AA - Besançon (France) - Ümit Dönmez
La reprise de la base militaire d'Al-Wattia, annoncée lundi par le commandant des opérations occidentales de l'Armée libyenne, Ossama Djouwaïli, est une victoire stratégique du gouvernement libyen, face aux milices du général putschiste, Khalifa Haftar, soutenu par la France.
Les médias français et francophones n'ont pas manqué de relever l'importance cruciale du soutien apporté par la Turquie au gouvernement libyen légitime, dans la victoire décisive de l'Armée libyenne face aux milices fidèles au général Haftar, ayant ainsi manqué sa tentative de coup d'État, et perdu le soutien de certains alliés.
- "L'appui de l'armée turque change la donne sur le terrain"
Dans son article intitulé "Libye: sérieux revers pour le maréchal Haftar, l’ami de Paris", paru dans l'édition de mercredi, du quotidien français "L'Opinion", le journaliste Jean-Dominique Merchet explique que "L’appui de l’armée turque au gouvernement de Tripoli change la donne sur le terrain".
Merchet explique d'abord que les défaites du général renégat, "Haftar, soutenu par la France [...] pourraient l’affaiblir politiquement".
Le journaliste spécialiste des questions de défense, relate ensuite les scènes de liesse suite à la victoire stratégique, puis explique cette victoire par le soutien décisif apporté par la Turquie à l'Armée libyenne, notamment en termes d'armes et d'équipement modernes :
"L’intervention militaire de la Turquie en Libye, qui a débutée en décembre dernier, change la donne sur le terrain, mettant fin à l’offensive des forces d’Haftar", explique Merchet.
Le journaliste poursuit avec des précisions sur le soutien militaire qui serait apporté par la Turquie à l'Armée libyenne :
"Comme lors de son intervention dans le nord-est de la Syrie en mars, l’armée turque fait largement usage de drones, pour des missions de renseignement et des frappes ciblées. Elle utilise des appareils de fabrication nationale, de type Bayraktar ou Anka. Ses systèmes de guerre électronique semblent également performants", note le journaliste de "L'Opinion".
Merchet note enfin les conséquences de ces défaites successives pour le général Haftar :
"La situation politique du maréchal est fragilisée aussi bien à l’intérieur que sur la scène internationale. Sa tentative de s’autoproclamer à la tête du pays, le 27 avril, 'a fait un flop', explique notamment Jean-Dominique Merchet, citant un expert, Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l’Institut Clingendael (La Haye).
- "La montée en puissance des Turcs en Libye"
Dans l'article de Frédéric Bobin, publié lundi par le quotidien français Le Monde, et intitulé "En Libye, Khalifa Haftar accumule les revers en Tripolitaine", l'auteur évoque notamment "La montée en puissance des Turcs en Libye".
L'article fait état de "l’efficacité croissante de l’appui militaire que les Turcs fournissent" au gouvernement libyen, puis rapporte que le soutien de la Turquie à l'Armée libyenne a été décisive dans les victoires face aux milices de Haftar, que l'auteur décrit sous un autre nom :
"L'Armée nationale libyenne (ANL) d’Haftar, activement soutenue militairement et financièrement par une coalition de parrains étrangers – Emirats arabes unis, Jordanie, Egypte, Arabie saoudite et Russie –, le GNA [Gouvernement d'entente nationale, ndlr] de Tripoli a pu reprendre l’avantage grâce à un appui sans précédent d’Ankara", explique Bobin, faisant notamment référence à l'appui décisif des drones turcs, ANKA-S.
L'article analyse ensuite les conséquences politiques de la défaite d'Al-Wattia, subie par les milices fidèles au général putschiste, Haftar, soutenu par la France, l'auteur évoquant un renversement du rapport des forces, face au gouvernement libyen légitime qui, jusqu'au soutien apporté par la Turquie "semblait [...] très isolé sur la scène internationale".
Bobin décrit les faits comme "une montée en puissance des Turcs en Libye".
- Le "rôle-clé de la Turquie" en Libye
Le journal francophone "L'Orient le Jour", dans l'article intitulé "La Turquie a eu un rôle-clef dans les avancées du GNA" pose la question suivante :
"Quelle est l’influence de l’intervention turque sur les dernières avancées enregistrées, sur le terrain, par le GNA ?"
La spécialiste Claudia Gazzini et l'auteure Caroline Hayek relatent également le soutien décisif de la Turquie dans la victoire militaire de l'Armée libyenne, sur la base d'Al-Wattia :
"La prise, lundi, de la base aérienne d’al-Watiya n’aurait pas été possible sans le soutien aérien des Turcs, notamment de leurs drones", explique Gazzini, évoquant également un éventuel soutien naval de la Turquie à l'Armée libyenne.
L'article du quotidien francophone évalue également cette défaite des milices de Haftar, comme lourde de conséquences sur les ambitions putschistes du général à la retraite.
Sur l'analyse de la situation militaire, même son de cloche pour Emmanuel Dupuy, président de l'Institut Prospective et Sécurité de l'Europe (IPSE).
Interrogé mardi par l'Agence Anadolu, le président du Think tank européen, basé à Paris, a estimé que "le soutien militaire turc a été le levier qui a changé la donne sur le terrain" en Libye.