Afrique

France/Rapport Stora : Des experts africains sceptiques

- Dans ce rapport sur le passé colonial en Algérie, l’historien Benjamin Stora propose une série de « gestes » pour la réconciliation, mais écarte toute idée de repentance pour la France

Fatma Bendhaou   | 21.01.2021
France/Rapport Stora : Des experts africains sceptiques

Cameroon


AA/ Peter Kum

Il aura fallu un rapport sur la colonisation et la guerre d’Algérie, commandé par l’exécutif français, pour que la question du passé colonial de la France refasse surface.

Le mercredi 20 janvier (hier), l'historien français, Benjamin Stora a remis au Président français Emmanuel Macron son rapport sur « les questions mémorielles portant sur la colonisation et la guerre d’Algérie », commandé en juillet 2020 par Macron lui-même.

Portant sur un sujet délicat et polémique en France, le rapport Stora n’a également pas manqué de faire réagir des experts dans les anciennes colonies françaises en Afrique, où la plaie de la colonisation est encore ouverte et où la question du passé colonial français suscite encore émoi et remous. Contactés par Anadolu, ces experts livrent leur lecture.

Si dans son long rapport, Benjamin Stora propose une liste de « gestes » que la France pourrait mettre en place en faveur de la réconciliation avec l’Algérie par rapport à la colonisation et la guerre de 1954-1962, le philosophe camerounais, Ebenezer Njoh Mouelle se montre sceptique, évoquant des initiatives similaires concernant le Cameroun qui n'avaient abouti à rien. Des initiatives qui au fil du temps se sont montrées complètement vaines.

« En novembre 2018, la France avait annoncé à travers son ambassade à Yaoundé qu’elle allait contribuer à faire toute la lumière sur les épisodes tragiques de la répression des maquis indépendantistes des années 1950 et 1960 au Cameroun », affirme Njoh Mouelle à Anadolu.

« Le gouvernement français avait indiqué que le travail d’inventaire, de classement et de déclassification des documents relatifs au Cameroun pour la période allant jusqu’à 1971 se poursuit et devrait s’achever en 2019. Nous sommes déjà en 2021 et les choses n’ont pas progressé », a-t-il ajouté.

Selon ce philosophe, les Camerounais attendent toujours « la vérité sur les épisodes tragiques de la guerre que la France a menée au Cameroun dans les années 1950 et 1960 où des milliers de civils ont été massacrés par l’administration coloniale française ».

L’écrivaine sénégalaise Ken Bugul, auteure de « Le Baobab fou », estime pour sa part que « les méthodes employées par les Français pendant la guerre d’Algérie, sont les mêmes qui avaient été utilisées dans les autres pays tels que le Sénégal, le Maroc, le Congo, etc ».

« La France ne doit pas seulement s’excuser, elle doit aussi payer des réparations aux victimes ou leurs ayants droits. Il le faut pour faire cicatriser ces plaies de la période coloniale » nous affirme-t-elle, en réponse au refus français de présenter des excuses à l’Algérie.

Dans son rapport, Benjamin Stora écarte, en effet, toute idée de repentance prenant pour exemple les excuses présentées par le Japon à la Corée et à la Chine pour en conclure que cette politique-là « ne calme rien ». Avant même la réception du rapport, la présidence française a indiqué dans un communiqué publié par l’Elysée qu’il « n’est pas question de présenter d’excuses » mais de « réconcilier les mémoires ».

Par ailleurs, et alors que l’historien français propose entre autres la création d’une commission « Mémoire et vérité » qui sera chargée de proposer des « initiatives communes entre la France et l’Algérie sur les questions de mémoire », la présidente exécutive du Redhac (Réseau pour le droit de l’homme en Afrique Centrale), Maximilienne Ngo, elle, estime que la France doit faire de même pour toutes ses anciennes colonies.

« Si la France estime qu’elle doit créer une commission « Mémoires et Vérité » pour apaiser ses relations avec l’Algérie, elle doit faire de même pour les autres pays avant de tourner la page triste de la période coloniale » estime la présidente exécutive du Redhac, dont le siège est à Yaoundé.

De son côté, le sociologue congolais (RDC) Emile Bongeli Yeikelo note qu’il ne faut pas s’arrêter à la création d’une commission.

« Il faut des réparations financières, psychologiques, sociales, économiques et politiques. Les victimes algériennes, ou de tout autre pays, souffrent de séquelles de toutes natures. Les rescapés souffrent des conséquences de la torture systématique au cours de ce conflit. L’évaluation du nombre de morts et le dénombrement des victimes me semble aussi nécessaire », conclut le sociologue.

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