Mona Saanouni
09 Mars 2020•Mise à jour: 09 Mars 2020
AA/Kané Illa
Les magistrats et les avocats nigériens observent, lundi, une journée "justice morte" en vue de protester contre "l’immixtion" du pouvoir dans les affaires judiciaires, a appris Anadolu de source proche des protestataires.
"Notre grève vise à protester contre l’immixtion du pouvoir exécutif dans les attributions du pouvoir judiciaire, la violation des principes de la séparation des pouvoirs et d’égalité des citoyens devant la loi", a indiqué Nouhou Aboubacar, secrétaire général du Syndicat autonome des magistrats du Niger (Saman), dans une déclaration à Anadolu.
Il a ajouté que le mouvement est largement suivi dans les cours et tribunaux du Niger, précisant que "c’est la première fois de l’histoire de la justice nigérienne que les avocats et les magistrats s’associent pour défendre les intérêts moraux de l’institution judiciaire".
Dans une déclaration publiée le 29 février dernier, le principal syndicat des magistrats du Niger avait appelé les avocats et les magistrats à observer un arrêt de travail le lundi 9 mars 2020, en vue d’exiger la traduction en justice des personnes mises en causes dans des malversations portant sur des fonds destinés à la sécurité.
Dans un communiqué publié le 26 février, le gouvernement a indiqué qu’un audit effectué au ministère de la Défense nationale a constaté des "montants indûment perçus soit en raison de surfacturation soit au titre des paiements de service et livraisons non effectués ou partiellement effectués", invitant les fournisseurs mis en cause à rembourser les sommes indûment perçues.
Pour le syndicat des magistrats, les personnes mises en cause doivent, non seulement rembourser, mais aussi être poursuivies car les fautes qu’ils ont commises sont "susceptibles de recevoir une qualification pénale".
Le gouvernement n’a pas publié les résultats de l’audit du ministère de la Défense. Mais dans un enregistrement audio largement relayé sur les réseaux sociaux, le ministre de la Défense Issoufou Katambé a indiqué à des visiteurs que du matériel défectueux a été acheté et remis aux forces de défense et de sécurité nigériennes engagées dans la lutte contre le terrorisme.
Plusieurs organisations de la société civile projettent d’organiser une marche nationale le 15 mars pour aussi exiger la traduction en justice des personnes mises en cause dans l’audit du ministère de la Défense.