AA/ Tunis/ Safwene Grira/ avec la contribution de Mohamed Ag Ahmedou
A quelques jours de 2016, le paysage politique au Mali se présente de la manière la plus mitigée: l'année écoulée a certes consacré la signature d'un accord de paix tant attendu, entre Bamako et les différents groupes armés du Nord, mais le péril terroriste s'avère plus proche que jamais, menaçant un processus de paix en quête de confirmation.
Longtemps confiné dans le Nord du pays, les groupes terroristes sont passés à l'action deux fois au-delà de la ligne symbolique de Mopti (Centre), pour frapper au coeur de Bamako, dans le courant de 2015.
La première fois, a coïncidé en mars dernier, avec les derniers rounds d'un processus de paix dont ils avaient été "exclus". L'attaque du restaurant-bar La Terrasse avait alors fait 5 morts. Plus récente, et nettement plus meurtrière, l'attaque de l'hôtel Radisson Blu de Bamako, en novembre dernier, avec un bilan d'une trentaine de morts.
Portant la revendication d'Al-Qaïda, ces attaques confirment une visibilité de plus en plus menaçante des extrémistes dans le Nord du pays. Tracts, intimidations, incursions, assassinats ciblés, Al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI) se positionnent dans le Nord dont l'opération française Serval les a chassés en 2013.
Particulièrement présentes dans le Nord-Est du pays, les combattants d'Al Qaïda cherchent à ainsi à "se redéployer méthodiquement au Nord-Ouest d'où la recrudescence de la violence", selon des experts en sécurité contactés par RFI.
Ces attaques entretiennent l'instabilité dans un pays classé parmi les plus pauvres du monde (PIB de 672.2 USD/H/an). Elles nourrissent, en outre, un climat de défiance, quand des corridors entre le triptyque Terrorisme-traficants-groupes autonomistes sont établis.
La base fragile, ensuite, d'un accord ne répondant pas tout à fait aux revendications des autonomistes, ayant dû renoncer, successivement à l'indépendance, au fédéralisme, pour se contenter d'une autonomie régionale, ne semble pas emballer les Azawads.
De son côté, Bamako est accusé, aussi bien par la plateforme des groupes armés censés être pro-Bamako, que par la Coordination des Mouvements de l'Azawad, de faire preuve d'une certaine "réticence" dans la mise en oeuvre de l'Accord d'Alger, signé et paraphé par les différentes parties, l'été dernier. Reconnaissant l'unité du Mali, ce document clôt le chapitre de la guerre de 2012, et institue une régionalisation prenant en considération l'aspiration des populations Nord, l'Azawad.
Parmi les griefs soulevés, une volonté imputée à Bamako d'interférer, sinon de peser, dans la désignation des autorités transitoires dans les régions du Nord, qui devrait pourtant être à la charge exclusive des populations locales, selon l'Accord.
Autant de difficultés qui handicapent la régularité des Comités de Suivi de l'Accord de paix (CSA), claudiquant au gré des mouvements d'humeur des anciens belligérants. En signe d'un changement de positionnement, des patrouilles communes CMA-Plateforme commençaient déjà à voir le jour à Kidal, un arbre a même été implanté à Inkhalil pour enterrer la hache de guerre, au Nord de Tombouctou, sur les frontières entre le Mali et l'Algérie.
Cette alliance en devenir ne préjuge pas, toutefois, de la représentativité de l'ensemble des groupes armés des populations censés parler en leur nom. Bien des fois mise à mal, cette représentativité est d'autant plus problématique avec une volonté imputée aux différentes factions de la CMA de "monopoliser" le dialogue, en enjoignant à d'autres groupes armés de rejoindre ses rangs. Les six groupes rebelles réunis au sein d'une nouvelle plateforme prenant le nom de Compis 15, contestent de leur côté la légitimité des CMA et Plateforme, et réclament une voix au chapitre des CSA.
Se rajoute au tableau, les paradoxes socio-économiques et des rivalités ethniques dépassant le cadre de la question politique qu'avait tenté de résoudre l'Accord, tels les conflits communautaires, entre peuls et Touaregs.
Viendrait, en revanche, apporter une touche plus sereine le constat d'un Mali qui semble définitivement avoir franchi, avec la fin de 2015 qui se profile, le cap de la guerre civile, à la faveur notamment du rôle joué par la Mission onusienne, la Minusma.
Les derniers affrontements armés entre groupes autonomistes et armée régulière datent de plusieurs mois (mars dernier), alors que les dernières tensions entre ces groupes et leurs rivaux pro-Bamako se sont estompés, pour revendiquer, des aspirations communes.
Reste également que l'Accord d'Alger, pour peu qu'il soit appliqué, constitue une bonne base "pragmatique", acceptée par toutes les parties concernées, sur laquelle pourrait avancer le processus, tant bien que mal.