Behram Abdelmunim
31 Mars 2023•Mise à jour: 01 Avril 2023
AA / Khartoum / Bahram Abdelmonem
Avec l'espoir d’atteindre la stabilité économique, les aspirations à surmonter les différentes crises dans le pays et le respect de leurs traditions de solidarité sociale, les Soudanais ont accueilli le mois béni du Ramadan.
Depuis la semaine dernière, les principales artères de la capitale Khartoum étaient encombrées, au milieu d'une affluence légère sur les locaux de commerce pour s’approvisionner, tandis que le gouvernement s'est empressé de réduire les heures de travail officielles dans les institutions gouvernementales.
Le Secrétariat général du Conseil des ministres soudanais a annoncé « l’aménagement à la baisse (une heure) des heures de travail officielles pendant le mois saint du Ramadan. Les agents de la fonction publique travaillent de 7h30 à 14h30 ».
Le correspondant de AA a observé des groupes de Soudanais dans le « Marché arabe » (le plus grand marché de la capitale Khartoum), pour acheter les denrées alimentaires et d’autres fournitures nécessaires pendant le mois de Ramadan.
L'avocat soudanais Hassan Abdelkader a indiqué : « La situation économique est mauvaise et c’est la première fois que nous souffrons pendant le Ramadan bien que ça soit un mois de bien et de bénédiction ».
Il a ajouté, dans un entretien accordé à AA, que « Nous exerçons la profession d’avocat mais nous subissons une récession économique, mais Dieu soit loué que le peuple soudanais fait preuve de solidarité en distribuant les paniers ramadanesques ».
De son côté, la citoyenne Esma Oussama a déclaré : « En ce qui concerne le mois de Ramadan, nous savons au Soudan que la situation est détériorée financièrement et économiquement, mais le mois de Ramadan apporte ses bienfaits ».
A son tour, Amani Anouar a souligné : « Le mois de Ramadan est sacré et généreux, et malgré les pressions économiques existantes, la table soudanaise convient très bien aux membres de la famille ».
Le marchand de dattes, Malek Awadh Moussa, a relevé que : « Le Ramadan est un mois d'entraide et de compassion, et je connais un certain nombre de personnes qui achètent des dattes pour leurs familles et le reste des familles pauvres et nécessiteuses ».
Le citoyen Imèm Mohammed al-Amine a déclaré : « Pour nous, la situation économique est très mauvaise. Nous espérons que le mois sacré impactera légèrement les poches des Soudanais ».
Les Soudanais sont attachés aux valeurs d’entraide et de solidarité sociale durant le mois de Ramadan, et ce en aménageant les places publiques pour des ruptures de jeune collectives (iftars), ce qui a été fait depuis les premiers jours de même que des organisations caritatives soudanaises ont pris l'initiative de distribuer de l'aide dans tout le pays.
Le besoin d'initiatives sociales dans le pays s’accroît, en raison des pressions économiques sur le citoyen, en particulier après que le « précédent » gouvernement de transition dirigé par Abdullah Hamdok a mis en œuvre des mesures économiques, s’agissant notamment de la suppression des subventions sur le carburant et l'électricité et la libéralisation du taux de change.
En octobre 2020, le Soudan a mis en œuvre une politique de suppression des subventions sur le carburant, ce qui a contribué à une augmentation significative des prix des produits.
Cela a été suivi d'une décision d'unifier le taux de change de la monnaie locale (la livre) par rapport au dollar et aux devises fortes en février 2021, dans une tentative d'éliminer les déséquilibres économiques et monétaires.
Bien que le pays possède des ressources économiques substantielles, l'incapacité à les exploiter par les gouvernements successifs a fait que les taux de pauvreté se sont répandus parmi la population, qui souffre de crises économiques en continu.
Les statistiques gouvernementales et internationales sont contradictoires au sujet du taux de pauvreté au Soudan. Alors que les rapports des Nations Unies indiquent que 46,5 % de la population soudanaise vit en dessous du seuil de pauvreté et que 52,4 % d'entre eux vivent dans la pauvreté multidimensionnelle, il ressort d’une étude gouvernementale menée en 2017 que la pauvreté a baissé à 36,1 %.
Les taux d'inflation dans le pays sont toujours à des niveaux parmi les plus élevés au monde, étant supérieurs à 50%, en raison de problèmes complexes, liés essentiellement à la baisse du cours de la livre soudanaise, passée à 570 livres contre 375 livres lors de la dévaluation de la monnaie en mars 2021.
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou