Esma Ben Said
27 Mai 2016•Mise à jour: 28 Mai 2016
AA/Ouagadougou/Olympia de Maismont
Révolution au Burkina Faso! Pour inscrire son enfant sur le registre de l’état civil, il n’est plus nécessaire de traverser la moitié du pays. Un simple «sms» suffit.
C’est l’ingénieuse idée de deux chercheurs burkinabé et français, Adama Sawadogo et Francis Bourrieres, co-inventeurs de la plateforme «ICivil».
Basée sur une application mobile, «ICivil» est une solution intégrée qui sert à déclarer les naissances par SMS et à délivrer des actes authentiques et contrôlables.
En plus du recensement général des populations et l’accès à l’état civil, sans que les parents n’aient besoin de parcourir de grandes distances, «ICivil» permet aussi de lutter contre la fraude administrative, explique Sawadogo, rencontré à Ouagadougou par Anadolu.
«En 2010, j’ai été sollicité par le village de ma mère pour construire une école. Une fois l’école construite, nous avons commencé à enregistrer les enfants, qui étaient nombreux. Sur les 101 enfants qui se sont présentés, nous nous sommes rendus compte que seuls cinq d'entre eux avaient un acte de naissance», raconte le co-inventeur de la plateforme.
Ce dysfonctionnement social est répandu dans de nombreux pays africains, dit-il. «En effet, on estime en moyenne que plus de 50% de la population africaine n’est pas répertoriée à l’état civil.»
«Si au Burkina Faso, 50% seulement de la population sont enregistrés (40% en ville et 10% dans les zones rurales), dans d’autres pays ce taux ne dépasse pas les 10%. Le cas du Libéria avec seulement 4% de la population répertoriée, est très significatif», ajoute Sawadogo.
Trois causes principales justifient le fait que les enfants ne soient pas déclarés à la naissance. Il y a d’abord, la distance. «Les centres de déclaration sont souvent très éloignés des habitations et pour y avoir accès, les gens doivent parfois parcourir plusieurs dizaines de kilomètres en empruntant, dans certains cas, des routes quasi-inaccessibles. D’autres fois, il n’y a même pas de routes ou de voies ferrées, et même si celles-ci existent, les habitants n’ont pas toujours les moyens financiers pour se déplacer», ajoute Adama Sawadogo.
«La deuxième cause est le délai très court entre la naissance et l'obligation de déclarer le nouveau-né. Si dans certains pays ce délai peut aller jusqu’à 90 jours, au Burkina Faso il est de 60 jours», ajoute-t-il.
«La dernière cause - et elle n'est pas des moindres- est l’analphabétisme. «Beaucoup de gens ne sont pas instruits et ignorent l’importance de l'état civil. Généralement, ils pensent que le document qu’ils ont reçu à la maternité fait office d’acte de naissance», poursuit-il.
Pourtant, «c’est un droit fondamental pour ces enfants que d’avoir une existence légale, d’avoir une identité», estime l’inventeur de l’application.
Aux vues de ces difficultés et pour y remédier, les deux chercheurs ont décidé de faire de la plateforme "ICivil", la solution. «Son fonctionnement est simple, confie Sawadogo. A la naissance, le nouveau-né reçoit un bracelet (Token) sur lequel est positionné un scellé à bulles accompagné d’un QR-Code (code barre à 2 dimensions qui permet de stocker des informations numériques) et d’un numéro.»
«Avec son application iCivil, la sage-femme flash le QR-Code et reçoit un questionnaire afin de renseigner les informations relatives à la naissance telles que le nom des parents et de l’enfant, son sexe et confirmer l’heure et la date de la naissance.Une fois le questionnaire rempli et envoyé, un SMS crypté est transmis vers le serveur central iCivil. Finalement, pour récupérer l’acte de naissance, il suffit de présenter le bracelet comportant le scellé à bulles dans n’importe quel centre d’état civil dans le pays sans avoir à retourner nécessairement dans la commune de naissance», conclut-il.
En plus du recensement général des populations et l’accès à l’état civil, l'application "ICivil" sert aussi à lutter contre la fraude administrative, confie l’inventeur.
«Ce qui fait sa particularité c’est qu’elle utilise le Code à Bulles développé par une PME française "Prooftag". Cette technologie génère un code, de manière totalement aléatoire et incontrôlable par l’homme et permet donc d’assurer l’unicité de chaque code généré. De plus, le code peut être conservé au minimum 250 ans ce qui permet d’assurer le cycle de vie de son propriétaire», détaille-t-il.
Le code étant à vie, ICivil ne s’arrête pas seulement à la déclaration des naissances. Elle devient une sorte de répertoire civil. Ainsi, avec le code, les personnes habilitées pourront aussi avoir accès à des données, telles que le permis de conduire, le mariage, le divorce ou le décès du porteur du code.
Depuis son lancement en août 2015, l'application a enregistré plus de mille nouveau-nés dans la capitale burkinabé. Les inventeurs espèrent qu’elle sera bientôt mise en place à l’échelle nationale.
Si ICivil est une initiative burkinabè, elle correspond à une demande globale. Comme l’explique son inventeur, le modèle n’est pas exclusif au Burkina Faso et l’objectif est de le faire adopter dans de nombreux pays rencontrant les mêmes difficultés.
Approchés par plusieurs pays, l'application est en cours d’adoption au Niger. D’autres pays tels que le Mali, la Côte d’Ivoire, le Sénégal ou encore la France sont en cours de négociation.
Une innovation qui réjouit aussi le gouvernement Burkinabé.