Analyse, Afrique

Octobre…Un mois décisif pour la crise libyenne ? (Analyse)

-Le mois d’octobre a été marqué par la tenue d’une rencontre entre deux délégations de protagonistes libyens à Malte, de la Conférence de Berlin II qui a appelé à un consensus politique qui sera couronné par des élections

Mona Saanouni   | 14.10.2020
Octobre…Un mois décisif pour la crise libyenne ? (Analyse)

Libyan

AA / Istanbul / Mustapha Dalaa

Le consensus auquel ont abouti, la semaine écoulée, deux délégations du Haut Conseil d'Etat libyen et de «la Chambre des députés de Tobrouk » dans la ville marocaine de Bouznika, au sujet de la répartition des postes régaliens, a insufflé une dose morale pour accélérer les différents processus de consultations libyennes, que ce soit à Berlin ou à Malte, en Egypte, à Genève ou encore en Tunisie.

L'intensification de ces consultations coïncide avec l’approche de la date arrêtée par le président du Conseil présidentiel libyen, Fayez al-Sarraj, pour passer le témoin et remettre ses fonctions à une nouvelle autorité exécutive, au moment où les milices du général putschiste, Khalifa Haftar, poursuivent leur suspecte mobilisation.

** La rencontre de Malte, une réunion surprise sans ordre du jour

Une réunion s’est tenue, soudainement, le 9 octobre, entre les protagonistes libyens, à Malte, sous les auspices de son ministre des Affaires étrangères, Evarist Bartolo. Au cours de cette rencontre, le chef de la diplomatie maltaise a souligné que son initiative se déroule dans le cadre des efforts onusiens.

La rencontre de Malte n’a pas traité un dossier en particulier et n’a pas été couronnée de recommandations ou de conclusions. Néanmoins, cela peut être un test pour tâter le pouls des protagonistes libyens quant à la possibilité de tenir d’autres rencontres à Malte sous les auspices des Nations Unies pour parvenir à un consensus sur une nouvelle phase de sortie de crise.

** La Conférence Berlin II : Un appel international pour une régularisation couronnée d’élections

Pour ce qui est de la Conférence de Berlin II, qui a eu lieu le 5 octobre, en visioconférence, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, y ont pris part le Secrétaire général Antonio Guterres, le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas et les représentants de 16 Etats et organisations internationales.

Les participants ont appelé l’ensemble des parties libyennes à construire un consensus des points de vue pour parvenir à une « résolution politique inclusive qui aboutirait à des élections à même de rétablir la légalité démocratique.

** L’Egypte…Le processus constitutionnel

Après avoir mis tout son poids pour soutenir Haftar, le Caire tente de rejoindre le peloton des efforts internationaux pour résoudre politiquement la crise libyenne, tout particulièrement après la débâcle des milices du général putschiste aux portes de la capitale Tripoli, en juin dernier.

Dimanche dernier, la capitale égyptienne a abrité, sous les auspices des Nations Unies, une réunion, de trois jours qui a commencé dimanche, consacrée au processus constitutionnel en Libye, avec la participation de deux délégations, du Conseil d’Etat et du Parlement de Tobrouk.

L’on s'attend à ce que le draft de la Constitution, entériné par le groupe élu des soixante, soit révisé, en présence de constitutionnalistes égyptiens, tandis que la Chambre des députés de Tobrouk a essayé d'y apporter des amendements qui n'ont pas fait l’objet de consensus national, nonobstant les critiques adressées par des spécialistes et des experts à certains des articles du projet.

Il s’agit, notamment, de l’article qui évoque l’adoption du projet de la loi de finance avec la majorité qualifiée des deux-tiers, chose qui ne sera pas aisée pour une loi qui ne souffre pas des retards pour des mois, particulièrement, à la lumière de l’état de fragmentation et de division que connaît actuellement la chambre des députés.

