AA/Bamako/Moussa Bolly
La France qui défend depuis quelques mois la mise en place de la force conjointe du "G5 Sahel" (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger et Tchad), bénéficie désormais du soutien incontesté de l'Allemagne.
Paris et Berlin s'activent en effet à mobiliser la communauté internationale en vue de constituer au plus vite la force anti-terroriste, et la présence de l'alliée allemand aux côtés de la France qui a perdu de la crédibilité ces dernières années au Sahel, pourrait bien jouer en faveur de l'Hexagone, selon les experts interrogés par Anadolu.
- Le "couple franco-allemand" sur le front anti-terroriste
La France et l’Allemagne ont réitéré lundi la nécessité de mettre au plus vite en place la coalition militaire du Sahel, pour laquelle une conférence des donateurs sera organisée en septembre à Berlin.
La ministre française des Armées, Florence Parly, et la ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leyen, se sont ainsi rendues conjointement à Niamey (Niger) sur le site d’un des futurs centres de commandement de la force défendue par le président Emmanuel Macron à Bamako, le 2 juillet dernier.
A l'occasion d'une tournée africaine dans trois des pays du G5 (Tchad, Niger, Mali), Florence Parly, a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité d'une "rapide montée en puissance de la Force".
"Nous sommes convaincus que c’est la force G5 Sahel qui trouvera la solution aux problèmes de la région, même si bien sûr l’opération (française) Barkhane reste aux côtés de cette force G5", avait déclaré Florence Parly, accompagnée de son homologue allemande.
"La lutte contre les groupes armés djihadistes sera longue", avait-elle souligné lors d’une adresse aux troupes sur la base française de Niamey.
Parly a ajouté que Paris et Berlin s’activaient actuellement à mobiliser la communauté internationale en vue de la constitution de la force anti-terroriste qui devrait rassembler à terme 5 mille hommes, pour "soulager" l'opération anti-terroriste Barkhane, qui avait elle-même pris le relais de Serval en août 2014 au Mali et dans les pays limitrophes.
- L'engagement allemand renforce la crédibilité de la France
Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, Paris veut sortir de son isolement sécuritaire au Sahel où ses opérations sont souvent décriées.
L'engagement allemand au côté de la France pourrait bien lui permettre de réussir son pari, selon Abdoul Karim Dia, consultant indépendant spécialisé dans les questions de sécurité et de développement dans la bande sahélo-saharienne.
"Il n y aura pas seulement une coopération entre la France et le Mali ou entre l'Allemagne et le Mali par exemple mais bien une coopération multilatérale", ajoute l'expert joint par Anadolu qui précise que "les Allemands sont déjà présents au Mali, en soutien aux opérations de maintien de paix de l'ONU".
"Au regard de la forte implication de la France et de l'Union européenne (UE) dans le dossier malien, la présence de l'Allemagne aux côtés de la France rassure cette dernière et donnera plus de crédibilité à l'action européenne, les deux pays étant les moteurs de l'Union", poursuit-il.
"L'effectif de soldats allemands déployés au Mali et la construction de camp envisagée à Niamey (Niger) sont d'ailleurs des indicateurs d'une plus grande implication de l'Allemagne dans le dossier du Sahel, donc d'une poursuite d'intérêts communs comme la neutralisation des réseaux criminels de la migration clandestine qui menace la stabilité de l’Allemagne et de l’Europe".
Pour Abdoul Karim Dia, l'impact du partenariat militaire franco-allemand sur la paix et la réconciliation ainsi que la lutte contre terrorisme et la migration clandestine au Sahel "dépendra beaucoup de l'attitude de l'Allemagne vis-à-vis des différents protagonistes".
"Si son action militaire ne se confond pas avec celle de l'attitude douteuse de la France, l'impact pourrait être positif. Il pourrait l'être davantage en menant des actions de développement et à impact réel pour les populations", précise l'expert.
De son côté la ministre allemande, a assuré mardi à Bamako, à l'issue d'un entretien avec le président malien Ibrahim Boubacar Keita que "l'initiative franco-allemande se renforcera" et permettra entre autres "d'améliorer la formation des troupes de cette force".
"Nous ferons en sorte que d'autres pays européens nous rejoignent dans notre soutien au G5 Sahel", a ajouté la ministre allemande.
- La nécessité de convaincre la communauté internationale
La force du G5 nécessite un financement de 423 millions d'euros. L'Union européenne a d'ores et déjà débloqué 50 millions d'euros.
Le président Macron a, quant à lui, annoncé une aide matérielle et logistique de 8 millions d'euros d'ici la fin de l'année, ainsi que la distribution de 70 véhicules tactiques et du matériel de transmission et de protection pour équiper cette force qui sera prochainement opérationnelle.
La force conjointe n’a toutefois pas été placée sous le mandat de l’ONU en raison notamment des réticences américaines quant aux obligations financières.
"Il faudra trouver d’autres partenaires européens: l’Italie, l’Espagne et d’autres ont déjà marqué leur intérêt", a précisé Ursula von der Leyen avant son départ de Niamey où elle a annoncé la fourniture d’équipements au Niger.
- Présence de l'Allemagne au Mali
L'Allemagne a significativement renforcé sa présence militaire au Mali ces deux dernières années avec notamment l'arrivée de huit hélicoptères. Son mandat a par ailleurs été prolongé en début d'année par le Parlement allemand jusqu'en 2018.
Son contingent d’appui à la Minusma (force onusienne au Mali) composé actuellement de 800 hommes devrait atteindre près de 1 000 soldats dans les prochains mois, conformément à l'annonce, au début de l'année, du chef du contingent allemand, le lieutenant-colonel Marc Paare, lors d’un point de presse.
La France est quant à elle présente dans la zone sahélo-saharienne avec 4.000 hommes engagés dans l'opération anti-terroriste Barkhane.