Mali: Sur la route de l’or, se bousculent les géants du monde
Les mines récemment découvertes pourraient faire bondir la production malienne de 50 tonnes en 2015 à 60 en 2017 (et non pas de 50.000 à 60.000)Mohamed Hedi Abdellaoui
26 Mai 2016•Mise à jour: 28 Mai 2016
Bamako
AA/ Bamako/ Mohamed Abdellaoui/ Baba Ahmed
1324. Route du Pèlerinage à la Mecque. Une procession de 60 000 hommes, 12 000 serviteurs et esclaves, suit religieusement l'auguste cortège de Kanga Moussa, Mansa (Roi des rois) de l'Empire du Mali. De sa main de Midas, il touche par sa grâce les populations rencontrées, dévaste, sur son passage, l'économie des pays traversés.
"L'homme le plus riche de tous les temps" était également à la tête du plus grand pays producteur d'or à l'époque. Sept siècles plus tard, on se rue toujours sur l'or du Mali. Avec nettement moins de suffisance, toutefois, ce pays accepte que se bousculent, sur sa terre, les grands miniers de la planète.
Occupant la 44ème place en Afrique dans le rapport du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en 2015, sur le développement humain, le pays regorge pourtant de grandes richesses naturelles, dont l’or.
La nouvelle ruée vers le métal précieux a donc pour destination le troisième producteur en Afrique, après le Ghana et l’Afrique du Sud, avec une production de 50 tonnes d’or en 2015, dont 46 tonnes produites de manière industrielle et 4 tonnes extraites traditionnellement, selon des statistiques officielles. En 2017, la production nationale pourrait atteindre 60 tonnes, compte tenu de la découverte de nouvelles mines, d’après les prospectives des autorités maliennes.
Le Mali semble être, ainsi, en mesure de redevenir le grenier d’or du continent noir et la région de Kayes, dans le sud-ouest du pays reflète, à bien des égards, ce potentiel, vu que la plupart des grandes mines y ont été découvertes.
«Le Mali est devenu un pays minier. Il est le troisième producteur en Afrique et le onzième mondial. La région de Kayes en est la clef de voûte », affirme Alfouseini Sangaré, secrétaire général de l’ONG «Publiez ce que vous payez» (réseau international d’organisations de la société civile). Cette ONG est à l’origine d’un récent rapport sur les activités des sociétés minières au Mali.
Insistant sur la contribution de ce minerai précieux à l’économie nationale, la même source fait observer que «l’or représente plus de 25% des recettes fiscales, 70% des recettes générées par les exportations et 7% du PIB (Produit intérieur brut) ». Selon les dernières statistiques de la Banque Mondiale, le PIB malien a atteint 12.07 milliards de dollars, en 2014.
Les sociétés minières les plus en vue au Mali, sont issues de l’Afrique du Sud (AngloGold Ashanti), de la Grande Bretagne (Rangold), de l’Australie (Resolute Mining Limited) et du Canada (Iamgold).
Près de la frontière sénégalaise, la firme «Loulo», propriété du groupe anglais Randgold Ressources est à l’œuvre depuis 2005. Selon ses prévisions, la mine qu'elle exploite continuera à produire jusqu’en 2029 avec une possibilité de découvrir d’autres gisements d’or, tel que le précise son permis d’exploitation. La société y a même installé un complexe industriel moderne. Son directeur-adjoint, Ibrahima Siby, en a parlé à Anadolu : «L’usine fonctionne grâce aux puissants groupes électrogènes qui nous permettent de travailler 24h/24».
Sur le terrain, des convoyeurs ramènent des sacs de minerais jusqu'à l’usine. Dévorés par de gros moulins, ces cailloux sont transformés en pâte, avant de finir dans des cuves bien gourmandes. Cette phase précède l’étape de l'extraction. «Nous utilisons deux technique pour extraire l’or de ces minerais. La première technique est dite «gravimétrie» ; elle ressemble un peu à ce que font les orpailleurs traditionnels. C’est que l’on utilise de gros tamis pour cribler. Alors que la deuxième technique, dite «cyanuration», consiste à utiliser des produits chimiques. On introduit le cyanure, la chaux et l’oxygène pour dissoudre de l’or», explique Ibrahima Siby.
Le minerai aurifère extrait des différentes exploitations, contient d'autres composés chimiques qu'il faut séparer de l'or. Après un broyage fin de ce minerai, celui-ci est plongé dans une solution aqueuse de cyanure. Ainsi, l'or contenu dans le minerai se dissout dans la solution cyanurée afin de former les complexes aurocyanures. Ces derniers vont se fixer au moyen d'interaction sur le charbon actif. On recueille alors ce charbon dont on extrait une solution enrichie en ions aureux. Cette solution est finalement soumise à une électrolyse, permettant de récupérer l'or métallique sur électrodes. Il sera fondu puis coulé en lingots, précise encore Siby.
Cette usine a traité 385 mille tonnes de minerais par mois et 4,6 millions de tonnes par an, en 2015. Au total, 630.627 onces d’or ont été vendues à hauteur de 724,2 millions de dollars. Avec un coût de production de 674 dollars l’once (31,10 grammes), la mine est un secteur des plus rentables au monde et elle a résisté sans grande difficulté à la baisse du cours de l’or, passé de 1900 dollars l’once en septembre 2011 à 1050 dollars, vers la fin de 2015, toujours selon Siby.
Le Mali provoque, in fine, les convoitises des firmes internationales et attirent de plus en plus les grands du secteur minier. D’après la presse locale, B2Gold, une nouvelle société minière spécialisée dans l’extraction de l’or, inaugurera en juillet ses activités, dans la région de Kayes.
Un point noir entache, toutefois, ce tableau doré, à savoir, l’anarchie de la ruée vers les sites d’orpaillage. L'organisation Human Rights Watch (HRW) a signalé l’emploi illégal, en 2013, d’au moins 20 mille enfants dans les différentes mines du pays. Ils évoluaient dans «des conditions extrêmement dures et dangereuses », souligne un rapport de HRW. Pourtant, les lois du pays interdisent le travail dans les mines à toute personne âgée de moins de 18 ans.
Le gouvernement malien s’est, pour sa part, engagé, dans des déclarations à la presse, à combattre ce travers par tous les moyens légaux.
Reste à savoir si cette manne dont a accouché le Sahara d'un pays qui souffre sur le double plan économique et sécuritaire, en raison des groupes armés sévissant dans le nord, serait une bénédiction ou une malédiction. L'exemple de la République Démocratique du Congo (RDC) est probant. Des dizaines de groupes armés, aux revendications toujours vagues, écument depuis des années l'est du pays, une des terres les plus riches en minerais au monde.