plus difficiles à relever par Touadera, en ce qu'il dépend non seulement de la volonté politique centrafricaine, mais également d'efforts de la part de l'Agence onusienne pour les réfugiés (HCR). D'autres pays africains, en meilleure situation que nous, peinent déjà à réintégrer leurs réfugiés des années après la fin de crise" précise un conseiller de la primature centrafricaine, récemment abordé par Anadolu. Il rappelle, à ce titre, le cas de 38.000 réfugiés ivoiriens de la décennie de guerre civile se trouvant encore au Libéria voisin.
Quelque 470.000 Centrafricains, Chrétiens comme Musulmans, ont quitté leur pays ces dernières années et sont réfugiés dans les pays voisins, selon le HCR. Le nombre de déplacés dans tout le pays était estimé à 300.000 en décembre dernier, selon la même source.
#5 La réconciliation nationale:
Pour nombre d'observateurs, c'est une autre question "urgente" après un conflit, aux dimensions inter-communautaires, qui a fait des milliers de morts. Selon l'ONU, 417 mosquées sur les 436 que compte le pays avaient été détruites par des groupes armés ces dernières années.
Comme la DDR, la question figurait dans les recommandations du Forum de Bangui qui a prévu des structures devant permettre justice et réconciliation. Une Commission vérité, justice et réconciliation, relayée par des comités locaux de paix et de réconciliation, devrait être mise en place.
A ce titre, Arona Ndiaye n'exclue pas "l'intervention de quelques personnalités internationales", comme l'archevêque sud-africain, Desmond Tutu pour apaiser davantage les esprits et faciliter le fonctionnement de ces nouvelles institutions. "La visite du pape François, l'été dernier, s'inscrivait dans cette optique. Les Musulmans auront leur partition à jouer, notamment à travers l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI) qui s'est souvent illustrée dans pareilles démarches".