Esma Ben Said
15 Mars 2018•Mise à jour: 15 Mars 2018
AA/Desk
Plus de 200 trafiquants libyens et étrangers impliqués dans un vaste réseau d’immigration clandestine dans le pays sont sous le coup de mandats d’arrêt, a annoncé le bureau du procureur général libyen.
Après la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye, riche pays pétrolier, qui a sombré dans le chaos, est devenue une véritable plaque tournante pour plusieurs milliers de migrants d’Afrique subsaharienne qui tentent la traversée irrégulière de la Méditerranée en direction de l’Europe.
Depuis, le pays est souvent sous le feu des critiques en raison des abus contre les migrants.
En décembre dernier, Rome et Tripoli ont d’ailleurs convenu d’une « cellule conjointe » afin de lutter contre le phénomène des passeurs et les trafiquants d‘êtres humains.
« Nous avons 205 mandats d'arrêt contre des personnes (impliquées dans) l'organisation d'opérations d'immigration, la traite d'êtres humains, (des cas de) torture, de meurtre et de viol », a annoncé, dans un communiqué publié mercredi, le chef du bureau des investigations au bureau du procureur général, Al-Seddik al-Sour.
« Il a été prouvé que de nombreux officiers du département de l’immigration étaient impliqués dans ces opérations d’immigration clandestine. Il y a 8 endroits où étaient rassemblés les migrants : des femmes ont été violées. Le procureur a prouvé tout cela », a-t-il ajouté.
Des membres des services de sécurité, des responsables de camps de détention de migrants ainsi que des fonctionnaires d'ambassades de pays africains en Libye sont également impliqués dans le trafic de l'immigration clandestine, d’après la même source.
Le bureau du procureur précise que les investigations sur les réseaux de passeurs qui ont permis de comprendre les tenants du trafic « avaient été menées en coordination avec le parquet italien ».
Le responsable libyen a ajouté que les investigations de son bureau ont également permis d'établir un lien direct entre passeurs de migrants et des membres de l’organisation terroriste Daech, « ces derniers profitent du réseau des trafiquants pour passer d'un pays à l'autre, trouver refuge ou se soigner », a-t-il révélé.
Al-Sour a, en outre, indiqué que l'enquête sur le documentaire de la chaîne américaine CNN qui avait montré, en novembre dernier, un « marché d'esclaves africains » en Libye, provoquant une véritable onde de choc à travers le monde, «était toujours en cours ».
Le responsable a néanmoins fait savoir que d'après l'enquête, il existe bien des opérations de « vente » de migrants entre trafiquants mais pas en tant qu'esclaves.