AA/ Extrême-Nord (Cameroun)/ Peter Kum
Les éléments de Boko Haram, groupe armé nigérian à l’origine de multiples frappes et attaques meurtrières contre civils et militaires dans le pourtour du Lac Tchad, ont des bases arrières et des zones cibles, dans la région ouest-africaine.
Ce groupe, fondé en 2002 à Maiduguri (Nord-est du Nigéria), a prêté allégeance à Daech le 7 mars 2015. Il compte plusieurs dizaines de milliers de combattants (dont des femmes et des enfants ainsi que des otages transformés en bombes humaines), nigérians, camerounais, tchadiens, nigériens et des touaregs de l’Afrique du Nord, selon des sources militaires camerounaises et nigérianes.
Boko Haram a pour fief le Nord-est du Nigéria et cible le nord nigérian, l’Extrême-nord camerounais, le Tchad et la région de Diffa par ses frappes meurtrières, d'après les mêmes sources.
«La zone de Baga (une localité nigériane, située dans l'État de Borno, à proximité du lac Tchad, au nord de la ville de Kukawa, ndlr) est leur fief. Baga est entourée par les eaux et l’enclavement de la zone ne permet pas aux troupes nigérianes d’y accéder », a indiqué à Anadolu un haut responsable sécuritaire camerounais, sous couvert d’anonymat.
Selon le commandant du Premier Secteur de la Force multinationale mixte pour la lutte contre Boko Haram (FMM), Bouba Doubekréo, qui s’exprimait à Anadolu, certains autres éléments de Boko Haram partent des villages nigérians de Dpichari, Gwoza et Madagal (nord-est) pour atteindre les villages camerounais de Homeka, Kerawa et Kolofata(extrême-nord). Alors que d’autres sont toujours retranchés derrière le Mont Mandara (massif montagneux volcanique situé à la frontière entre le Cameroun et le Nigeria, ndlr) ».
On impute à Boko Haram plus de 20 mille victimes et des millions de déplacés dans les pays du Lac Tchad, depuis 2009, selon différentes sources.
Au Nigéria, l'insurrection de Boko Haram et sa répression a fait plus de 17.000 morts et plus de 2, 5 millions de déplacés, d'après l’ONU. Au Cameroun, plus de 3 mille civils ont été tués dans près de 1200 attaques, selon une source du ministère de la Défense jointe par Anadolu.
Au Niger, près de 90 attaques depuis février 2015 ont fait plusieurs centaines de morts dans la région de Diffa (responsables locaux) tandis qu’au Tchad plusieurs centaines de civils ont été tués dans différents attentats-suicides, principalement dans des localités tchadiennes de la région du lac Tchad. Un double-attentat suicide a également frappé N’djamena, le 15 juin dernier, faisant, 27 morts (gouvernement).
Le groupe terroriste est également à l'origine du déplacement d'environ 2,6 millions de personnes dont 2,2 millions de Nigérians (ONU) et a plongé dans l'insécurité alimentaire plus de 5.6 millions de personnes habitant le Bassin du Lac Tchad.
Plus de 1100 écoles ont également été détruites par les assaillants de Boko Haram au Cameroun, au Tchad, au Niger et au Nigeria en 2015 (ONU).
Volet approvisionnement en armes et nourriture, le Colonel Alphonse Mbida, stratège militaire camerounais à la retraite, fait observer que «le groupe d’Abubacar Shekau se sert de certains axes camerounais comme couloirs de passage de ses armes et munitions en provenance de la Libye (pays secoué par une crise sécuritaire)».
Mais, «depuis que le Cameroun a repris le contrôle du Nord du pays, dit-il, le ravitaillement est bloqué et le groupe se trouve coincé».
Les informations relatives au transit des armes et munitions par la Libye n'ont pas pu être vérifiées auprès de sources officielles ou indépendantes relevant desdits pays.
Mbida explique, de surcroît, que l’offensive internationale lancée contre Daech en Lybie et en Syrie a constitué un autre coup dur pour Boko Haram. « Daech qui a accepté l’allégeance de Boko Haram, soutenait logistiquement ce dernier. Mais dès lors que Daech se retrouve lui-même en difficulté, il ne lui est plus facile de venir en aide à son allié d’Afrique de l’ouest».
Boko Haram est, au demeurant, toujours présent dans cette région d’Afrique et continue ses frappes quoiqu’elles ne se soient plus de la même intensité, ni de la même fréquence.
Mais les responsables et experts militaires interrogés par Anadolu s’accordent à dire que le groupe armé nigérian est en «pleine agonie» et sera bientôt «éradiqué», grâce à la conjugaison des efforts des cinq armées africaines du Nigéria, du Cameroun, du Tchad, du Niger et du Bénin ainsi qu’à l’appui de forces occidentales, dont celles de la France (Barkhane et Sangaris, des Etats-Unis et de missions onusiennes pour le maintien de la paix comme la Mission intégrées des Nations-Unies pour la stabilisation en Centrafrique (Minusca).