Nadia Chahed
27 Janvier 2017•Mise à jour: 28 Janvier 2017
AA/Bujumbura/Jean Bosco
La délégation de l’Union européenne à Bujumbura a salué, vendredi, la récente décision du gouvernement burundais de libérer certains membres de l’opposition.
«L'Union européenne a pris note de la libération, dans le cadre de la récente décision d'amnistie présidentielle, de certains membres du parti MSD ( Mouvement pour la solidarité et la démocratie),emprisonnés depuis mars 2014 ainsi que de manifestants arrêtés lors des événements de 2015 », note la délégation européenne dans une déclaration, "élaborée en accord avec les chefs de Mission européens au Burundi", et publiée, vendredi sur son site.
Saluant la mesure prise par Bujumbura, l'UE note qu'il s'agit d' "un premier élément de réponse dans le contexte de la décision de l'article 96 de l'Accord de Cotonou".
Elle encourage, en outre, "vivement le gouvernement burundais à poursuivre dans cette voie, en accélérant le processus de libération de tous les membres du parti MSD condamnés en 2014 et des manifestants arrêtés lors des événements de 2015".
Cette satisfaction européenne n'est toutefois pas partagée par les défenseurs des droits de l'Homme au Burundi, qui considèrent cette grâce présidentielle n'est qu' "une offensive de charme pour séduire l’Occident qui a suspendu ses aides financières au Burundi".
Dans un communiqué publié le 25 janvier 2017, le Collectif des avocats pour la défense des victimes des crimes de droit international commis
au Burundi (CAVIB) estime que cette mesure est de "la poudre aux yeux".
Le CAVIB attire, en outre, l’attention de la communauté nationale et internationale sur le "stratagème" qui "consiste à libérer certains opposants au moment où le même pouvoir continue d’orchestrer des arrestations illégales, des tortures, des disparitions forcées, une épuration ethnique d’une partie de l’armée burundaise ainsi que des représailles contre les défenseurs des droits de l’Homme et des opposants politiques".
Le 31 décembre dernier, le président burundais, Pierre Nkurunziza, avait, dans un message de vœux a la Nation, annoncé la libération de 2500 détenus en 2017, dans le but de "répandre paix, dignité et bien-être, partout dans le pays".
Les autorités ont entamé la mise en application de cette promesse le 23 janvier, avec la libération de 568 prisonniers dont 58 opposants qui étaient détenus dans la prison centrale de Mpimba à Bujumbura.
Le Burundi a plongé dans une grave crise, émaillée de violences, depuis le dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza en avril 2015 pour un troisième mandat qu'il a obtenu en juillet de la même année, en violation de la Constitution et de l'accord d'Arusha qui a mis fin à la guerre civile de 1993-2006, selon l'opposition, la société civile et une partie de son propre camp.
Ces violences ont fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 332 mille personnes à fuir le pays, d'après un rapport de l’Office des Nations unies pour les réfugies(UNHCR) publié le 31 décembre 2016.