AA/Bujumbura/Yvan Rukundo
Dans le camp de déplacés de Carama, situé à la périphérie de Bujumbura, les femmes se font belles, bravant misère et conditions de vie difficiles.
Sur place, la beauté a un nom, Sikitu Munezero, coiffeuse de son état, qui tenait son propre salon, avant de s'installer, il y a environ deux ans, dans ce site.
Toutes les femmes du camp, ou presque, font appel à elle pour se faire belles, dès qu'elles réussissent à mettre un peu d'argent de côté, d'autant que Sikitu vieille à leur offrir des prix abordables.
"Le prix n'est pas fixe, il dépend de la nature de la coiffure, mais aussi du marchandage des clientes", déclare-t-elle à Anadolu, ajoutant que le prix varie, généralement, entre 1 et 2 dollars. Une somme, certes, dérisoire mais que les résidentes du camp ont du mal à se procurer.
"Les sources de revenus sont limitées, beaucoup de femmes travaillent, occasionnellement dans les champs voisins", se désole Sikitu, ajoutant qu'il lui arrive souvent d'offrir ses services bénévolement ou à crédit.
Ainsi, non seulement, la jeune femme de 25 ans, redonne sourire et joie de vivre aux femmes, mais elle s'assure, également, un revenu mensuel qui lui permet de nourrir ses deux enfants.
Des femmes des quartiers voisins font aussi, appel à elle, "et là, le prix est revu à la hausse", confie-t-elle.
Bien qu'elle rêve de pouvoir quitter bientôt ce camp de déplacés, Sikitu se dit "attachée" aux habitantes de ce dernier. " Ici je me sens autrement plus utile, bien que je fais ce que je peux dans des conditions très difficiles", témoigne-t-elle.
Revenant sur son quotidien au sein du camp, elle dit que pour coiffer ses clientes, elle installe des chaises soit sous un arbre ou à l'intérieur d'une tente. Pour ce qui est du matériel, ce sont les clientes qui se débrouillent pour s'en procurer. De son côté, elle contribue juste avec son savoir faire.
Elle ne dispose, en effet, que d'un kit de peignes, de gants, de pinces sépare-mèches, et de quelques produits de coiffage, fait qui ne l'empêche guère de bien faire son travail.
Quand elle est désoeuvrée, elle donne des cours à des jeunes filles du camp, qui l'épaulent les jours de grande affluence, notamment en cette période de fêtes. Un autre motif de fierté de Kiriku, " plus tard, elles pourront trouver facilement du travail", note-telle.
De leur côté, les résidentes du camp de Carama ne peuvent plus se passer de Kiriku, celle qui "leur rend la vie plus belle et plus supportable au sein du site où le quotidien est particulièrement difficile", indique Yolande Kwizera, une habitante de ce dernier.
"Elle a une technicité exceptionnelle, sans beaucoup de moyens, elle sait comment manier les cheveux, les défriser pour les rendre plus beaux", ajoute Yolande qui se souvient qu’un jour, après avoir été coiffée par Kiriku, son mari ne l'a pas reconnue et l'a confondue avec une autre femme, des environs.
Depuis, elle passe chaque week-end entre les mains de Siriku pour se faire défriser les cheveux.
Sur ce point, Kiriku est intraitable "Il faut rester belle, pas question de croiser les bras sinon on finit par s'enliser dans la dépression et par tout perdre, les maris en premier", plaisante-t-elle.
Souriante, portant son nourrisson sur le dos, Innocente Nduwayo, 27 ans, ne dit pas le contraire : "Vivant dans un espace réduit avec autant de femmes, on se retrouve, forcément, dans une compétition, celle de garder son mari", confie cette jeune mère de trois enfants, ajoutant qu’elle grignote une petite somme sur la ration journalière afin d’avoir au moins 1 dollar pour se faire belle, ne serait-ce qu'une fois par semaine.
Des avis partagés par la gente masculine aussi. "Même si nous vivons dans un camp, nous voulons que nos femmes restent belles malgré toutes les mauvaises conditions", déclare Dieudatus Bukuru, un habitant de Carama, ajoutant que c'est aussi un moyen pour les coiffeuses de gagner leur vie.
D'ailleurs Kiriku n'est pas la seule à avoir inventé une occupation lui assurant un apport financier conséquent, d'autres femmes du camp font du commerce de produits alimentaires, d'autres encore travaillent dans les champs de riz voisins où elles peuvent gagner jusqu'à 2 dollars par jour, selon des témoignages recueillis par Anadolu.
Installé depuis mars 2014, pour une période initiale de trois mois, le site de déplacés de Carama n'a toujours pas été évacué, près de 1000 personnes dont 300 enfants, y vivent encore, selon un des chefs de ce camp.
Il s'agit, pour la plupart, de familles qui habitaient les montagnes surplombant la ville de Bujumbura, qui ont fui les affrontements entre armée et mouvements rebelles comme les Forces nationales de libération (FNL).
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