Mohamed Hedi Abdellaoui
30 Mai 2016•Mise à jour: 30 Mai 2016
AA/ Lomé/ Mohamed Abdellaoui/ Alphonse Logo
Depuis la création de l’Union africaine en 2003, l’intégration régionale est restée lettre morte. Aujourd’hui et au regard des mutations politiques et sociales qu’ont connues plusieurs pays du continent, il semble que ce projet ne relève plus du tout de l'utopie. De l’avis de certains analystes interrogés par Anadolu, l’espoir d’un cheminement du rêve à la réalité n’a jamais été autant permis.
Abondant dans ce sens, Golo Yao Nukunu, enseignant chercheur à l’Université de Lomé affirme que la métamorphose de certaines sociétés africaines, dont celles du Burkina Faso, du Sénégal, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Burundi, joue en faveur d’une véritable solidarité africaine.
«Il n’y a pas longtemps, on a proposé l’instauration d’une communauté des peuples pour relancer l’intégration africaine. A mon sens, l’émergence d’une société civile active qui a gagné en maturité et qui s’intéresse de plus en plus à la chose publique, ne peut qu’aider à surmonter toutes les barrières entravant cette intégration», explique l’universitaire togolais.
Ce réveil des sociétés africaines qui placent désormais la barre très haut, dit-il, pousse les dirigeants africains à accélérer la cadence et à diversifier les mécanismes pour que l’action suive la parole. Le constat de l’analyste prend racine dans l’actualité et la conjoncture politique et économique africaines.
Selon lui, les difficultés qui se posaient à la réalisation de ce projet panafricain sont en train d’être aplanies. En témoigne, en premier lieu, la dynamique de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui vient de tenir, du 23 au 27 mai, ses 51e Assemblées annuelles sur le thème «Energie et changement climatique» à Lusaka (Zambie).
Chaque année, la BAD met les bouchées doubles, fait-il observer, pour réunir autour de diverses causes les personnalités africaines les plus influentes, pour que les voix éparses n’en fassent plus qu’une.
Grâce à l’activisme de la BAD, de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao, créée le 28 mai 1975), de l’Union africaine, La Banque ouest-africaine de développement (BOAD), créée le 19 septembre 1973, la Banque d’investissement et de développement de la Cedeao (BIDC- devenue opérationnelle en 1979), des acquis ont été réalisés.
Le plus récent parmi ces acquis selon l’ambassadeur permanent de la Cedeao au Togo, Lompo Garba, est «la carte d’identité biométrique», en vigueur depuis janvier 2016. Ce document facilite la migration des populations de l’espace ouest-africain. Garba évoque également la construction et l’équipement de postes de contrôle juxtaposés, en cours de mise en place.
Défendant l’idée d’une intégration africaine en marche, l'ambassadeur revient, de surcroît, sur « le chèque de voyage », lancé en juillet 1999 pour faciliter les opérations de commerce et de paiement. Une mesure qui a permis, dit-il, la levée de plusieurs barrières douanières, pour ainsi favoriser les échanges commerciaux intra-communautaires et aider les Etats à récupérer le manque à gagner.
L’intégration africaine semble, au demeurant, suivre une trajectoire ascendante. Mais, le ministre togolais des Affaires étrangères se montre plus ambitieux.
«La zone de libre-échange tripartite de ce projet, né après cinq ans de négociations et lancé effectivement en juin 2015, est séduisante. Par la fusion de trois organisations régionales : le Marché commun des Etats d’Afrique australe et de l’Est (Comesa), la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) et la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), ce marché réunit 625 millions d’habitants, répartis dans 26 des 54 pays africains, cumulant un PIB de 1 000 milliards de dollars (884 milliards d’euros).
Force est de constater que Cecil Rhodes, fondateur de la Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe) en rêvait : Construire un "continuum" économique et politique en Afrique «du Cap au Cair». Un siècle et quelques années plus tard, à Charm el-Cheikh (en Egypte), vingt-six dirigeants de pays d’Afrique ont réussi à poser les bases d’un vaste marché unique courant de l’Afrique du Sud au Caire. Sauf que le mythe impérial d’un colonialiste anglais se veut aujourd’hui un projet porté par les Africains eux-mêmes, auxquels il incombe de palier nombre de difficultés et d’obstacles.
Le ministre togolais réclame, du reste, davantage d'exploits pour une Afrique unie et capable de relever les défis. Pour lui, un saut qualitatif reste à accomplir : concrétiser les objectifs de l’Agenda 2063 de l’Union africaine baptisé «l’Afrique que nous voulons ». Ce programme s’articule autour d’une Afrique intégrée, politiquement unie, portée par les idéaux du panafricanisme et la vision d’une renaissance africaine».
Une intégration régionale sciemment menée aidera à améliorer les performances économiques de l’Afrique qui se sont maintenues en 2015, en dépit des turbulences mondiales et des chocs régionaux. D’ailleurs, selon le rapport 2016 de la BAD sur les perspectives économiques rendu public, le 23 mai, en Zambie, le continent est resté la région économique du monde ayant enregistré la deuxième plus forte croissance, derrière l’Asie de l’Est.