Nadia Chahed
11 Septembre 2017•Mise à jour: 11 Septembre 2017
AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
Cherté des fournitures scolaires, hausse des frais d'inscription et changements arbitraires du personnel éducatif, autant de facteurs qui ont rendu, lundi, la rentrée scolaire, sans saveur au Burundi.
Dans les rues de Bujumbura, la capitale, l’atmosphère n’était pas la même que lors des autres rentrées scolaires, rapport le correspondant d'Anadolu.
Après plus de deux ans de crise politico-sécuritaire avec des incidences socio-économiques importantes, cette rentrée s’est avérée à la fois difficile pour les parents, les enfants que pour les enseignants.
"C’est vraiment une année très difficile. Les prix des fournitures scolaires ont flambé ainsi que les frais d'inscription", se lamente Ildephonse Kabura, père de trois enfants, rencontré par Anadolu, à Mutanga-Sud, dans le centre de Bujumbura. Selon lui, un cahier de 100 feuilles est désormais vendu à 0.8 dollar tandis qu’il était à 0.45 dollars l’année dernière.
Pour pouvoir envoyer ses trois enfants à l’école, ce parent affirme avoir déboursé plus 400 dollars alors que pour la rentrée scolaire 2016-2017, il n’a décaissé que 150 dollars.
Joseph Ndimubandi, un autre parent rencontré tout près de Lycée Ngagara, trouve cette rentrée très coûteuse: « Vu la pauvreté qui règne dans le pays, la cherté de la vie, comment ont-ils osé revoir à la hausse les frais d'inscription? », s'interroge-t-il, affirmant qu'avec cette mesure "beaucoup de parents ne seront plus capables de poursuivre l’éducation de leurs enfants".
D’après l’ordonnance ministérielle du 5 août, les frais scolaires post-fondamental sont respectivement de 4 dollars par trimestre et par élève externe et de 8.5 dollars par trimestre et par élève pour les internes. « Une augmentation de 87.5% pour les internes et 40% pour les externes », analyse Gabriel Rufyiri, président de l’Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations économiques (Olucome), rappelant qu’ils étaient respectivement de 2.8 dollars et 4.5 dollars, l'année dernière
Joint par Anadolu, cet économiste dit que cette ordonnance n’est venue que pour accabler davantage les parents d’élèves qui vivent déjà dans une extrême pauvreté.
Côté enseignant, la destitution de certains directeurs accusés d’être moins performants occupaient une place de choix dans les discussions ce matin. « Le faible taux de réussite n’est pas la faute des directeurs. Les parents ont une grande part de responsabilité en la matière », critique un enseignant du Lycée Ngagara.
Pour lui, cette décision est injuste et risque de décourager les autres. « Comment être performant quand on est mal payé et sans moyens de survie »,relève-t-il.
Accusés d’avoir réalisé un taux de réussite inférieur à 30% lors du dernier concours national, le 30 août, la ministre de l’Education nationale Janviere Ntahiraja, a annoncé la destitution de plus de 40 directeurs des écoles publiques. Le même jour, elle a ajouté que 13 établissements privés de l’Ecole fondamentale doivent être fermés pour avoir eu un taux de réussite de zéro au concours national.