Cependant, le consensus autour du draft de la Constitution sera de nature à faciliter la tenue de référendum sur ce texte, ce qui enlèvera une entrave de taille sur la voie de l’organisation d’élections présidentielle et législatives qui mettront un terme à la scission actuelle et aux phases transitoires.

** Genève… Le processus militaire

L’unique processus dans lequel Haftar est représenté officiellement, par cinq chefs de ses milices, qui font face à cinq officiers de l’armée libyenne relevant du gouvernement légal.

Il est prévu que la commission militaire (5+5) tiendra une réunion le 19 du mois courant, dans la ville suisse de Genève.

La réunion traitera de la stabilisation du cessez-le-feu, en particulier sur fond des accusations portées par le ministre libyen de la Défense, Salah Eddine al-Namrouche à l’endroit des milices de Haftar de se préparer à lancer une attaque sur trois villes de la ceinture de Tripoli (Béni Walid, Tarhouna, Gharian).

Il sera notamment question de discuter de l’aménagement en zones démilitarisées de la ville de Syrte (450 Km à l’est de Tripoli) et de la province d’al-Joffra (300 Km au Sud de Syrte) ainsi que de faire sortir les mercenaires étrangers des champs et des ports pétroliers.

Cette rencontre représente un parachèvement des consultations militaires qui avaient eu lieu dans la ville égyptienne de Hurghada sous le parrainage des Nations Unies, entre les 28 et 30 septembre dernier.

** Tunisie…Le processus décisif

Les pourparlers de Tunis entre deux délégations du Haut Conseil d'Etat et de la Chambre des députés de Tobrouk procéderont au choix d’un nouveau Conseil présidentiel, qui sera composé de trois membres au lieu des neufs actuels, en plus d'un Chef de gouvernement qui n'est pas membre dudit conseil.

Bien que cette réunion majeure fût prévue à Genève, elle a été transférée en Tunisie pour des raisons logistiques liées à certaines entraves auxquelles les délégués libyens ont été confrontés pour obtenir des visas d'entrée en Suisse, selon certains médias.

L’émissaire onusienne par intérim, Stéphanie Williams, avait annoncé, samedi, que la rencontre débutera, le 26 octobre courant par des réunions préparatoires en visioconférence, tandis que la Tunisie accueillera la première réunion présentielle au débit du mois de novembre prochain.

D’autres médias ont rapporté que les discussions se tiendront dans l’île tunisienne de Djerba (sud-est) où se trouve l’aéroport civil le plus proche des frontières libyennes.

** Une course contre la montre

La programmation d’une réunion décisive pour choisir un nouveau président du Conseil présidentiel appelé à succéder à al-Sarraj pose deux points d’une importance capitale.

Le premier point est relatif à al-Sarraj qui avait annoncé qu’il remettra son mandat à un pouvoir exécutif au plus tard à la fin du mois d’octobre. Néanmoins, cela ne sera possible qu’au début du mois de novembre au moins.

Ce qui laisserait a-Sarraj devant un dilemme, soit reporter son départ du pouvoir, jusqu’au choix d’un nouveau Conseil présidentiel, ou en charger l’un des collaborateurs pour assurer l’intérim.

Le deuxième point est relatif à Williams qui achève sa mission en tant qu’émissaire onusienne par intérim officiellement au courant de ce mois d’octobre, au moment où le Conseil de sécurité n’est pas encore convenu de nommer un nouvel envoyé spécial pour la Libye, en raison des réserves par les Etats-Unis d’Amérique au sujet de tous les noms proposés par Guterres.

C’est ce qui explique la mobilisation des Nations Unies sur plusieurs processus et volets, et le plus rapidement possible, afin d’éviter une vacance au Conseil présidentiel ainsi qu’à la tête de sa Mission.

C’est pour toutes ces raisons que le mois d’octobre sera un mois décisif pour tous et tout échec de l’un des processus aboutirait à un nouveau revers sur la voie de la résolution de la crise libyenne.

*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou

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