AA/ Tunis/ Malèk Jomni
L'Aïd al-Fitr est l'une des occasions les plus importantes du calendrier musulman marquant la fin du mois sacré du Ramadan. Dans le monde arabe et particulièrement en Tunisie, l'Aïd est une fête célébrée en grande pompe, durant laquelle les familles sont réunies, les friandises et les plats traditionnels et locaux sont préparés et les cadeaux distribués.
En dépit des difficultés financières et de la crise socio-économique actuelle que traverse le pays, les Tunisiens sont résolus à célébrer l'Aïd al-Fitr avec autant d'enthousiasme et de ferveur que les années précédentes, avec des préparatifs frénétiques et des dépenses parfois conséquentes et ce, au cours des derniers jours de ce mois saint.
- Une effervescence palpable dans les rues de Tunis
Dans le centre-ville de Tunis et à l'approche de l'Aïd, une foule énorme s'entasse dans les rues animées de la capitale. Beaucoup de Tunisiens sont en quête d'achats respectant leurs budgets et leurs exigences en termes de qualité et de goût.
Les étalages des vendeurs à la sauvette sont alignés sur les trottoirs à droite et à gauche, laissant une ligne fine pour les passants qui tiennent de gros sacs de shopping à la main et qui peinent à avancer. Les éventaires débordent de vêtements colorés, de chaussures de différentes tailles pour les grands et les petits ainsi que de faux bijoux étincelants sous un soleil de plomb. Des femmes flânent entre les étals, scrutant chaque article avec attention avant de faire leur choix, alors que des hommes cherchent à obtenir le meilleur prix en engageant de longues négociations avec les vendeurs.
En avançant lentement dans cette foule dense et bruyante, on détecte les cris des marchands et le brouhaha des conversations assourdissantes. Les odeurs des épices et des friandises se mêlent dans l'air, attirant ainsi les clients vers les étals réservés aux pâtisseries et aux petits gâteaux de l'Aïd.
- Fête de l'Aïd sous pression financière
A l'orée de l'Aïd, Anadolu a interviewé une jeune femme (Eya Aloui/24ans) tenant un enfant de 4 ans à la main et contemplant l'une des nombreuses vitrines des boutiques qui longent toute la grande avenue du centre-ville.
"Les prix sont exorbitants mais je suis obligée d'acheter des vêtements pour mon fils. Je ne veux pas que mon enfant se sente défavorisé ou inférieur à ses cousins ou à ses voisins qui ont le même âge", a-t-elle affirmé.
A la question si elle s'était achetée une tenue à elle-même, Eya a fait savoir qu'elle ne pouvait plus s'offrir un tel luxe avec l'inflation qui touche, depuis un moment, tous les foyers tunisiens.
Ahlem Somai (36 ans), femme au foyer avec deux enfants (7 et 11 ans), elle, nous a indiqué que les prix des vêtements étaient trop élevés.
"C'est pour le bonheur de mes deux garçons que j'essaie de maintenir la tradition de l'achat de nouvelles tenues. Je ne peux pas leur refuser un tel caprice pour une occasion aussi importante que la fête de l'Aïd. J'ai donc choisi d'en assumer les répercussions sur mon porte-monnaie", s'est-elle confiée.
Ahlem a précisé que quand les prix sont parfois moins chers, la qualité n'est malheureusement pas au rendez-vous.
- Shopping en ligne : plus de choix, moins de tracas
Non loin du marché central de Tunis, un jeune trentenaire portant une fillette de 3 ans sur ses épaules était debout dans le coin d'une rue à l'ombre. Il a fait savoir au micro d'Anadolu que les gens n'étaient plus intéressés par la marchandise qui se trouve dans les boutiques ni celle sur les étalages.
"De nos jours, on préfère acheter en ligne pour avoir un large éventail. Dans les boutiques, tous les articles se ressemblent et sont tous de mauvaise qualité en plus d'une hausse de prix injustifiable", a-t-il noté, ajoutant que sa femme avait déjà trouvé le bonheur de sa fille sur un site en ligne.
- Les commerçants, premiers touchés
Cependant, les consommateurs ne sont pas les seuls à se plaindre. Si les vendeurs proposent des prix aussi élevés, c'est parce qu'ils sont, à leur tour, pris au piège de l'inflation qui pèse désormais sur tout le circuit de distribution.
Une vendeuse ayant refusé de nous donner son prénom ou son âge était en train de dépoussiérer son éventaire, au moment où elle nous a révélé que cette année était exceptionnellement pénible pour elle alors qu'elle fait ce travail depuis 14 ans.
"Cette année est très différente de celles qui l'ont précédées car la marchandise coûte énormément plus cher qu'avant", a-t-elle ajouté, indiquant que les frais de la douane étaient devenus durs à supporter.
D'après elle, les Tunisiens préfèrent acheter des vêtements qui coûtent moins cher de la friperie au lieu de dépenser plus pour une qualité moindre dans les boutiques (qui vivent d'ailleurs la même crise).
Bien que les célébrations puissent être différentes, à la lumière d'une inflation galopante cette année, la joie de l'Aïd al-Fitr restera inchangée, symbolisant l'unité, la solidarité et l'espoir pour un avenir meilleur et une sortie proche d'une crise suffocante.