Lassaad Ben Ahmed
14 Mars 2018•Mise à jour: 15 Mars 2018
AA/Bujumbura/Jean Bosco
La Commission d’enquête de l’ONU sur la situation des droits de l’homme au Burundi a dénoncé «une campagne d’intimidation en vue du référendum constitutionnel», a rapporté l’Onu mardi soir sur son site officiel.
Cette commission présentait son rapport sur la situation au Burundi à l’occasion de la 37ème session du Conseil des droits de l’homme, tenue fin février à Genève.
Sur fond de crise politique et sécuritaire, le Burundi chemine inexorablement vers un référendum constitutionnel très controversé en mai prochain.
«Les opposants au référendum prévu en mai font l'objet d'arrestations et d'exécutions sommaires», a déclaré devant le Conseil de l’Onu pour les droits de l’homme, le nouveau président de la Commission, Doudou Diène.
«De nombreux Burundais ont indiqué avoir été harcelés ou victimes de violences parce qu'ils sont soupçonnés de vouloir voter non au référendum ou de refuser de s'inscrire sur les listes électorales pour le scrutin», a-t-il expliqué.
D'après l'ONU, les opposants politiques sont particulièrement ciblés par la machine répressive du pouvoir.
«Plusieurs cas d’arrestations et même d’exécutions sommaires ou de disparitions de membres de partis d’opposition, principalement des Forces nationales de libération (FNL), refusant de rejoindre le parti au pouvoir ou soupçonnés de faire campagne contre le projet de révision de la Constitution ont également été rapportés».
Selon son président, cette commission vient de mener plus de 160 entretiens qui s’ajoutent aux 500 menés l’année dernière. «La situation actuelle est similaire à celle observée l'année dernière», a-t-il constaté.
Bujumbura n’a pas encore fait de réaction officielle.
Le Sénégalais, Doudou Diène, avait été nommé par l’ONU en février dernier comme nouveau président de la Commission d'enquête sur le Burundi, en succession à l'Algérien Fatsah Ouguergouz.
Créée en septembre 2016, cette Commission a pour mandat d'enquêter sur les violations et abus des droits de l'homme au Burundi depuis avril 2015, afin de contribuer à la lutte contre l'impunité et d'identifier les auteurs présumés de ces actes.
Son mandat a été prolongé d’une année en septembre dernier, après la présentation de son rapport final.
Dans ce rapport, elle a notamment dénoncé «la persistance des violations des droits de l'homme dans ce pays » et exhorté la Cour pénale internationale (CPI) à enquêter de toute urgence sur «les crimes contre l'humanité et autres atrocités au Burundi».
En novembre dernier, la CPI avait déclaré avoir autorisé «l'ouverture d'une enquête sur des crimes relevant de la compétence de la Cour qui auraient été commis au Burundi ou par des ressortissants burundais à l'extérieur de leur pays depuis le 26 avril 2015 et jusqu'au 26 octobre 2017».
Cette décision a été jugée «illégale» par Bujumbura.
Le Burundi qui s’est déjà désengagée de la CPI, a également refusé de collaborer avec les enquêteurs de l’ONU sur les droits de l’Homme.
Il a également suspendu, en 2016, sa coopération avec le bureau local du Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme, qu'il accuse de «complicité dans l’élaboration d’un rapport accablant sur la situation des droits de l’homme au Burundi».
Le Burundi a plongé dans une grave crise politico-sécuritaire depuis que le président Pierre Nkurunziza avait annoncé en avril 2015 sa candidature à un troisième mandat, jugé non-constitutionnel par l'opposition, la société civile et de larges pans de son propre parti.
Un mandat qu'il a obtenu en juillet de la même année au terme d'une élection boycottée par l'opposition.