AA / Bujumbura / Yvan Rukundo
Alors que la date du référendum constitutionnel burundais approche à grand pas, tout porte à croire que c'est le "oui" qui l'emportera, estiment des observateurs, interrogés par Anadolu.
Ces derniers évoquent la détermination affichée de Bujumbura et de ses alliés à faire aboutir ce processus, au moment où l'opposition a tendance à se disperser, incapable d’avoir une position unie, quant-à ce référendum.
La nouvelle constitution qui sera soumise au vote le 17 mai prochain apporte deux changements majeurs, relatifs au mandat présidentiel qui passera de 5 à 7 ans et sera «renouvelable».
C'est un changement majeur par rapport à la constitution actuelle, émanation de l’Accord d’Arusha signé en août 2000, limitant à deux le nombre de mandats présidentiels consécutifs de 5 ans chacun.
Ces modifications attisent la colère des défenseurs de l’accord d’Arusha et soulèvent les réserves de l’opposition qui estime que cette réforme "n’a d’autres objectifs que de maintenir le président Pierre Nkurunziza à son poste le plus longtemps possible".
Toutefois, et en dépit du fait qu’elle soit d’accord sur le fond, soit le rejet du contenu du référendum, l’opposition ne parvient pas à s’unir au niveau de la forme, partagée entre ceux qui appellent à boycotter le scrutin du 17 mai et ceux qui estiment qu’il faut plutôt voter, mais contre.
Ainsi, et bien que le Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi (Cnared), principale coalition de l’opposition burundaise, ait appelé au boycott et promis de faire échouer ce référendum par tous les moyens, d’autres opposants se sont fait, quand-même, enregistrer pour participer à la campagne référendaire qui devra démarrer le 1er mai prochain.
Qualifiant ce projet de "dérive totalitaire de Pierre Nkurunziza", le Cnared a souligné, dans un communiqué publié fin mars, que son "choix est clair et unanime : combattre ensemble et sans réserve ce projet de tous les dangers".
Cette plateforme a, par ailleurs, lancé un appel à la communauté internationale, appelant les chefs d’Etats de la Communauté est-africaine (EAC) de dissuader Nkurunziza de poursuivre "ce projet macabre, synonyme d'une déclaration de guerre au peuple burundais".
Néanmoins, le choix du Cnared ne fait pas l’unanimité dans les rangs de l’opposition, où certaines voix défendent la participation au scrutin.
D’ailleurs deux partis de l’opposition à savoir Sahwanya-Frodebu (Front pour la démocratie au Burundi) et RANAC (Rassemblement national pour le Changement), se sont fait enregistrer pour participer à la campagne référendaire.
Idem pour la Coalition Amizero y’Abarundi (Espoir des Burundais) dirigée par l’opposant Agathon Rwasa.
Cette division au sein même de l'opposition ne fait que renforcer les chances de voir ce projet de réforme défendu par Bujumbura aboutir, selon des experts.
"Bujumbura est en position de force pour faire réussir cette révision constitutionnelle", estime un politologue interrogé par Anadolu.
S’exprimant sous couvert de l’anonymat, il rappelle que selon le décret présidentiel du 18 mars dernier, " le projet sera adopté si la majorité absolue des suffrages exprimés, soit cinquante pour cent plus une voix (50%+1) l'approuve ''.
C'est un "score facilement réalisable, selon lui, au regard du contexte politique actuel où l’opposition est quasi absente", souligne-t-il
D'autant que "les rares opposants qui osent lever la voix pour dénoncer ce projet sont malmenés, emprisonnés ou suivis de près par les jeunes du parti au pouvoir", ajoute-t-il. Sans oublier la division au sein de l'opposition qui n'est autre qu' "un autre signe de faiblesse face à un adversaire doté de tous les moyens coercitifs", note -t-il déplorant ce "conflit d’égo" dont souffre l'opposition. .
Revenant sur l’appel lancé aux Chefs d’Etats de l’EAC, ce politologue trouve que c’est un aveu de faiblesse. "Comment voulez-vous qu’ils interviennent alors que la majorité d'entre eux ont déjà mené de telles réformes".
Il estime, en outre, que le silence de la Communauté Internationale s'explique par le fait que la crise burundaise a fini par lasser cette communauté.
De son côté, soucieuse d'éviter tout échec, Bujumbura mobilise tous ses efforts et ceux de ses alliés n’hésitant pas à multiplier les emprisonnements politiques, déplorent des leaders de l’opposition.
Menaces verbales, emprisonnement, harcèlement, ainsi est fait le quotidien de toute voix opposée au régime et à son projet de réforme constitutionnelle, dénonce dans une déclaration à Anadolu Aimé Magera, opposant de la Coalition Amizero y’Abarundi (Espoir des Burundais), vivant en exil, depuis 2015.
Il affirme dans ce même ordre d’idées que plus de 60 personnes sont déjà sous les verrous.
L'Opération d'inscription des électeurs a été clôturée à la fin de la semaine écoulé et la Commission électorale indépendante (Céni) procède actuellement à apporter les rectifications nécessaires relevées au niveau des fichiers électoraux.
La Commission a, par ailleurs, annoncé que 27 partis et une coalition d’indépendants se sont fait enregistrer pour battre campagne.
Sur les 27 partis, deux ont officiellement annoncé qu'ils allaient faire campagne pour le "non".
Les autres ne se sont pas officiellement prononcé à ce propos, mais tout porte à croire qu'il vont oeuvrer pour que le "oui" l'emporte.
Depuis fin avril 2015, le Burundi est secoué par une grave crise politique et sécuritaire née de la décision du Président Pierre Nkurunziza de briguer un 3ème mandat présidentiel jugé illégal par l’opposition et la société civile.
Les violences générées par cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 420.000 personnes à fuir le pays, selon un rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 31 mars 2018.