Nadia Chahed
29 Avril 2018•Mise à jour: 29 Avril 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
L'Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) a identifié quelque 29.370 enfants migrants non accompagnés en Libye, notant que le chiffre réel peut être "beaucoup plus élevé", selon un communiqué de la Mission d'appui des Nations Unies en Libye (UNSMIL), dont Anadolu a reçu copie.
Face aux dangers auxquels ils sont exposés, trois organisations onusiennes, à savoir, outre l'OIM, l'Organisations des Nations Unies pour l'enfance (UNICEF) et le Haut commissariat pour les réfugiés (HCR) ont conjugué leurs efforts afin de renforcer les mesures de protection des enfants en mouvement, migrants et réfugiés en Libye
C'est que "les enfants non accompagnés et séparés courent un risque accru de traite d'êtres humains, de détention arbitraire, de travail forcé et d'exploitation sexuelle", a expliqué Othman Belbeisi, chef de mission de l'OIM, cité dans le communiqué publié samedi.
"Améliorer notre aide et la protection des enfants en déplacement est primordial pour nous en tant qu'humanitaires. Nous saluons et encourageons la poursuite de la coopération entre tous les acteurs concernés afin que nous puissions mieux protéger davantage d'enfants en Libye", note-t-il.
L'OIM, l'UNICEF et le HCR ont, à cet égard, mis en place des garanties procédurales pour la mise en œuvre d'un ensemble cohérent d'actions visant à protéger les garçons et les filles de moins de 18 ans migrants et réfugiés non accompagnés et séparés en Libye. Un panel a été convoqué pour les cas complexes où les experts en protection de l'enfance discutent et identifient des solutions de protection pour des cas individuels.
Lors d'une première réunion qui s'est déroulé le 29 mars à Tripoli, la capitale libyenne, des experts des trois organisations ont abordé le cas de Sofiya, une fillette de sept ans originaire d'Afrique de l'Ouest. La recommandation finale était de réunir Sofiya avec son père dans son pays d'origine.
"Indépendamment du statut juridique, des circonstances et des raisons derrière le déplacement d'un enfant, les privations et les préjudices subis par les enfants pendant les voyages dangereux bouleversent le fondement de leur développement physique et émotionnel", a déclaré Abdel-Rahman. Ghandour, représentant spécial de l'UNICEF pour la Libye. "La coopération avec l'OIM et le HCR est essentielle pour nous permettre de trouver une solution durable pour chaque enfant", a-t-il ajouté.
"L'une des principales priorités du HCR est de protéger les droits de tous les enfants relevant de son mandat, en particulier les réfugiés et les demandeurs d'asile. Pour ce faire, le HCR s'engage à soutenir la mise en place de systèmes complets de protection de l'enfance en Libye qui incluent des mécanismes pour identifier l'intérêt supérieur de l'enfant ", a déclaré Roberto Mignone, chef de mission du HCR en Libye.
"La collaboration inter-institutions est essentielle à cet égard pour garantir que les enfants ayant besoin d'une protection internationale, qui ne peuvent pas retourner dans leur pays d'origine, soient identifiés et orientés vers le HCR pour leur assurer la protection et leur trouver des solutions", a-t-il plaidé.
Le communiqué relate la mésaventure d'une fillette et les péripéties de sa prise en charge: En 2017, Sofiya a quitté sa maison en Afrique de l'Ouest avec sa mère. Espérant une vie meilleure, ils se sont embarqués pour une dangereuse traversée de la mer Méditerranée dans une tentative d'atteindre l'Europe.
Mais elles n'y sont pas parvenues. Au lieu de cela, Sofiya a perdu sa mère en mer et a été ramenée en Libye par la garde côtière. L'enfant a été transférée dans un centre de détention où elle a été identifiée par l'OIM comme un enfant non accompagné. L'OIM a rendu visite régulièrement à Sofiya pour procéder à une évaluation de la protection de l'enfant et a entrepris des démarches pour retrouver sa famille restée au pays. Après quelques semaines, l'OIM a trouvé le père de Sofiya et a lancé la vérification de la famille.
Le père de Sofiya a exprimé son immense soulagement et le bonheur d'entendre les nouvelles de sa fille.
"Lorsque l'on travaille avec des enfants non accompagnés et séparés, il est essentiel de veiller à ce que leur intérêt devienne le principe directeur de toutes les actions, à la fois temporaires et durables", a déclaré Barbara Pellegrini, experte en protection des enfants de l'OIM.
A cette fin, une formation de deux jours à l'intention des homologues libyens, ainsi que des autorités consulaires représentant les nationalités des enfants migrants non accompagnés, a été planifiée afin de garantir que l'intérêt supérieur de l'enfant soit le principe directeur de tous les acteurs.
Au début du mois d'avril, Sofiya a retrouvé son père à Abidjan, où une douzaine d'amis les ont accueilli à l'aéroport.