Crise en RDC: Forces de l’ordre ou du "désordre" ?
-Les forces de la police et de l'armée congolaises sont souvent pointées du doigt pour leur "usage excessif et disproportionné" de la force
Congo, The Democratic Republic of the
AA/Kinshasa/Joseph Tsongo
"Il semble que pour nos forces de l’ordre, le maintien de l’ordre équivaut à tuer, blesser et à arrêter les gens inutilement", déplore Thierry Luveve, un militant du Mouvement citoyen congolais "Lutte pour le changement" (Lucha).
"Aujourd'hui, ce sont les forces de l'ordre qui font le désordre", accuse-t-il.
Un avis partagé par plusieurs citoyens et militants congolais et corroboré par des chiffres d'institutions internationales.
Le Bureau conjoint des Nations-Unies aux droits de l’Homme a en effet, à plusieurs reprises, dénoncé un "usage excessif et disproportionné de la force", par les forces de l’ordre en RDC.
Des dépassements favorisés, notamment, par la situtaion de crise qui prévaut, depuis décembre 2016, dans le pays avec une sorte de "légitimité surdimensionnée " acquises par les forces de l'ordre, qui "croient que tout leur est permis", sous couvert de sécuriser le pays, a indiqué à Anadolu un membre de l'opposition qui a préféré garder l'anonymat.
L'usage excessif de la force par la police et les militaires congolais a, également, été favorisé par la fréquence des heurts entre manifestants et policiers, devenus monnaie courante depuis le début de l'année.
En effet, depuis le 19 décembre 2016, date à laquelle le deuxième et dernier mandat constitutionnel de Kabila arrivait à terme, le pays est en effervescence avec des rassemblements et des manifestations récurrentes contre le régime en place, aussi bien à Kinshasa que dans d'autres régions du pays. Les rassemblements sont souvent dispersé par la force.
"Il arrive aux policiers et aux militaires congolais de faire usage de la force même dans les espaces clos, comme dans les résidences privées ou les sièges des partis politiques… ", a dénoncé, pour sa part Nyange Patrick, observateur indépendant et juriste qui accuse les forces de l’ordre de la RDC de "troubler l’ordre public préétabli.".
Il estime, en effet, que le maintien de l’ordre suppose un usgae proportionné de la force publique pour faire respecter la loi et assurer ou rétablir la continuité des activités dans la sphère publique.
Le Bureau conjoint de l’ONU aux droits de l’Homme (BCNDUH) avait relevé, en septembre dernier, une hausse significative des violations des droits de l'Homme dans le pays, dont le nombre est passé de 398 en juillet à 441 en août, soit une hausse de 10 %.
Le BCNDUH avait, en outre, indiqué que «les agents de l’État ont commis plus de violations des droits de l’homme que les combattants de tous les groupes armés confondus». Ils auraient commis près de 64% (282) de ces violations documentées sur l’ensemble du territoire congolais, selon la même source.
La représentation onusienne avait, en outre, accusé les forces de sécurité congolaises d’être derrière l’exécution «extrajudiciaire» de 54 personnes dont 33 hommes, une femme et 20 enfants dans le pays durant le mois d'août dernier.
"Nos policiers et militaires sont très répressifs lors des manifestations politiques. On observe que c’est l’usage de la force qui précède toujours", dénonce de son côté, le chargé communication de l'Union pour la démocratie et le progrès social l’UDPS (opposition) dans le Nord-Kivu, Bintu Luther.
Il estime, d'ailleurs, que la présence visible des forces de l’ordre est toujours disproportionnée lors des manifestations, fait qui attise la colère des manifestants et favorise la violence de part et d'autres.
Le 19 décembre 2016 à Kinshasa, des affrontements éclatés peu avant une manifestation pour réclamer le départ de Kabila, 17 personnes sont mortes dont 3 policiers, rappelle-t-il.
Le 7 août 2017 à Kinshasa et dans le Congo-central, des violences entre manifestants et forces de l’ordre ont fait au moins 27 morts, selon l’Ong Human Ritghs Watch qui avait, également, condamné l’usage excessif de la force par les forces de l’ordre.
La mission onusienne en RDC a également rappelé que le maintien de l’ordre doit se faire de façon proportionnée et non pas par l’utilisation d’armes létales qui entrainent des pertes inutiles en vie humaine.
Derrière cet usage excessif de la force, se cache une complicité gouvernementale, estiment des observateurs qui pointent du doigt la "politisation de l'institution sécuritaire" dans le pays.
"Pourquoi les forces de l’ordre se montrent-elles si violentes envers les détracteurs du régime ?", s'interroge Rebecca Kavugho, une militante de la solciété civile qui estime qu'il est essentiel de "dépolitiser les forces de l’ordre".
Ces dernières censées protéger et sécuriser les manifestants non-armés, semblent aujourd’hui prendre position dans les conflits politiques en faveur du régime en place, déplore-t-elle.
