AA/Kigali/Henri de Marie
Vendredi, près de 7 millions de Rwandais sont appelés aux urnes pour la Présidentielle. L'issue du scrutin laisse peu de place au suspens, tous les observateurs politiques s'accordant à dire que le président sortant Paul Kagame devrait être largement réélu.
Mais qui sont les candidats qui osent affronter le "grand" Kagame à qui un référendum constitutionnel, adopté en 2015 par 98% des Rwandais, a permis de briguer ce 3ème mandat et de potentiellement diriger le pays jusqu'en 2034 ?
- Paul Kagame : l'archi-favori
Il ne fait aucun doute que Paul Kagame est le grand favori à sa réélection. Pour ses partisans et nombreux admirateurs, s'il bénéficie d'un large soutien, deux décennies encore après son accession au pouvoir, c'et parce qu'il reste le "sauveur", qui a mis fin au génocide de 1994 (800 mille morts dont essentiellement la minorité de Tutsi dont il est issu) et celui qui a permis le développement de son pays à travers des programmes axés sur les services, les nouvelles technologies, la modernisation de l'agriculture.
Aujourd'hui, l"économie rwandaise connait une croissance de près de 7% par an en moyenne, et ce n'est pas rien, selon les mêmes sources.
L’ancien guérillero âgé aujourd'hui de 59 ans, qui fut vice-président et ministre de la Défense de juillet 1994 à mars 2000, avant de prendre le pouvoir, "a redonné la dignité aux Rwandais. Le peuple le voit comme celui qui a stoppé le génocide et lui est reconnaissant pour ça", commente à Anadolu Oswald Umutuyeyezu, journaliste politique rwandais.
A l'échelle continentale, Kagame jouit aussi d'une solide réputation, ses pairs lui ayant même confié la réforme de l'Union africaine (UA).
Pourtant, Kagame ne fait toutefois pas l'unanimité, pour ses partenaires internationaux, notamment, occidentaux qui "ne supportent plus" la longévité du dirigeant.
"S'il ne fait aucun doute que Kagame est considéré comme un bon leader par la majorité, d'autres en revanche lui reprochent de vouloir museler la presse et l'opposition et de vouloir absolument tout contrôler dans le pays", commente Robert Mugabe, analyste politique rwandais.
Face aux accusations de "dictature", Paul Kagame lui pointe du doigt l'"arrogance" de l'Occident.
"Un dirigeant fort n’est pas nécessairement un mauvais dirigeant, je ne sais pas où nous serions aujourd’hui si un dirigeant faible avait pris la tête du pays (après le génocide", avait-il d'ailleurs déclaré au magazine Jeune Afrique en 2016.
- Face à Kagame, une opposition de "façade" ?
A 40 ans, Frank Habineza est, pour la première fois, candidat à une élection présidentielle au Rwanda. Il est le président du Parti Démocratique Vert du Rwanda, crée en août 2009 mais qui n'a été reconnu par les autorités rwandaises qu'en 2013.
Ce dissident du Front Patriotique Rwandais (FPR) actuel parti au pouvoir est père de quatre enfants.
La validation de sa candidature pour la présidentielle a été un évènement inédit au pays des mille collines, car c'est la première fois qu'un opposant est autorisé à participer à un tel scrutin depuis 1994.
Le parti démocratique vert du Rwanda est par ailleurs la seule formation d'opposition sur les 11 partis existant actuellement au Rwanda. Ce "grand inconnu" est considéré comme un opposant à la fois "pacifique", et dans le même temps "virulent".
"Habineza est pacifique parce que ses déclarations ne mettent pas en cause l'unité nationale chèrement acquise. Mais il est également virulent car il dénonce régulièrement la gestion du FPR à qui il reproche le capitalisme à outrance", estime Eric Hatangimana, analyste politique.
"Même s'il ne remportera probablement pas le scrutin, le candidat pourra toutefois se faire une place sur l'échiquier politique du Rwanda ", poursuit l'analyste."Et
Pour Jean d'Amour Mbonyinshuti, journaliste rwandais, "Habineza ne gagnera pas la Présidentielle fasse à un FPR bien trop puissant".
"Mais il a le mérite d'avoir essayé de s'opposer à ce parti. Il pourra toujours être député ou élu local après. Dans tous les cas, il fera sans aucun doute partie de la future génération de notre classe politique, poursuit-il.
"Super" Kagame et Habineza "le pacifique" affronteront Phillipe Mpayimana, le seul candidat indépendant de cette Présidentielle.
Mpayimana, 46 ans et père de cinq enfants est un journaliste et écrivain.
Agé d’une vingtaine d’années, il avait fui en 1994 avec plus d’un million de Hutus, dont nombre de participants au génocide, d'abord en RD Congo, puis au Congo, au Cameroun, et en France avant de retourner au Rwanda après 23 ans d'exil.
Mpayimana est le grand inconnu de cette Présidentielle, souligne le journaliste politique Umutuyeyezu.
"Ici, personne ne le connait, Cette présidentielle sera peut être pour lui l'occasion de se révéler aux Rwandais", dit-il.
"Il existe un vrai flou autour de lui mais le fait qu'il s'essaye à la politique est une excellente chose pour notre démocratie et c'est ce qui compte le plus", conclut l'analyste.
Les trois candidats seront départagés vendredi à l'occasion du troisième scrutin présidentiel post-génocide.