Esma Ben Said
12 Octobre 2017•Mise à jour: 12 Octobre 2017
AA/Bangui/Sylvestre Krock
Le Conseiller Spécial du Secrétaire général de Nations unies pour la prévention du génocide, Adama Dieng, a alerté, mercredi à Bangui, sur les risques d'un "génocide" en Centrafrique.
Au cours d'une conférence de presse qui sanctionnait sa visite, Dieng, en mission en Centrafrique du 6 au 11 octobre, a estimé que "des signes avant coureurs du génocide sont perceptibles".
Il a, en outre, mis en garde "les responsables d’atrocités" et "ceux qui instrumentalisent et incitent à la haine ethnique et confessionnelle dans le pays".
"En voyant la situation en RCA, nous constatons malheureusement tous les ingrédients pour un génocide. Nous avons eu des témoignages d’actes de déshumanisation, la prolifération des groupes armés, le nettoyage ethnique, l’impunité, la faible de l’Etat, l’instrumentalisation et la diffusion de messages de haine. Ce sont des éléments qui précèdent le génocide", a fait savoir Adama Dieng.
"Je condamne avec la plus grande fermeté l’instrumentalisation et l’incitation à la haine ethnique et confessionnelle menée par les groupes armés et milices ainsi que par les hommes politiques complices, pour asseoir leur contrôle territorial, mobiliser des combattants, ou étendre leur prédation aux propriétés privées ainsi qu’aux ressources économiques du pays", a souligné le Conseiller Spécial du Secrétaire général.
" Tout individu responsable d’atrocités criminelles, ou d’incitation à les commettre, devra tôt ou tard assumer la responsabilité pénale de ses actes, et faire face à la justice nationale ou internationale ", a-t-il poursuivi.
Adama Dieng a rappelé que sa mission en RCA "suite aux rapports très inquiétants faisant état de recrudescence de violations graves des droits de l’Homme et d’atteintes au droit international humanitaire y compris des violences sexuelles sur fond d’affrontements des groupes armés et d’instrumentalisation de la religion, des sensibilités ethniques ou des origines des communautés observées du sud-est au nord-ouest du pays ".
En plus d’un déplacement à Bria en compagnie de la Ministre de la Défense Nationale et de la Reconstruction de l’Armée, Adama Dieng a été reçu, entre autre, par le Chef de l’Etat Faustin Touadera.
Il s'est aussi entretenu avec d'autres membres du Gouvernement mais également avec des acteurs politiques, des leaders religieux et communautaires, des représentants de groupes armés, de la société civile et des médias ainsi que des victimes.
"J’ai pu saisir cette opportunité pour mobiliser les autorités, acteurs nationaux, les représentants de groupes armés, les victimes et partenaires internationaux afin d’ouvrir un dialogue quant aux mesures urgentes, concertées et coordonnées, à adopter pour faire cesser la violence, apaiser les tensions intercommunautaires et soulager les souffrances des populations civiles ", a affirmé le Conseiller spécial.
Selon Adama Dieng, toutes les victimes lui ont exprimé "le même souhait qui est de vivre ensemble dans la paix et l’harmonie avec tous les centrafricains. Les civils chrétiens, musulmans et peulhs sont pris en otage par les groupes armés".
La Centrafrique, pays parmi les plus pauvres au monde, a du mal à se relever du conflit intercommunautaire qui, en 2013 et 2014, a fait environ 3 000 morts et près d’un million de personnes déplacées (sur les 4,5 millions de Centrafricains), d'après l'ONU.