AA / Alger / Abderrazak Ben Abdallah
L'absence soudaine du président algérien Abdelmajid Tebboune du pays, depuis plus d'un mois, a généré un retard et une suspension de nombre de dossiers, aussi bien internes et qu’externes, dont certains ne peuvent être entérinés qu’après sa signature.
Lundi, la Présidence algérienne avait indiqué que Tebboune regagnera le pays, d'ici quelques jours, après avoir achevé un séjour de soins médicaux en Allemagne, qui dure depuis plus d'un mois.
Dans un communiqué, la Présidence a souligné que Tebboune a « quitté un hôpital spécialisé en Allemagne et Son excellence le président rassure le peuple algérien qu'il est sur le point de se rétablir et qu'il regagnera le sol de la patrie, par la Grâce de Dieu, au cours des prochains jours ».
Aucun autre détail n'a été fourni au sujet de l'endroit où se déroule la convalescence du président Tebboune ou d'une date exacte de son retour au pays.
La dernière activité que Tebboune devait assurer était prévue pour le 18 octobre dernier, lorsqu'il devait présider une réunion du Conseil des ministres. Cependant, la Présidence avait annoncé, à la dernière minute, le report du Conseil « pour des raisons techniques et compte tenu de la densité de l’agenda du président ».
Le 24 du même mois, Tebboune a annoncé observer un confinement volontaire sur la base de recommandations de ses médecins, après avoir enregistré des cas d'atteinte à la Covid-19 parmi des fonctionnaires de la Présidence. Il avait écrit sur son compte Twitter « Je poursuivrai mon travail à distance jusqu’à la fin du confinement ».
Trois jours plus tard, la Présidence a annoncé le transfert de Tebboune à l'hôpital militaire de la capitale Alger, pour recevoir des soins. Le lendemain, soit le 28 octobre, Tebboune s’envole vers l’Allemagne après avoir été atteint de la Covid-19.
Tout au long de la durée d'absence de Tebboune du pays, une série de dossiers internes et externes sont en suspens dans l’attente de sa signature ou d’une prise de décision politique pour trancher.
- Amendement de la Constitution
Le transfert du président algérien à l'étranger pour des soins a coïncidé avec la tenue d'un référendum populaire portant sur l'amendement de la Constitution initié par le chef de l’Etat, et qui s'est tenu le 1er novembre écoulé.
Le projet en question a été approuvé par 67% des voix des votants, mais avec un taux de désaffection record, dès lors que le taux de participation n’a atteint que le 24%.
Des parties dans l'opposition a qualifié le taux de participation en question comme étant « une atteinte qui entache la légitimité de la nouvelle constitution », alors que la Présidence a indiqué dans une déclaration « le résultat illustre l'expression véritable et entière de la volonté populaire ».
« Le président de la République a honoré ses engagements afin d'initier le processus qui permet au peuple algérien d'exprimer ses positions et ses points de vue, en toute liberté et démocratie, en ce qui concerne son avenir », a insisté la Présidence.
Tebboune considère la réforme de la Constitution comme étant « la clé de voûte d'une série de réformes majeures » promises, avant et après son accès au pouvoir, le 19 décembre 2019, pour construire ce qu'il a appelé « L’Algérie nouvelle ».
Le projet d'amendement de la Constitution est composé d'un préambule et de sept chapitres. Il prévoit, notamment, l'autorisation à l'armée de participer à des missions en dehors du territoire national, sous réserve de l'approbation des deux-tiers des membres du Parlement, ainsi que la désignation d’un Chef du gouvernement issu de la majorité parlementaire.
Le projet prévoit, également, la limitation du nombre des mandats présidentiels à deux seulement, qu'ils soient successifs ou séparés.
Après l'annonce par le Conseil constitutionnel des résultats définitifs du référendum, le document est dans l'attente de la signature du président de la République pour promulgation avant son entrée en vigueur.
-- Elections et Loi électorale
L'entrée en vigueur des amendements constitutionnels représente le début d'une nouvelle étape dans le pays, dont le plus important atelier, selon le président Tebboune, sera « la tenue d'élections législatives et locales anticipées ».
