AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
Les révélations faites mardi dernier sur le commerce d'esclaves par des passeurs dans une banlieue de Tripoli, la capitale libyenne, ont provoqué des réactions en cascade, allant des Nations-Unies, aux Chefs d'Etats africains, passant par plusieurs stars et des personnalités de renommée mondiale.
Ils dénoncent tous, des pratiques indignes de l'être humain et réclament l'ouverture d'une enquête pour établir les faits et sanctionner les coupables.
L’effet boule de neige a commencé suite à la diffusion d’un reportage tourné par le biais d’une caméra cachée et diffusé par la chaîne américaine CNN, montrant une opération de vente aux enchères de migrants africains dans la périphérie de la capitale libyenne.
Les reporters affirment avoir assisté, en l’espace de quelques minutes, à la "vente" d’une douzaine de migrants cédés par des passeurs pour des sommes équivalentes à 400 euros par personne.
Largement partagé sur les réseaux sociaux, ce reportage a suscité des réactions indignées en Afrique et à l’ONU, dont le secrétaire général Antonio Gutteres, "terrifié", a appelé lundi à New-Yok "toutes les autorités spécialistes" à enquêter sur ces activités "sans délai et de traduire leurs auteurs en justice".
Le président Guinéen - étant président en exercice de l’Union Africaine (UA), Alpha Condé a, dans un communiqué, dénoncé des "pratiques modernes d'esclavagisme", qui doivent "cesser".
L’Union Africaine "usera de tous les moyens à sa disposition pour que plus jamais pareille ignominie se répète", a rassuré Condé.
A la télévision malienne, le président Ibrahim Boubacar Kéita, "outré" par cette "barbarie qui interpelle la conscience de l’humanité", a rappelé son ambassadeur en Libye pour "consultation", après avoir condamné "fermement le trafic d’êtres humains qui sévit en Libye".
Keita a souhaité la mise en place d’une "commission d’enquête tripartite UA-UE-ONU" pour établir les faits, et a demandé aux autorités libyennes de prendre "toutes les dispositions pour faire arrêter cette barbarie".
Son homologue Burundais Pierre Nkurunzinza déplorait, quant à lui, sur son compte Twitter une "cruauté d’un autre âge en Libye".
Les méfaits de l’esclavage sont le résultat de "l’abus des résolutions de l’ONU et au mépris des décisions de l’Union Africaine (UA)", selon Nkurunziza qui remet en cause l’’intervention militaire "unilatérale" de "certains pays occidentaux" en Libye.
Au Niger, le président Mahamadou Issoufou a condamné, lundi, à la radio publique une "pratique ignoble", en assurant que son pays prenait "très au sérieux cette question" et s'engageait "à apporter sa contribution pour y mettre fin".
"L'esclavage est un crime contre l'humanité et je saisis l'occasion pour lancer un appel à la Cour pénale internationale pour qu'elle se saisisse du dossier", a enchaîné lundi, le ministre délégué des Congolais de l'étranger Emmanuel Ilunga, "fortement irrité par cette pratique déshumanisant l’homme noir", a condamné une "vente aux enchères" des migrants "proposés par des sauvages".
Cette mobilisation africaine contre ces pratiques a impressionné la secrétaire générale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean qui a condamné, de son côté, des "agissements criminels" et salué la forte mobilisation de plusieurs chefs d’État africains contre des "pratiques scandaleuses".
La responsable a exigé une enquête "approfondie et crédible" et suggéré que le sujet soit inscrit à l’ordre du jour du Sommet Union africaine-Union européenne à Abidjan, les 29 et 30 novembre.
La mobilisation a dépassé les frontières africaines. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs capitales européennes contre la vente aux enchères des migrants africains en Libye.
Plusieurs footballeurs, dont la star de Manchester United Paul Pogba, ont célébré des buts en faisant semblant d'avoir des mains attachées comme des esclaves.
"Hors football, Je ne suis pas à vendre", arborait son maillot de corps, le footballeur Français de Valence et ancien milieu de terrain de Monaco Geoffrey Kondogbia.
A la recherche d’un Eldorado, près de 3.000 personnes sont mortes dans la Méditerranée en tentant la traversée vers l’Europe, selon un récent rapport de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), renseignant que près de 156.000 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe par la mer depuis Janvier.
Dimanche, Tripoli qui suit "avec grande attention les rapports des médias sur l'exploitation des migrants clandestins par des criminels", a annoncé dans un communiqué l’ouverture d’une enquête.
Le gouvernement Libyen a, cependant, mis en garde contre les solutions internationales "superficielles et stériles qui font en réalité obstacle à ses efforts pour endiguer ce phénomène, ouvrant la voie aux réseaux du crime organisé", souligne le ministère libyen des Affaires étrangères.
Le chef de la principale coalition de l’Opposition congolaise (le Rassemblement), Félix Tshisekedi a estimé que la solution "est dans l'éradication de la dictature et l'instauration d'Etats de droit en Afrique, pour endiguer l'exode vers l'enfer".