Mohamed Hedi Abdellaoui
03 Novembre 2016•Mise à jour: 04 Novembre 2016
AA/ Bujumbura/ Nzosaba Jean Bosco
Les députés du Burundi ont appelé, jeudi, au rapatriement des militaires burundais actifs au sein de la Mission de l'Union africaine (UA) pour le maintien de la paix en Somalie (AMISOM), a appris Anadolu de source parlementaire.
Les parlementaires évoquent dix mois d’arriérés de salaires pour les militaires et la récente décision de l’Union européenne (UE) de ne plus faire passer ces salaires sur les comptes de l’Etat burundais. Le parlement avait convoqué le ministre de la Défense et des Anciens combattants, Emmanuel Ntahomvukiye, ainsi que le Commissaire de police Alain Guillaume Bunyoni pour répondre aux questions des députés.
«Cela fait déjà dix mois que nos militaires en Somalie ne sont pas payés, l’UE refuse désormais de faire passer leurs salaires par le gouvernement burundais alors que c’est ce dernier qui paie ses soldats, nous pensons qu’il est temps de les ramener », a déclaré à Anadolu le député Victor Burikukiye, président de la Commission parlementaire chargée des questions de sécurité et de défense.
Le ministre de la Défense en convient, pour sa part : «Aucun pays au monde ne peut accepter que ses militaires soient directement payés par une quelconque organisation, le Burundi ne fera pas exception». Autrement, « la discipline et le commandement en pâtiraient », dit-il, dans une déclaration à la presse.
Certains députés ont, néanmoins, recommandé prudence et concertation. «Avant de prendre toute décision, il faut consulter tous les partenaires, même l’UE», a fait remarquer le parlementaire Gabriel Ntisezerana, élu (du parti présidentiel) dans la circonscription de Bubanza, dans le Nord-ouest du pays.
Mais certains de ses collègues ne l’entendent pas de cette oreille. «l’UE nous a déjà montré qu’elle veut détruire notre armée, c’est elle la cause de tous ces problèmes, car elle ne cesse de multiplier les sanctions contre le Burundi», s’est indigné le député Daniel Gélase Ndabirabe, ancien porte-parole du parti présidentiel.
En octobre dernier, l’UE a réduit de 20% sa contribution à l’AMISOM et pris la décision de ne plus faire passer les salaires des militaires burundais, ce que Bujumbura considère comme une sanction supplémentaire. En mars dernier, l’UE avait également suspendu l’aide directe au gouvernement burundais. Cette décision a été reconduite jusqu’au 31 octobre 2017.
Le Burundi a plongé dans une grave crise, émaillée de violences, depuis le dépôt de la candidature du président Pierre Nkurunziza en avril 2015 pour un troisième mandat qu'il a obtenu en juillet de la même année, en violation de la Constitution et de l'accord d'Arusha qui a mis fin à la guerre civile de 1993-2006, selon l'opposition, la société civile et une partie de son propre camp.
Ces violences ont fait depuis un an plus de 700 morts et poussé plus de 310.000 personnes à quitter le pays, selon le dernier rapport du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR, septembre 2016).