Moussa Bolly
26 Août 2020•Mise à jour: 26 Août 2020
AA / Bamako / Moussa Bolly
Les affrontements ont violemment repris entre deux groupes armés dans le nord du Mali, la semaine dernière, pour le contrôle des régions de Gao et Ménaka faisant au moins une dizaine de morts des deux côtés, ont annoncé des sources sécuritaires maliennes sous couvert d’anonymat.
Selon les mêmes sources, il s’agit du groupe Nusrat Islam wal-muslimīn (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, GSIM) et l’Etat Islamique dans le Grand Sahara (EIGS).
Même si les régions de Ségou, Mopti, Tombouctou et Kidal sont souvent le théâtre d’affrontements, les observateurs les inscrivent dans une stratégie d’extension et d’occupation des régions de Gao et Ménaka par les réseaux terroristes.
Déjà, ces deux groupes s’étaient violemment affrontés en mars dernier dans la commune de N'Tillit (région de Gao) faisant de nombreuses victimes. L'EIGS aurait perdu à lui seul au moins 8 combattants.
Les affrontements en cours dans le Gourma oriental (une étendue couvrant les régions de Gao et Ménaka) opposaient au départ, ont indiqué nos sources, des groupes armés aux terroristes dirigés par Abdoul Hakim, l’ancien porte-parole du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'ouest (MUJAO).
«Ce dernier a réussi à tisser des alliances avec certaines communautés ou personnalités, voire avec de simples habitants recherchant souvent protection ou préférant se draper de sa couverture pour procéder à des règlements de comptes ou à des actes de banditisme», ont précisé les sources sécuritaires à l'Agence Anadolu.
Cependant, ont elles ajouté, depuis le sommet de Pau (France, 13 janvier 2020), où la décision a été prise de combattre l’EIGS, les combats semblent s’intensifier entre ce groupe et le GSIM.
«L’EIGS est devenu le bâton de l’aveugle dans les régions de Gao et de Ménaka. Il frappe tout le monde sans distinction...», ont souligné les mêmes sources.
Mais c’est surtout avec le GSIM que les combats sont réguliers et violents dans le Gourma oriental car ayant déjà coûté la vie à plusieurs combattants des deux camps, principalement dans les rangs du GSIM.
«Ce sont surtout les populations locales qui font les frais en termes de paiement forcé d’impôts, probablement pour mettre des ressources à la disposition des groupes terroristes», a déploré un élu local qui craint que, pour compenser leurs pertes humaines, les deux organisations ne procèdent, aussi, à «un recrutement forcé» au sein de la population locale.
«C’est pourquoi il est nécessaire pour le Mali et ses partenaires de revoir leur copie de lutte contre le terrorisme au Mali et dans le Sahel», ont suggéré les mêmes sources.
«L’accélération du processus de DDR (Désarmement, démobilisation, réintégration) est dans ce sens un impératif, afin que les populations ne soient pas contraintes à intégrer les groupes terroristes par manque d’alternative crédible», ont-elles argumenté.
«Toute solution ne provenant pas d’une alliance de bonne foi des groupes armés maliens avec les forces nationales de défense et de sécurité sera vouée à l’échec et contribuera à affaiblir les groupes armés pouvant être pris entre deux feux : les armées nationales et les groupes terroristes n’ayant pas besoin d’étiquette nationale», ont conclu ces sources sécuritaires maliennes.
A noter que depuis 2012, le Mali est confronté à une profonde crise multiforme, sécuritaire, politique, économique. Les insurrections indépendantistes, puis les incursions terroristes ainsi que les violences intercommunautaires ont fait des milliers de morts et des centaines de milliers de déplacés. Et ce malgré la présence des forces onusiennes (MINUSMA), françaises (Barkhane) et tout récemment européennes (Takuba).
Parties du nord du Mali, les violences se sont propagées au centre et menacent de plus en plus le reste du pays où une junte militaire a contraint le président Ibrahim Boubacar Kéita à dissoudre l’Assemblée nationale et à démissionner de ses fonctions le 18 août 2020.