AA/ Bujumbura/ Yvan Rukundo
Oubliés d’un pouvoir déjà aux abois, mais aussi des médias « locaux » et internationaux, les Burundais des villages, des bourgs et des bourgades sombrent dans la panade.
Dans les fins fonds de ce pays plongé dans une grave crise politique et sociale depuis avril 2015, en raison d’un blocage politique, le correspondant d'Anadolu a pu constater la terreur, l'horreur et la faim qui font le pain quotidien des gens des vilages et bourgs.
Ceci étant, entre extrême pauvreté et risques liés à tout déplacement hors du village, ces Burundais livrés à eux-mêmes prennent leur mal en patience, face aux assaillants armés, braqueurs et malfaiteurs de tout acabit.
*Crise sécuritaire
La dégradation des conditions sécuritaires s’annonce des plus graves dans les régions reculées. A Gihanga, localité relevant de la province de Bubanza, dans l’Ouest du pays, des hommes armés en treillis ont récemment kidnappés 27 personnes et 49 vaches, selon Léopold Ndayisaba, administrateur de la commune.
Forfait accompli, les malfaiteurs ont, ensuite, pris la poudre d’escampette, en traversant la Rusizi, rivière séparant le Burundi et le Rwanda et par laquelle le lac Kivu se déverse dans le lac Tanganyika.
Les habitants de l’Est burundais, eux, parlent d’incursions en provenance de la Tanzanie, où évoluent certains rebelles armés. « Il y a deux semaines, plusieurs hommes armés ont envahi Kabuyenge et dévalisé plusieurs maisons et personnes rentrant du marché», témoigne Canisius Nyabubu, un commerçant de la localité de Gisuru, dans la province de Ruyigi.
De telles attaques se sont intensifiées ces derniers jours, également, à Cankuzo dans la même province. « Plus de cent hommes en treillis ont attaqué le village, avant de se diriger vers le parc de la Ruvubu (Est)», témoigne un habitant de la région.
* Misère et famine
En ces temps durs, manger est synonyme de guerroyer dans le fin fond du Burundi. Les plus faibles n’ont qu’à prendre leur mal en patience, sinon, ils n’ont qu’à partir sur les routes au risque de ne plus revenir.
Sur les marchés, la flambée des prix est intrigante: « 1kg de riz qui s’achetait à 0.7 USD avant le déclenchement de la crise est aujourd’hui à 1.2 USD. La farine, le maïs, le manioc, les haricots et bien d’autres aliments et composantes essentielles du plat du Burundais moyen ou pauvre ne sont plus à la portée.
« C'est très difficile de manger deux fois par jour, aujourd'hui. Certaines familles, peu nanties voire impuissantes, ne le font qu’une seule fois », se désole Simon Karenga, un chef de famille, vivant à Kayanza, dans le Nord du pays.
La situation s’annonce encore plus dramatique dans le Nord-est burundais. Plus de 4500 personnes ont, en effet, fui certains villages de la province de Kirundo, selon des statistiques de l’administration régionale. « Le peu de produits alimentaires qu’on produit aujourd’hui est raflé par Bujumbura (capitale burundaise). Des véhicules font des navettes quotidiennes cherchant des bananes, des pommes de terre et des haricots pour alimenter Bujumbura. Dépourvus de moyens, nous ne pouvons les concurrencer», grogne Kamwenubusa.
* Suspension fatale de l'aide internationale
Le gel et la suspension des aides internationales ont fragilisé une économie burundaise, en dépendant à près de 50%. Le Francs burundais continue, lui, sa chute libre. « En avril 2015, 1 dollar américain s’échangeait contre 1556,42 Fbu (taux officiel). Alors qu’en novembre 2016, il faut compter 1679,99 Fbu pour un dollar américain. Soit une dévaluation de 7,9% », fait remarquer Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome).
Le produit intérieur brut (PIB) du Burundi a, quant à lui, enregistré un taux de croissance négatif de - 4,1% en 2015, contre un taux positif de 4,7% en 2014. Le taux de chômage avoisine les 52,5%, selon des statistiques officielles.
En 2015, ce pays enclavé d’Afrique de l’Est a été classé parmi les plus pauvres de la planète, avec un PIB de 315,2 USD par habitant contre 260 USD en 2016, selon la Banque Mondiale (BM) et le Fonds monétaire international (FMI).