Le mandat de l'actuel parlement ainsi que celui des assemblées municipales et provinciales prendront fin, au mois de mai 2022. Cependant, Tebboune avait fait part de son intention d'introduire des changements sur la composition de ces structures, considérées comme « étant à l'actif de l'ancienne ère », dans une référence au régime du président Abdelaziz Bouteflika.
Depuis la tenue du référendum de d'amendement de la Constitution, une polémique est soulevée en Algérie au sujet de la priorité devant être accordée, soit à la dissolution du Parlement ou à celle des conseils municipaux, une décision qui sera tranchée par Tebboune à son retour.
Avant la tenue de nouveaux scrutins en Algérie, les autorités sont contraintes d’amender la loi électorale et de la mettre à jour et ce, pour la mettre au diapason du nouveau texte de la Constitution.
La Présidence avait pris les devants en chargeant le Comité d'experts d'amendement de la Constitution d'élaborer un draft d'une nouvelle loi électorale qui sera soumis ultérieurement à la classe politique pour débat.
Le président Tebboune avait déjà déclaré que « l'accélération de l'élaboration d'une nouvelle loi électorale a pour objectif de gagner du temps pour aller sur la voix de la tenue rapide d'élections ».
Immédiatement après l'élaboration du nouveau projet de la loi électorale, le texte sera soumis au Parlement pour discussion et vote.
-- La situation interne
La loi de finances de l'année 2021, approuvée par le Parlement le 26 novembre dernier, est dans l'attente de la signature du président de la République, comme dernière étape pour son entrée en vigueur, prévue en janvier de l'année prochaine, un exercice financier considéré comme étant délicat, compte tenu des incidences de la Covid-19 et de la baisse des cours du brut.
Selon plusieurs experts, le budget de l'année 2021 prévoit un déficit historique, qui dépasse les 22 milliards de dollars, en raison de la double crise de la pandémie et de la baisse mondiale des prix du pétrole.
Depuis le début de la crise pétrolière en 2014, le déficit budgétaire a oscillé en Algérie, entre 13 et 17 milliards de dollars.
Le budget prévoit un taux de croissance, pour 2021, de 4 pc, après des prévisions de récession de 4,6 pc, tandis que le taux d’inflation s'établira aux alentours de 4,5 pc.
Plusieurs autres dossiers liés à la pandémie de la Covid-19 sont en suspens, dans l'attente d'une décision du président Tebboune, à l'instar de l'aboutissement des négociations engagées par le gouvernement avec plusieurs laboratoires et boîtes pharmaceutiques mondiales, pour l'acquisition d'un vaccin. La décision définitive au sujet du meilleur vaccin n'a pas encore été prise.
Le président algérien trouvera également à son retour le dossier de l'ouverture des frontières et celui de la fin de la suspension du transport aérien, dès lors que des voix s'élèvent avec insistance, de la part d'organisations et de partis politiques, pour la reprise du trafic aérien afin de mettre un terme à la souffrance de personnes bloquées, en particulier à l'extérieur du pays.
-- Guerguerat et Libye
Au plan extérieur, la crise qui oppose le Maroc au Front Polisario au sujet du point de passage de Guerguerat, représente le principal dossier auquel Tebboune fera face à son retour.
Depuis l’enclenchement de ce différend, il y a de cela quelques semaines, l’Algérie s'est contentée d'un communiqué du ministère des Affaires étrangères, qui appelle au respect du cessez-le-feu, au moment où des hommes politiques estiment que l'escalade militaire dans la région menace la sécurité nationale de l'Algérie.
Il est connu que l'Algérie appuie le Front Polisario dans ses réclamations de la tenue d'un référendum d'auto-détermination, de même qu’elle accueille sur son sol à Tindouf (sud-ouest), depuis des décennies, des dizaines de milliers de réfugiés qui ont fui le conflit.
A l'est, l’absence de Tebboune a impacté l'activité officielle, en particulier, la présence de l'Algérie dans le dossier libyen, au cours des dernières semaines, dès lors qu’elle fait partie d'un des principaux médiateurs dans la crise, et considère la Libye comme étant sa profondeur stratégie.
*Traduit de l'arabe par Hatem Kattou
news_share_descriptionsubscription_contact
